Jour 280

HALLEBARDE-MEDIEVALE

L’hallebarde est une arme médiévale.

« En référence au gros sac de courrier que porte le facteur », ai-je écrit dans mon texte précédent, à propos de ma sacoche achetée chez Paul Marius.
Faux.
Le facteur ne porte pas de sac de courrier. Il circule en bicyclette. Je le sais parce que je l’ai vu, encore une fois. J’ai vu une femme facteur, apparemment en pleine forme parce que sa démarche était rebondissante, entrer dans un commerce en n’ayant à la main qu’une petite pile de courrier, celui destiné au commerçant.
– Merci !, a répondu celui-ci d’une voix enjouée, même s’il devait bien savoir que la pile contenait des factures.
Encore une fois, je ne devrais pas autant m’avancer parce que beaucoup de paiements, de nos jours, se règlent par Internet.
– Il n’y a pas de quoi !, a répondu la factrice.
– À demain !, se sont-ils dit presque en même temps.
J’étais en train d’admirer je ne sais quoi dans cette boutique, parmi plusieurs autres que j’ai visitées, mon grand plaisir ayant été de traînailler dans plusieurs d’entre elles. Je marche au cœur du Vieux Strasbourg, idéalement au soleil s’il y en a ce jour-là. Je fais quelques pas, je m’arrête devant une vitrine. J’observe savoureusement tout ce que j’y vois. Encore quelques pas, encore une vitrine, encore savourer.
Je prends les devantures en photo. Je m’éloigne, je me rapproche, j’attends qu’aucun piéton ne soit dans mon champ de vision, je pèse sur le bouton de mon appareil. Puis j’entre dans le commerce, juste pour le plaisir des yeux. Je fais connaître mon intention dès mon entrée, en demandant à la vendeuse si je peux simplement regarder sa marchandise. Elle me répond Mais bien sûr, allez-y. Je regarde, je palpe un peu, je remercie, je sors.
Je mets bien sûr un livre dans ma nouvelle sacoche, et quand je décide que c’est l’heure d’un petit repos, je m’installe à un café, je lis, j’observe, je bois mon Americano. Je ne peux pas mieux, il me semble, profiter de la vie. Même si, paradoxalement, je lis un livre sur la mort, à savoir La mère morte, écrit par Blandine de Caunes, qui raconte la fin de vie de sa mère, Benoite Groult.
Au fil de ma visite des boutiques, je suis un jour entrée chez Lindt, rue des Hallebardes, y boire un chocolat chaud. Exquis, faut-il le préciser.
– Tu devrais aller là, m’avait dit Emma alors qu’on passait devant la boutique qui était fermée.
Ma fille est une guide gastronomique.
– Et tu pourrais aussi aller là, à côté, commander des spaetzle, avait-elle ajouté.
– Qu’est-ce que c’est, des hallebardes ?, m’étais-je demandé en buvant mon chocolat.
Ma première idée est allée à des salopettes.
– Ce doit être des salopettes que portent les paysans, en Allemagne, quand il faut ramasser le foin à la fin de l’été.
???
– Ou alors ce serait la même chose que des oripeaux ? Des oripeaux ou des oriflammes ?
Pour minimiser mes lacunes de vocabulaire, je me console en me disant que je l’ai déjà su, mais que je ne m’en rappelle plus !
Et sur ce, comme c’est mon dernier jour à Strasbourg, je retourne me promener.
Je prends le train et l’avion demain le 9 janvier.

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Jours 282 et 281

PaulMarius

Capsule publicitaire : Maroquinerie Paul Marius située au 11 Grand’Rue à Strasbourg

Je me suis acheté un sac à Strasbourg. Chaque modèle, dans le magasin, a un nom : le Rive Gauche, le Dandy, le Madame, l’Effrontée, la Besace, le Messager… Le modèle que j’ai acheté est la Sacoche, en référence au gros sac de courrier que porte le facteur, mais bien entendu mon achat n’a pas le même format que le gros sac du facteur. Je trouvais le prix raisonnable et le modèle idéal. Je trouve aussi qu’en France, en me basant sur mon court séjour de trois semaines, il est facile d’avoir accès à des sacs faits en cuir et pas fabriqués en Chine ! J’ai tardé un peu avant de l’acheter, pour être certaine que je ne regretterais pas mon investissement de 59€, puis de bon matin, avec chouchou, je me suis décidée.
Les lecteurs qui me connaissent le moindrement retiendront que « de bon matin » est ici une expression figée. Elle exprime un repère temporel indéterminé dans la narration. Je suis la dernière personne à mettre le nez dehors le matin, en hiver, à moins d’y être obligée.
Me voilà donc avec un sac en bandoulière, ne vivant plus désormais l’inconfort du sac porté sur l’épaule et dont l’une des deux courroies, très vite, glisse sur le bras. La courroie glisse d’autant plus vite en hiver, quand il faut compter avec l’épaisseur de mon gros manteau Pajar.
Le problème de la courroie qui ne reste pas en place sur l’épaule, propre à mon ancien sac, est remplacé cela étant par un nouveau problème avec ce nouveau sac : les deux boucles qui fixent les languettes de cuir ne s’attachent pas rapidement. Si je désire en outre mettre l’ardillon de chaque boucle dans le trou de la même hauteur sur chacune des languettes, ça prend encore plus de temps. Quand nous étions à Barcelone, par exemple, sur le point de quitter la chambre d’hôtel pour toute la journée, il fallait ne rien oublier. Attache, détache les languettes pour y ajouter la gourde d’eau, le guide Michelin, les mouchoirs, le rouge à lèvres… oups les clefs… ça ne finissait plus. Assez vite, et ce d’autant que Barcelone nous appelait dehors, j’en suis venue à porter mon sac sans en attacher les languettes, le panneau de la sacoche simplement appuyé sur mon corps, rendant impossible l’ouverture du sac par un inconnu, à mon insu.

MariusGravé

¿ Para Comer ? ¡ Si ! Spaetzle, SNCF et jupes plissées

La surprise, quand on arrive à la caisse de la boutique Paul Marius pour payer son achat, c’est que la vendeuse nous informe qu’il est possible de faire graver jusqu’à sept mots sur un morceau de cuir, retenu par un lacet de cuir, qui vient avec le sac, et qui est d’ailleurs déjà dans le sac, quand on regarde bien. Ce morceau de peau a vaguement la forme d’un hexagone, peut-être pour représenter qu’il s’agit d’un produit français ? Sur le coup, bien sûr, je n’ai pas su ce que je voulais faire graver. J’ai informé la vendeuse que j’allais repasser. Je n’étais pas sortie de la boutique que le bal des questions existentielles avait commencé. Je pourrais ne faire graver que mes coordonnées, nom et numéro de téléphone, comme tout le monde, en cas de perte ? Non. Pourquoi est-ce que je désire tant me distinguer, me sortir du lot, et aller vers quelque fantaisie ? Une fantaisie qui ne vient pas, cela dit en passant. Qu’est-ce qu’il serait amusant de lire sur ce bout de cuir ? Ai-je des héros, des héroïnes, des mottos qui me définissent ? Un vers ?, moi qui ne lis pas les poètes ? Comment expliquer que je sois habitée par une telle vacuité culturelle qu’aucune idée ne vient à ma rescousse ? Pourquoi, d’ailleurs, ne suis-je pas devenue une écrivaine, une littéraire, une philosophe, une intellectuelle ? Qu’est-ce qui cloche dans la constitution de ma personne ?
Puis, encore une fois de bon matin, j’ai réalisé que quatre mots me décrivaient à merveille, quatre mots qui défilent constamment dans ma cervelle, à longueur de journée : comment ça se fait ?
– J’ai trouvé, Emmanuelle, ce que je vais faire graver sur mon morceau de cuir !
– Ah oui ? Qu’est-ce que c’est ?, a-t-elle demandé avec une curiosité enthousiaste.
– Comment ça se fait.
Silence de ma fille.
– Ah.
– Tu trouves ça poche ?
– Nnnnon, mais…
– Écoute, peut-être qu’en en parlant, je pourrais trouver mieux ?, ai-je suggéré.
– Tu pourrais aller vers des temps forts de ton séjour, vers des clins d’œil qui te feraient plaisir… vers quelque chose de plus espiègle qu’une question existentielle !
Nous étions en train de marcher dans la partie dite Petite France du cœur commerçant de Strasbourg.
– C’est sûr qu’un des temps forts de mon séjour a été de découvrir que tu parlais espagnol, quand la serveuse nous a demandé si on voulait seulement boire, ou alors manger.
– Un autre temps fort est forcément celui des grèves, a suggéré Emma.
– Et un autre, la gourmandise de ma fille qui veut découvrir toutes les spécialités alsaciennes. Comment ça s’appelle encore les pâtes aux lardons et à la crème qu’on a mangées aux marchés de Noël ?
– Des spaetzle.
Quand est venu le temps d’écrire cette enfilade de mots à l’attention de la vendeuse sur un bout de papier, qui allait les graver, j’ai été visitée par un éclair de génie. J’ai fait ajouter, sans réfléchir, « et jupes plissées », parce que nous en avons vu beaucoup à Paris et à Barcelone. Des jupes ultra légères, à plis, longues jusqu’en bas des mollets, que les femmes portent sous leur manteau. Ça veut dire qu’elles ont chaud du haut, mais froid du bas si le manteau est le moindrement court. La plupart des femmes que j’ai vues porter ce type de jupe étaient chaussées de baskets.
Vive l’Espagne et l’hôtel Room Mate Emma; vive les plats alsaciens; vive les jupes plissées.
Vive la grève ? Moins sûr…

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Jours 284 et 283

luna2À marcher comme on marchait, en pleine grève de la SNCF et de la RATP –dont on a l’impression qu’elle ne finira jamais–, on mourait de faim et on avait mal aux pieds.
Brasseries et bistrots. C’était notre refuge pour nous reposer, nous sustenter. Ils étaient la récompense au terme de sept ou huit kilomètres de marche rapide. Avoir été seule, en effet, j’aurais marché plus lentement ! On y passait une bonne heure et demie, parfois deux, on étirait notre verre de vin blanc, puis on repartait. Plus on s’était éloignées dans la journée de notre AirBnB situé à la porte St-Martin, plus il fallait marcher longtemps, le soir, pour y retourner.
Comme il pleuvait énormément, un soir qu’on avait terminé d’étirer le verre de vin blanc, on a pris un taxi. Il tombait des cordes, comme le veut l’expression, ou encore des spaghettis longs à n’en plus finir qui courbaient gracieusement dans les bourrasques de vent.
De Luna. Café de Luna. C’est là que nous avons pris notre dernier repas de l’année 2019, dans le quartier de Clichy. Le plan de match était de nous rendre ensuite à la Basilique du Sacré-Cœur qui était exceptionnellement ouverte toute la nuit. Il était déjà tard, autour de 23 heures.
– Appelle la police ! Appelle la police !, a subitement crié un homme en entrant dans le restaurant.
Le rival de notre homme, dans la seconde suivante, a tenté d’entrer aussi. Ça sentait l’échauffourée. Plusieurs membres du personnel, dont notre serveuse grosse comme un pou, se sont alors précipités sur les portes pour les bloquer. En gros, cela s’est terminé paisiblement, mais à cause de cet incident nous avons raté, à la télévision, la diffusion du spectacle de lumière sur l’Arc de Triomphe.
Emma, bien sûr. À certains égards, elle n’est pas la fille de sa mère, mais bien la fille de son père. Elle nous a guidées dans Paris comme si elle y avait passé sa vie. À peine sortais-je de ma chambre de bonne, à l’époque, rue de Turin, que je me perdais !
Feux d’artifice. Pendant qu’il y avait à Paris spectacle de lumière et de feux d’artifice sur l’Arc de triomphe, il y avait du grabuge à Strasbourg, avons-nous appris le lendemain.
Gaulle. Charles de Gaulle-Étoile. L’Arc de triomphe de l’Étoile… Les dénominations sont nombreuses et mouvantes pour ce monument, cette place, cette ligne de métro. Difficile de savoir, en outre, où se placent les traits d’union !
Hambourg. Dans un film que nous avons vu hier, Emma et moi, à savoir un remake des Charlie’s Angels, une partie de l’action se déroule à Hambourg.
– Il me semble que je n’aimerai pas tellement ce film, ai-je dit à Emma.
Mais finalement j’ai pris plaisir à l’écouter et s’il devait repasser à la télévision j’aurais envie de le réécouter, mais ce serait alors en grande partie pour me rappeler l’avoir écouté une première fois en compagnie de ma fille dans une salle de cinéma de Strasbourg.
J‘ai tenté de savoir ce que les gens pensaient de la grève des transports.
– Paris n’a jamais été si morose, nous a dit l’un. Regardez, ici, sur le boulevard, normalement c’est illuminé, décoré, agrémenté pour le temps des fêtes. Cette année, rien.
– Il n’y a plus de justice sociale, ils me font bien rire avec leur grève, a répondu l’autre, comme s’ils allaient obtenir quelque chose. C’est la loi du plus fort, c’est le fossé qui se creuse constamment entre les ultra pauvres et les richissimes.
– Elle est peut-être nécessaire, répondaient d’autres, un peu mollement. Mais à peine sera-t-elle réglée que les inégalités vont recommencer de plus belle…
Kayak ? Hum… À la limite Karajan, si j’avais admettons acheté un CD à la FNAC…
Les quatre filles du Dr March. Nous sommes allées voir cet autre film, qui nous a fait pleurer. Comme je suis enrhumée et congestionnée, pleurer m’a aidée à me décongestionner car je me suis beaucoup mouchée.
Mémoire. Notre serveuse grosse comme un pou au Café de Luna avait une excellente mémoire. Elle n’écrivait pas les commandes de ses clients, pourtant elle en avait beaucoup, le restaurant étant plein. Elle les enregistrait dans sa tête, sans nous faire répéter.
Noire. De peau noire. L’homme qui m’a semblé être le propriétaire du Café de Luna était de peau noire, je dirais de type indien, ou pakistanais.
Oh la la ! –remplace le Holà barcelonais.
Prier.
– As-tu prié, maman ?, m’a demandé Emma en sortant du Sacré-Cœur.
– Pas vraiment. Et toi ?
– J’ai pensé aux gens que j’aime, a répondu Emma. J’ai souhaité que l’année soit bonne pour eux.
– C’est pareil pour moi, ai-je répondu.
J’ai omis le fait, cependant, pas très spirituel, qu’un gros spot dirigeait son faisceau directement dans mon champ de vision et que cela avait perturbé mes dispositions pour prier sereinement. J’aurais dû proposer à Emma de changer de place.
Quand est-ce que je vais avoir à nouveau la chance d’entamer la nouvelle année à la Basilique du Sacré-Cœur ? Changer de place aurait pris dix secondes et il y avait plusieurs bancs de libres…
Ramblas. Les Champs-Élysées sont à Paris ce que sont les Ramblas à Barcelone.
Sherlock Holmes. Le soir, en arrivant dans notre AirBnB dont on aurait dit un hammam dégoulinant d’humidité, Emmanuelle nous faisait écouter un épisode de la série Sherlock Holmes, avant d’aller au lit. C’était la deuxième –après la sustentation dans les restaurants– récompense de la journée. Il s’agit de la série qui met en vedette Benedict Cumberbatch.
– Tabarnouche ! On ne lésine pas sur les ellipses, me suis-je exclamée à plus d’une reprise au fil des épisodes, tellement ils sont difficiles à comprendre.
– Les quoi ?
– Les ellipses narratives. Tu ne trouves pas qu’il nous manque des informations pour comprendre l’enchaînement de l’histoire ?
Uber. Emmanuelle a téléchargé l’application sur son téléphone. Ça fonctionne vraiment bien, les temps d’attente sont courts, les chauffeurs courtois, les prix fixés avant même qu’on ait mis les pieds dans le véhicule.
Vision. Télévision. Il me semble avoir entendu dans les médias des commentaires plutôt négatifs, à propos du service Uber.
Watson. Il me sauve la vie pour cette ligne W. Le bon docteur John Watson, l’associé de Sherlock Holmes.
X Rien ne vient, je laisse tomber.
Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
Zoo. Il y a peut-être un zoo à Paris. Je sais qu’il y avait autrefois des animaux au Jardin des plantes, mais je ne sais pas ce qu’il en est maintenant, en 2020.

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Jours 286 et 285

bombeta

Bombeta de Barceloneta

À marcher comme on marchait, on mourait de faim. Aurais-je trouvé si bons les tapas, ne pas avoir eu l’estomac dans les talons ? Je dirais que oui.
Barcelone, gentilé Barcelonais. Destination idéale pour nous sortir du gris brouillard français, strasbourgeois et parisien.
Catalunya. Plaça de Catalunya.
– J’aimerais habiter par ici, m’a dit Emma.
– Pourquoi ?
– Parce que j’aime prononcer le nom. Quand on me demanderait où j’habite, je prendrais plaisir à prononcer le nom, Catalunya !
De Barceloneta. Bombeta de Barceloneta. Autres mots qu’Emma affectionnait au point de les prononcer sans raison, en marchant. Les bombetas se mangent, je trouve que ça ressemble à nos carrés de fondue parmesan, avec plus de saveur.
Emma, bien sûr. J’avais réservé une chambre dans une chaîne d’hôtels aux prénoms féminins : Room Mate Anna, ou Carla, ou Emma. Hôtel de charme, est-il écrit sur une affiche publicitaire à l’entrée. Comment pourrait-il en être autrement ?
Familia. Sagrada Familia. On n’a pas pu la visiter. Les gens achètent leurs billets à l’avance, par Internet, et quand on arrive devant la basilique on découvre qu’on ne peut pas entrer. Sold out !, est-il écrit sur un grand panneau.
Gaudi. Antoni Gaudi. Nous avons visité une des maisons qu’il a conçues. Il les créait en modèle réduit, en terre glaise si j’ai bien compris, sans plan, et expliquait ensuite aux ingénieurs, au fur et à mesure des travaux, ce qu’ils avaient à faire. Apparemment, ce n’était pas facile pour les ingénieurs.
Holà ! Holà senora ! Holà senorita !
Il faudra qu’on y retourne, si la vie nous le permet, et bien qu’il y ait beaucoup de grandes villes à visiter de par le monde.
Joan Miró. Une autre affaire. Je pensais voir au MACBAC, le Musée d’art contemporain de Barcelone, des toiles de Joan Miró, mais nous n’avons pas trouvé l’endroit où sont regroupées les œuvres du fond permanent. Nous n’avons vu que les expositions temporaires !
Karaoké. Un homme nous a donné un carton sur lequel était imprimées les coordonnées d’un bar où nous aurions pu, le soir, aller chanter. Nous n’y sommes pas allées. L’idée d’y aller ne m’a même pas effleurée.
L‘achat des billets en ligne est une bonne affaire pour ceux qui procèdent ainsi, et une mauvais affaire pour ceux qui ne savent pas qu’ils peuvent procéder ainsi. C’est comme pour toute chose, dans la vie, il est préférable d’être bien informé.
Musée Picasso. Idem, sold out, on n’a vu que l’édifice, de l’extérieur.
Nutella. Quand on avait trop faim, on s’arrêtait acheter une crêpe au Nutella d’un crêpier ambulant. Je prenais plaisir à le filmer et à comparer sa technique avec celle du crêpier précédent. Les meilleurs crêpiers sont bien sûr ceux qui maîtrisent le plus leur technique et qui procèdent avec assurance.
Officielles. Le catalan et l’espagnol sont tous deux langues officielles dans la ville.
– ¿Para comer?, demande la serveuse du restaurant en nous voyant entrer.
– Si !, répond Emma du tac au tac.
Ma fille ne perd pas de temps à apprendre les langues.
– Comment fais-tu pour la comprendre ?, me suis-je étonnée.
– C’est facile maman !, a répondu Emma avec sa légèreté habituelle. La serveuse nous demande si nous voulons manger.
Quartier gothique. Il est constitué de ruelles, qui donnent sur des places, qui donnent sur d’autres rues sombres, qui donnent sur des places… J’y aurais passé les soirées entières d’un été entier.
Ramblas. Les ramblas sont noirs de monde même en hiver, je me demande ce que ce doit être en été. Le côté sud des ramblas mène au port, et le port est construit sur la Méditerranée. Les voiliers entrent au port moyennant l’ouverture d’une passerelle réservée aux piétons. Autrement dit, cette passerelle joue le rôle d’un pont-levis. Je le sais puisque je l’ai vu de mes yeux vu. Tout d’un coup une alarme sonne, des cordons sont installés pour empêcher la foule de progresser sur la passerelle, la passerelle se divise en deux parties, chaque partie pivote, les voiliers passent, la passerelle se referme, on enlève les cordons, la foule recommence à marcher.
Si ! Lorsque la serveuse nous a demandé si on voulait manger, j’ai répondu en anglais que nous étions deux personnes. Pour être encore plus précise, j’ai montré deux doigts d’une main, l’index et le majeur, et de la même main j’ai en outre représenté que nous étions deux personnes, pointant Emma et me pointant moi.
Tapas. Il n’y a rien de meilleur. Ceux qui auront lu mes « stories » sur Facebook m’auront vu frissonner de plaisir à les manger.
Une paëlla a aussi été au menu, un soir, dans un café. Nous avons remarqué qu’une jeune femme de l’âge d’Emma, à une table non loin de la nôtre, portait une veste matelassée arborant le nom de l’Université de Montréal.
– Elle est peut-être française, ou espagnole, et aurait fait une année d’études au Québec ?, nous sommes-nous demandé, sans nous soucier d’aller vérifier l’exactitude de notre supposition.
Vassilakis. Panagiotis Vassilakis Takis. C’est le nom de l’artiste qui crée des œuvres en faisant bouger des objets métalliques dans des champs électromagnétiques. Nous avons passé beaucoup de temps à les observer. C’était en plein dans les cordes scientifiques de ma fille. Elle a aimé l’exposition.
Wagons et trams et trains et autobus n’étaient pas en grève en Espagne !
X. Je laisse faire le X, il n’y a rien qui vient.
Y aurait-il eu oubli du Parc Güell ? Nous y sommes allées un après-midi entier. Un musicien jouait à la cithare un air tiré du film Amélie Poulain. J’avais l’impression de me rendre tranquillement au paradis, en l’écoutant et en montant, car effectivement nous montions jusqu’au sommet de la butte du parc pour y admirer la vue sur la mer et les cargos. En arrière-plan sonore, des perroquets, qu’on voyait se poser d’une branche à l’autre.
Zoo. Il y a un zoo à Barcelone, que nous n’avons pas visité.

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Jour 287

Linda

Linda c’est moi. C’est aussi une limonade en Espagne. De même qu’un savon en Italie.

Quand je constate à quel point c’est facile de ne pas écrire mon texte du jour, à quel point, en voyage du moins, ça ne me manque pas, je me demande comment j’ai bien pu tenir le rythme depuis maintenant huit ans et demi !
Je me demande aussi comment je vais faire pour le soutenir pendant encore un an et demi.
Et qu’est-ce que je vais bien faire de tous ces textes écrits quand j’aurai fini mon défi !
En attendant, je suis à Strasbourg. Nous avons passé sept jours à Paris, cinq à Barcelone, et nous partons demain à Fribourg pour deux jours.
Voici, pêle-mêle, quelques réflexions tirées de ces pérégrinations. Je ne me donne pas la peine de les organiser. Je les écris comme elles viennent, histoire de me refaire un peu la main, sans pour autant me casser la tête, parce que je me la casse souvent.
Je savais, avant même de me mettre à l’écriture de ce texte, que j’allais vouloir aborder le thème de la température. La température humide qui nous gruge les os quand on est, comme je le suis, sexagénaire. Seigneur que c’est éprouvant pour le moral ! Seigneur que je vis dans un grand confort à la maison de St-Jean-de-Matha, le dos caressé par les flammes du foyer quand je décide que j’ai besoin d’aller me faire ainsi caresser le dos pour me tenir au chaud. C’est sûr que le confort est affaire de budget. Pour notre séjour à Paris, qui s’est décidé à la dernière minute, je disposais d’un petit budget, alors nous avons loué un appartement selon la formule AirB&B. Au sixième étage d’un quartier populaire, sans ascenseur, avec nos valises, un appartement grand comme un dé à coudre, humide à tel point que j’avais l’impression de dormir dans une baignoire.
En d’autres mots, ce voyage m’a permis de constater que je n’ai plus vingt ans. Parce que je sais, pour l’avoir vécu dans la vingtaine, que la température grise de l’hiver français me dérangeait moins.
En même temps, je suis encore capable de suivre le rythme, en ce sens qu’Emmanuelle marche à une vitesse incroyablement rapide et j’ai été capable de la suivre. Il faut dire que nous avons souvent été prises de cours par la grève des transports, et qu’être prises de cours, dans ce contexte, ça veut dire cavaler jusqu’à un autobus dans une gare routière qui exerçait sur mon mental le même effet qu’un mirage : on marche comme des bonnes et on n’y arrive jamais.
Les lecteurs qui m’auront un peu suivie sur Facebook auront retenu que notre voyage s’est aussi décliné sur le thème du rouge à lèvres, soit rose, soit mauve. Quand ce ne fut pas le rouge à lèvres qui s’avérât mauve, ce furent nos « pulls » Zara au col cheminée et dont la fibre est d’une douceur incroyable.
Pour les intimes, à savoir le papa et les frères d’Emma, et pour mon mari, nous avons joué aux blogueuses, Emma et moi, en enregistrant de courtes vidéos qui relataient nos aventures. Voilà donc trois thèmes dans ce premier texte : l’humidité, le rouge à lèvres, les capsules vidéo.

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