Jour 358

Violettes.jpgJe me pratique à écrire des textes courts avant l’arrivée de la petite, dans une heure ou deux. Je mastique en ce moment un filet de saumon cuit sur le BBQ au chalet, accompagné de poivrons rouges, ceux-là qui rissolaient délicatement pendant que je peinais à écrire mon texte papyrus.
J’ai déjà écrit que j’aimerais être dotée de la très grande capacité de résilience de mes chères violettes ci-dessus. Des violettes d’espèce commune qu’on peut acheter presque partout, MétroProvigo
Elles vivent depuis quelques mois sur le bord de la fenêtre dans la salle de bain à l’étage. Il n’y a pas de soleil à cet endroit orienté plein nord, mais beaucoup de lumière depuis que mon mari a fait faire des travaux qui ont repoussé de plus de trente pieds le roc qui ceinturait la maison.
Les violettes vivaient auparavant dans mon bureau, mais un hiver elles ont eu froid. Les feuilles sont demeurées charnues et velues, mais elles ont perdu progressivement leur chlorophylle, au point d’arborer la couleur de l’eau de Javel. Il s’est aussi produit toutes sortes de choses, elles ont été noyées notamment par l’arroseuse que je suis.
Un jour, sentant leur mort approcher, j’ai séparé le plant qui tenait dans un seul pot de grès. J’en ai fait trois petits, que j’ai transplantés dans des pots de plastique. Je me disais que si, des trois contenants, un seul arrivait à se relever des épreuves qu’il avait vécues, j’aurais au moins sauvé un tiers de mon butin.
C’est une fois le plant divisé en trois que je l’ai transporté dans la salle de bain. Les premiers jours, j’ai beaucoup hésité à les y laisser. J’étais convaincue que les violettes manquaient de quelque chose, lumière, chaleur, amour, air sec… J’ai su résister à la tentation de les installer ailleurs. J’ai laissé les trois plants se refaire une santé, lentement mais sûrement. J’ai obtenu des résultats qui dépassent de manière magistrale mes espérances initiales.

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Jour 359

Squeezed lemon peels after making a fresh juice

Il ne reste plus rien, aucune trace de pulpe. Voilà comment je me sentais.

J’ai eu beaucoup de difficulté à écrire mon texte précédent. Je demandais à un citron pressé, aussi sec qu’un papyrus, de produire encore du jus. En prime, il faisait chaud et je n’étais pas en forme. Le passage du tricot a été particulièrement difficile à rendre, j’ai dû le reprendre vingt fois.
– Ça n’intéresse personne, ces carrés de housses de coussins de 16 ou 19 pouces, pourquoi t’acharnes-tu ?, me demandait une voix.
– Ce n’est pas le sujet qui est important, mais la manière dont on le rend, me répondait une autre voix…
Le frère Jérôme disait la même chose de ses toiles et des toiles de ses élèves –parce qu’il enseignait la peinture, et aussi d’autres matières qu’il aimait moins enseigner.
– Le frère Jérôme a changé ma vie, se plaît à dire Diane Dufresne qui a suivi des cours avec lui pendant des années, dans un atelier situé derrière le collège Notre-Dame du Chemin Reine-Marie.
– Il m’a fait renouer avec l’enfant en moi, l’ai-je entendu dire lors d’une entrevue télévisée. Je peins maintenant comme je le faisais du temps de ma jeunesse, de manière naïve et spontanée, en traçant des bonshommes allumettes…
– Laisse tomber les coussins et les allumettes, tourne-toi vers autre chose, reprenait la première voix.
– Je veux bien me tourner vers autre chose, répondais-je à voix haute, seule dans le chalet, à mes voix intérieures. D’ailleurs, je ne demande que ça, mais rien ne vient, rien ne me tente, rien ne m’habite ! Bâtard !
Aujourd’hui je me sens plus forte, moins vidée de toute substance, mais les thèmes qui pourraient noircir mon écran pour ce texte d’aujourd’hui ne se bousculent pas davantage au portillon !
Le frère Jérôme a vécu le contraire du phénomène papyrus : il n’était pas autorisé par sa communauté à consacrer sa vie à son art, qui l’habitait entièrement. Son temps et son énergie étaient happés par l’enseignement auprès de jeunes hommes du cours classique. Il écrit dans ses carnets intimes à quel point il lui tarde de laisser s’exprimer les pulsions créatrices qui s’entrechoquent dans sa personne, qui n’en peuvent plus d’être réprimées. Or, on ne lui donne pas cette possibilité. Alors il devient dépressif, épuisé nerveusement et mentalement. Aurait-il vécu les mêmes épisodes de maladie, avoir pu créer comme il en avait besoin ? Nul ne le saura jamais.
Nous allons passer les deux prochaines semaines en compagnie de notre petite-fille de trois ans et demi, Denauzier et moi. Cela signifie que je vais manquer de temps, d’énergie et de concentration pour écrire. Je m’autorise donc à publier des textes plus courts dès demain, et ce pour toute la première moitié de ce bientôt août.
Un mot sur Léo. Le chapitre huit est très long, je dirais que j’en ai lu la moitié au chalet. Quand j’ai constaté que je le traitais durement en le décrivant gros et mal habillé, dans mon texte précédent, j’ai voulu ajouter quelques lignes plus charitables à son égard, or, encore une fois, il n’est rien venu d’autre que cette observation sans aucun intérêt, à l’effet que ses enfants portent tous un prénom qui commence par les lettres M et a. Ainsi Mathieu, Marie-Cécile et Manuella. Et la mère, un coup partie, Marie-Christine. J’ai écrit cela, que ses enfants portaient ces trois prénoms commençant par ces deux mêmes lettres, puis j’ai supprimé la phrase tellement c’était insipide.

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Jour 360

CarréEmma

Carré tricoté par Emma, négligemment déposé sur la chaise pour un effet de pseudo drapé artistique.

L’état des choses en ce samedi 27 juillet.
Je suis à l’intérieur du chalet et je n’ai pas tellement envie d’en sortir au plein soleil. Je désire me constituer une collection de petites roches pour les plates-bandes de la maison, de la grosseur d’une balle de tennis. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais m’y mettre, ou alors je pourrais en ramasser ce soir le long du chemin, il y en a des tas, mais il y aura aussi des bibittes…
J’ai apporté mon ordinateur, contrairement à ce que j’ai affirmé dans un texte précédent, à l’effet que je ne l’apportais plus au chalet. Comme il fait chaud, que je me confine à l’intérieur et que j’ai apporté mon ordinateur, il ne me reste qu’une chose à faire : écrire.
Des poivrons rouges sont en train de se faire dorer la couenne dans la poêle. Ils auraient pu accompagner le doré que mon mari et son frère ont pêché hier soir –trois poissons, six filets– mais nous n’avons pu résister à l’attrait du doré fraîchement pêché. D’où il ressort que nous l’avons dégusté hier soir tard, tout nu dans l’assiette, et que nous mangerons peut-être les poivrons, tout seuls aussi, tout à l’heure.
Un petit imprévu a eu lieu dans ma vie si tranquille quand il fait trop chaud. Je vais essayer de simplifier au maximum parce que je sais que le sujet n’est pas très intéressant. Je pensais avoir à tricoter un grand carré de 19 pouces pour couvrir un des deux côtés du coussin que nous allons offrir collectivement à notre ami pour son anniversaire à la fin août. Or, le carré tricoté par Emma –j’ai omis de mentionner que ma fille m’a aidée à venir à bout de ce projet, et pas seulement ma cousine–, initialement conçu pour couvrir 16", s’étire aisément jusqu’à 19". Cela signifie que seul un autre carré de 19" est encore à produire pour concrétiser ce cadeau. Il n’est pas tant à produire qu’en production, d’ailleurs. Une amie a le projet entre les mains ce week-end et devrait le faire avancer d’une bonne vingtaine de rangs. Tout reste à faire cependant pour le dernier coussin de seize pouces carrés de ma collection, mais rien ne presse. Tout reste à faire aussi pour la participation de l’autre amie qui dit tricoter en biais. Tout reste à faire enfin pour la participation des hommes à ce même projet… Bof !
Je me suis replongée dans la lecture de la biographie de Léo. Il apparaît gros et fort mal habillé sur une photo de 1972, tout serré dans une chemise dont on se demande comment ça se fait que les boutons ne cèdent pas sous la pression. Pourquoi écrire ces lignes qui dénigrent mon héros ?
Mon bobo de morsures d’araignée ne disparaît pas vite sur l’abdomen. J’ai un autre rendez-vous préopératoire le 2 août au CHUM. Si les morsures sont encore là, et étant donné que j’ai rendez-vous au secteur de la seule médecine générale, je vais peut-être avoir envie de le montrer pour évaluation.
Après la publication de ce texte, étant donné qu’une petite brise se lève, je vais me rendre chez la voisine pour lui faire un coucou, surmontant en cela ma non-envie d’affronter la chaleur.

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Jour 361

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Jeu de dards, aussi appelé jeu de fléchettes.

Ma vie en quelques chiffres.
Nous avons accumulé six coussins tricotés, sur huit à produire. J’écris au « nous » puisque ma cousine a été très active en ce domaine. J’ai entamé parallèlement un projet de tricot « de groupe », c’est-à-dire que nous serons cinq personnes à tricoter chacune notre tour une même housse de coussin que nous allons offrir en cadeau à notre ami voisin pour son anniversaire. Sur les cinq personnes, trois sont femmes et deux sont hommes.
– Il est hors de question que je tricote, m’a répondu mon mari. Oublie ça.
– Si on me met des aiguilles entre les mains, je les utilise comme des dards et je rate la cible, a répondu l’autre.
– Je ne sais que tricoter « à l’endroit », a répondu une des femmes.
– Je commence un tricot et il va tout de biais, a répondu l’autre.
Et la troisième femme, c’est moi.
– Je pourrais faire une tresse avec de fines lanières de cuir, s’est ravisé mon mari, et tu trouveras la manière de l’intégrer au tricot.
On verra bien ce que ça va donner, l’anniversaire de l’ami est à la fin août.
Il y a quinze plantes dans la véranda où j’écris ces lignes en ce moment. Toutes heureuses d’y être, avec tant de lumière qui les caresse. Je me demande où est-ce que je vais les répartir à l’intérieur de la maison à l’automne.
Nous partons, chouchou et moi, dans quarante jours pour Strasbourg.
– Tu sais que s’il t’arrive quelque chose au cœur, m’a dit un ami, Denauzier et toi pourriez vous retrouver ruinés par les frais d’hospitalisation.
– Vous pouvez partir sans problème, Mme Longpré, a répondu le cardiologue, il ne vous arrivera rien.
– Tu sais que nous pourrions nous ruiner si je dois être hospitalisée là-bas, ai-je voulu vérifier auprès de mon mari.
– Oui, a-t-il répondu. Bof, a-t-il ajouté (en empruntant, comme je l’ai déjà écrit, mes onomatopées). On vendra la maison.
– Ce qu’on obtiendrait d’argent ne serait pas du tout suffisant, ai-je répliqué.
– Pars, chérie, et on verra.
– Parfait.
Dans la vie, parfois, il faut prendre des risques.
Il y a treize plates-bandes réparties ici et là sur l’immense terrain. Toutes à vocation esthétique et aucune consacrée à l’alimentation. La preuve qu’on ne peut rien contrôler, c’est qu’à peine je termine d’en nettoyer une, qu’une autre, envahie par de longues herbes, me fait signe de venir lui refaire une beauté. J’essaie de m’en occuper de mon mieux dans le peu de temps dont je dispose puisque nous passons régulièrement trois, voire quatre jours par semaine au chalet. Hier, je m’en suis occupée de mon mieux, répondant aux besoins de trois d’entre elles. Du coup, aujourd’hui, mon corps me demande de ne pas répéter l’expérience.
– Vas-y mollo, m’ordonne-t-il.
D’où il ressort que ce n’est pas moi qui parle à mon corps, mais ce dernier qui me parle à moi.
Je vais aller consulter le pharmacien à propos de mes morsures d’araignée. Ça fait dix ou onze jours qu’elles me décorent le ventre et elles me piquent toujours autant.
Mon cher ami Léo est toujours en position stationnaire, chapitre huit.
Dans la foulée de tous ces chiffres, il me reste 360 textes à écrire.

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Jour 362

araignee_reunion

Autre cas de figure, trouvé sur Internet. « On m’a toujours dit qu’il ne fallait jamais tuer une araignée le matin parce que le chagrin resterait, mais que je pouvais et devais le faire le soir pour que l’espoir demeure. »

« Araignée du soir, espoir; araignée du matin, chagrin. » Une autre formule existe que je ne connaissais pas : « Araignée du soir, espoir, araignée du midi, souci, araignée du matin, chagrin. »
Je pense aux araignées parce qu’il y en a une qui m’a mordu à l’abdomen. Quatre rougeurs sont apparues sous le nombril, chacune rehaussée d’un semblant de cloche d’eau qui résiste cependant sous la pression des doigts. Ça fait encore un peu mal, alors que la morsure s’est produite il y a plus d’une semaine au lac Miroir.
Si je fais la rencontre d’une araignée du soir, qu’elle s’aventure sur mon bras et que je la repousse pour ne pas me faire mordre, la perspective de l’espoir se maintient-elle dans la mesure où j’en aurai repoussé le signe ?
Si je croise une araignée du matin, et que je l’écrase pour ne pas vivre le chagrin qui lui est associé –et ne pas me faire mordre–, vais-je vivre néanmoins le chagrin pour avoir écrasé son représentant ? Est-ce que le chagrin sera moins lourd si je repousse l’araignée au lieu de l’écraser ? Et si je lui parle affectueusement, est-ce que le chagrin me sera épargné ?
Dans la même veine, ai-je envie de parler à mon corps ? Il n’y a qu’une seule manière de lui parler, avec amour, compréhension et détermination. Admettons que je lui dise :
– Soit, je repasse sur le billard, mais ne me fais pas le coup d’une troisième fois !
Lui aurai-je parlé correctement, moi qui déteste donner des ordres ?
Parfois je parle à mes plantes. Je peux dire par exemple :
– Toi, ma jolie, tu sembles à ton aise ici. Continue de profiter.
Ou alors :
– Ma pauvre amie, tu manques de vigueur, je te transporte ailleurs.
Mais qu’il s’agisse des adages, des plantes ou de mon corps, j’aime mieux fonctionner comme je le fais sans même m’en rendre compte, c’est-à-dire en me laissant porter. De toute façon, on ne peut pas tout contrôler. La preuve qu’on ne peut pas tout contrôler, c’est que je jardine comme une folle pour constater, un premier jour, que les berbéris ont été ravagés par les scarabées du rosier. Puis, un deuxième jour, ce sont les géraniums. Puis, les feuilles de la vigne. Au final, le temps que la saison du scarabée soit terminée, je dirais que le tiers des plantes y ont goûté.
Je me laisse porter en faisant de mon mieux, en essayant de donner mon maximum. En ayant la foi, peut-être. La foi en quoi ? Puis-je avoir la foi en moi, alors que je déplore à longueur de textes ne pas avoir confiance en moi ? La foi en la vie ? La foi en une puissance supérieure ? L’idée d’une puissance supérieure me fait peur, parce qu’il me semble ne m’y être jamais adressée. Advenant que je m’y adresse un jour, et pour avoir tant tardé, serai-je seulement entendue ?

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