Jour 2019

Oscarine me suggère de laisser Clovis tranquille, alors, pas folle, je me tourne vers mes amours premières, Emmanuelle.

Je déforme les faits : comme je me plains d’être fatiguée par mes déplacements à Joliette, à la campagne, retour à Montréal, tout ça en compagnie d’un virus qui me fait moucher et tousser, mon amie me suggère d’écrire moins, d’autant qu’à écrire tous les jours je vais lasser mes lecteurs si je ne change pas de sujet. Le sujet principal de mes deux derniers textes ayant été Clovis, je décode qu’elle m’incite à explorer d’autres champs sémantiques. Un défi supplémentaire, en somme. Fort bien. Allons-y pour Emmanuelle.

Emmanuelle entre en trombe dans la maison un matin, elle arrive de chez son papa qui habite de l’autre côté de la rue, à la recherche de ses ballerines noires. Ces dernières font partie de sa tenue de concert, or elle s’en va dans la prochaine heure jouer en concert à Ottawa avec l’harmonie de l’école. Vite, son amie l’attend dehors sur le trottoir.
– Maman ! Je viens chercher mes ballerines, sais-tu où elles sont ?
– Oui, au chalet.
– Oh ! Non ! J’en ai de besoin pour le concert.
– Je suis convaincue qu’elles sont au chalet, chérie.
Alors Emma aura fait son concert avec ses bottes noires –heureusement elles sont courtes et légères. La tenue de concert est un pantalon noir et un t-shirt blanc sur lequel est imprimé le logo de l’école. Voyant ma fille redescendre l’escalier aussi vite, je me demande comment ça se fait qu’elle a glissé ses jambes de pantalon dans ses chaussettes, quand elle me crie en ouvrant la porte :
– Mes pantalons sont tous rendus trop grands !
Aussitôt je comprends : le système des chaussettes retient les jambes du pantalon qui, sinon, tomberaient sur les chaussures — en l’occurrence, ici, les bottes. Je reconnais là le sens pratique à toute épreuve de ma fille, selon lequel elle entasse foulard, bonnet et mitaines dans sa boîte à lunch avec les Tupperware sales pour  voyager plus léger dans le métro.

Quelques jours plus tard, il arrive ceci. Je roule en voiture et je constate que le magasin L’aubainerie affiche des soldes de 25% sur l’inventaire d’hiver. J’hésite, puis je décide d’aller voir. Acheter des jeans quand je suis avec chouchou est déjà difficile, acheter des jeans sans chouchou pour les essayer peut s’avérer une dépense inutile. Dix minutes plus tard, je sors du magasin avec une paire de jeans non skinny, non soldés.

Emmanuelle arrive chez moi le lendemain, essaie les jeans, ils lui font, mais ils ne sont pas skinny, c’est moins l’fun. Alors je me fais la réflexion suivante : puisque j’ai fait cet achat pour éviter à Emma de porter les jambes de son pantalon dans ses chaussettes, pourquoi, après tout, ne les glisserait-elle pas dans ses chaussettes ? Alors je lui dis :

– Mets les jambes dans tes chaussettes, c’était joli l’autre fois avec tes pantalons de concert. Démarre un nouveau style. Pour que ce soit confortable, enroule le tissu autour de ta jambe, remonte la chaussette dessus, tu vas voir voir, ça va être beau.

Emma essaie et trouve que c’est pas mal. Et trouve aussi une ceinture de François, en cuir, pour ajuster la taille qui n’a pas besoin d’être ajustée, ça devient de plus en plus concept.

Voilà mon Emma ce matin qui arrive à la table prendre son petit déjeuner, elle a bien enroulé la jambe du pantalon autour de son mollet, bien placé par-dessus le tissu de la chaussette, ni trop haut ni trop bas, et elle est partie à l’école tester son nouveau style. J’ai hâte de connaître le résultat !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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3 Responses to Jour 2019

  1. Avatar de Renée Tremblay Renée Tremblay dit :

    On a toujours quelque chose à raconter au sujet de nos enfants. Je viens de luncher avec mon grand garçon et je pourrais sans doute écrire une page, avec un paragraphe un peu triste. Il a fait une demande d’admission à l’UdeM alors j’ai imprimé du système ses notes de CEGEP, converties pour l’admission. Elles ne sont pas terribles. Il me dit : ça, c’est l’année où Arielle m’a laissé.

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