Badouzienne 109

La renouée du Japon. J’aime le nom. Il m’est revenu, je dirais miraculeusement, alors que j’observais ses pousses flétries par l’hiver, autour du poteau électrique où je l’ai mise en terre il y a deux ans. Les pousses proviennent de Bibi. Une haie de renouée a élu domicile entre sa maison et celle du voisin. Au fil des années, la haie a beaucoup profité, allant jusqu’à effriter les fondations de la maison du voisin. Ce dernier a demandé à ce que soit retirée la belle renouée. Des efforts ont été faits en ce sens, au moyen d’une pelle mécanique, qui se sont avérés vains puisque la renouée est une plante invincible. Pourquoi l’ai-je plantée sur mon terrain, sachant qu’elle est à craindre ? Parce qu’il va de soi, à mon esprit, que ce que je plante, peu importe l’espèce, ne poussera jamais !

Pour le bougainvillier, ce ne fut pas aussi facile. Je le garde au frais dans la maison pendant l’hiver, et le laisse dehors l’été quand la chaleur s’installe. J’étais en compagnie d’une personne qui s’intéresse aux plantes, qui vient rarement chez moi, alors d’une chose à l’autre nous avons fait le tour de ma collection. Ayant atteint le bougainvillier, il m’a été impossible d’en retrouver le nom. J’ai fait mon laïus explicatif quant à cet arbuste, malgré tout, et encore quant au dragonnier qui se trouve non loin, et au géranium odoriférant. Une fois seule, j’ai eu recours à mon téléphone, sur lequel est installée l’application PlantNet, afin de solutionner mon obsédant problème d’amnésie.

Cet événement m’a amenée à considérer que je fais bel et bien partie, je ne saurais dire depuis combien de temps, de la « vieille garde ». Un individu anglophone, me voyant, sera-t-il enclin à penser que je suis une old-timer ?

Le Tome IV est chez l’imprimeur. Je vais le recevoir prochainement, en cinquante exemplaires. Je ne saurai pas quoi faire avec car je suis très peu douée pour la vente. Je compte peut-être huit lecteurs assidus qui m’ont dit vouloir acheter toute ma série de dix tomes, si je me rends à la fin de l’exercice. Mon collaborateur à la mise en pages me propose des corrections et m’aide à atténuer mes tics d’écriture, tels des phrases trop longues, des insertions de détails inutiles, des répétitions, etc. Parfois, ses propositions me conviennent, je les accepte. D’autres fois, ses propositions me heurtent car elles éliminent un effet de style qui témoigne, à mon sens, de mon hypersensibilité. Je fais alors une femme de moi, une femme de la vieille garde, et je refuse sa proposition comme si de rien n’était.

On pourra dire d’une personne qui se remet d’une dépression, qu’elle renoue avec elle-même.

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Badouzienne 108

Aucun acheteur pour ma Femme en N. ! J’en ai montré une photo à un galeriste du Vieux-Montréal, la semaine passée, sur mon téléphone. Il a dit deux choses : « C’est sharp. » et « Vous vous intéressez à la composition. » Quand j’ai ouvert la porte de sa galerie, après une conversation très enrichissante d’au-delà d’une heure, il a ajouté, mais pour la forme seulement : « Vous trouverez tout ce qu’il faut sur mon site web pour soumettre un port-folio. »

Le mot qui revient le plus souvent, dans les carnets de Jane, c’est « rigoler ». Elle rigole avec ses musiciens, avec les acteurs au théâtre et au cinéma, avec ses trois filles –Kate Barry, Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon–avec des inconnus, avec les infirmières qui se sont occupées d’elle à la fin de sa vie, avec les membres de sa famille. Elle est très attachée à son père — qu’elle désigne par le mot Pa, et à sa mère –Ma. Ainsi qu’à son frère Andrew et à sa soeur Linda. Ils sont de toutes les fêtes, de tous les événements, de toutes les aventures. Ensemble, ils forment un clan, mais un clan ouvert qui ne craint pas l’altérité.

Une chose est sûre, elle n’a pas choisi de vivre en France en réaction contre son milieu familial. Elle a choisi de suivre Serge rue de Verneuil, disons cela comme cela. Leur relation a duré douze ans d’alcool et de cigarettes. Je dirais qu’elle n’a pas tant rigolé avec Serge, mais je dois ajouter que je n’ai pas tellement rigolé avec Jacques-Yvan, comme s’il me fallait comparer. Jacques-Yvan n’en demeure pas moins positivement soudé à ma vie, comme l’est Serge à celle de Jane.

L’univers de Jane s’articule autour de ses trois filles, de leurs compagnons, de leurs enfants. Lorsque surviendra le décès de Kate en 2013, peut-être un suicide, Jane cessera de se confier à ses carnets, elle cessera de se sentir vivante, elle se laissera envahir par le sentiment d’avoir échoué dans son rôle de mère.

Ici et là au fil des pages, au sujet de sa vie professionnelle, par exemple, elle déplore son illettrisme, son manque de talent, sa petitesse. Là, il n’y a pas à redire, je me reconnais ! Elle s’attarde aussi à son incapacité à encadrer ses enfants, elle n’avait pas un sens de l’autorité très développé, d’après ce que je comprends.

Elle se permettait de s’énerver, de faire des crises, d’engueuler ses partenaires et ses filles sans pour autant remettre en question son droit d’exister sur la terre. En ce sens, je l’envie un peu, elle se donne du lest quand je ne me le permets pas.

Il est fait référence à un tel nombre d’individus que je finis par ne plus savoir qui est Daniel, ou Michel, ou Nelly, ou Betty… Serait-ce parce que j’ai lu ses carnets trop vite ? Peut-être. Il m’arrive d’avoir conscience de lire trop vite, tellement je suis happée par le récit. Je me console de cette mauvaise première lecture en me disant que j’en ferai une deuxième plus attentive, mais je n’ai pas toujours le temps de relire, particulièrement quand un nouveau livre exerce de la pression dans la file d’attente ! Celui qui en exerce en ce moment est Code bleu, de Simon Maltais. Mais je n’en exclus pas moins la possibilité de relire au moins le premier tome, le plus joyeux, celui dans lequel la maladie ne s’est pas encore pointée…

Comme cela s’est produit avec le parfum Detchema, me voici maintenant à la recherche d’un livre épuisé mais encore en circulation, paru en 2004, intitulé Jane Birkin, écrit par son amie de toujours Gabrielle Crawford, probablement assorti de photos car Gabrielle est photographe.

Puisqu’il est question de photo, ce ne fut pas difficile d’en inclure une dans mon texte d’aujourd’hui, alors que je pensais que ce le serait hier.

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Badouzienne 107

Charlotte Gainsbourg et moi avons toutes les deux subi une hémorragie cérébrale. La sienne est survenue en 2007 à la suite d’un accident de moto marine –que les Français appellent un jet ski. La mienne est survenue en 2021 et serait due, selon les rapports médicaux auxquels j’ai eu accès, au médicament que je prends pour éclaircir mon sang, le Coumadin. Il semble y avoir plusieurs sortes d’hémorragies cérébrales. La mienne a été soignée par une double trépanation. Je ne sais pas s’il en a été de même pour Charlotte. Je pense que j’ai failli mourir. Je me rappelle avoir dit à Denauzier que j’étais prête à partir. Je n’ai pas prononcé tout fort les mots qui, dans ma tête, complétaient cette affirmation, à savoir que je m’en demandais trop, de toute façon, de manière générale, et que je n’avais plus la force de fournir les efforts qui auraient été requis pour que je puisse considérer avoir réussi ma vie. Face à ce constat d’échec, autrement dit, j’envisageais –non sans un certain soulagement– de déclarer forfait !

Je m’intéresse à Charlotte en grande partie parce que je viens de terminer la lecture des carnets intimes de Jane Birkin, parus en deux tomes, le premier intitulé Munkey Diaries, et le deuxième Post-scriptum. J’avais entendu parler de ces carnets à la radio, je dirais il y a plus d’un an. Le temps, sans vraiment de surprise, a passé, jusqu’à ce que, dans une succursale de Multimag, je remarque le livre et l’achète. J’ai informé le vendeur, à la caisse, qu’il existait une suite au premier tome. Il a fouillé dans sa base de données, a été très surpris de constater que j’avais raison. Il a commandé le livre et quelque temps plus tard je suis retournée l’acheter.

Le ton de Jane dans ces carnets est semblable à celui qui était le mien, les quelques rares fois que j’ai tenté de m’écrire. Les phrases sont à moitié construites, les idées s’enchaînent sans trop de rapport entre elles. On n’est pas vraiment dans l’esprit de Nicolas Boileau, « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Avec Jane, ça y va par là, dans des mouvements incessants entre ses deux pays, l’Angleterre et la France.

J’ai fini le deuxième tome hier soir, regrettant n’avoir pas noté une phrase qui, encore une fois, me fait tellement penser à moi. Chatonne Mia sur mes genoux, j’ai tenté de la retrouver tout à l’heure, à partir de la fin du livre. Je me rappelais que la phrase était en bas de page, du côté gauche. Au terme d’une centaine de pages parcourues vite fait, je me suis découragée. J’ai fermé le livre et je n’y ai plus pensé. Quand je l’ai réouvert, j’avais la phrase sous les yeux. Je n’exagère pas.

C’est très étrange, mais, quand quelqu’un me masse et me parle et me demande de me détendre, ça me fait pleurer.

Je m’arrête là, l’interface de WordPress a tellement changé pendant mon long silence de huit mois que j’ai besoin d’un petit repos. Demain, je vais essayer de mettre une photo en ligne, en accompagnement du texte.

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Badouzienne 106

Je m’accorde une récréation avant d’entamer la correction des textes du Tome IV à venir. Le Tome III, au moment où j’écris ces lignes, est chez l’imprimeur. Je vise l’impression du Tome IV avant Noël, puis l’impression des trois tomes suivants –V, VI, VII– en 2024. J’imagine que ce n’est pas réaliste, mais en même temps il faut fixer la barre très haut pour atteindre ne serait-ce que la moitié de l’objectif. J’ai déjà l’idée du titre du quatrième opus : le crépuscule, parce que plusieurs textes couvrent les ennuis de santé de papa, son séjour à l’hôpital et son déclin physique jusqu’à ce qu’il devienne impossible d’éviter le CHSLD, où il a quand même vécu quatre ans !

Les improvisations quotidiennes autour des personnages alphas, au Tome II, m’ont donné du fil à retordre lorsque j’ai regroupé mes textes. Ça allait pas mal dans tous les sens. De même, les textes qui font partie du projet de catalogue artistique, au Tome III, ont nécessité plusieurs interventions de l’auteure pour créer un liant entre ces éléments disparates. Quand j’ai lu, assez superficiellement, les 220 textes du futur Tome IV, hier et aujourd’hui, il m’a semblé que j’avais affaire à un corpus moins ébouriffé que celui des deux tomes précédents, et que l’obtention d’une belle pâte n’allait pas générer autant de tours de cuiller de bois. Mais sait-on jamais.

C’est au cours de l’écriture du Tome IV que j’ai quitté l’université, que je me suis mariée avec Denauzier, que je me suis installée à la campagne et familiarisée avec une vie très différente de celle qui m’a vue active professionnellement. J’ai dès lors eu plus de temps pour écrire mes mots du jour, et réalisé que je ne pouvais plus avoir recours au tourbillon de mes obligations pour justifier la piètre qualité de mes textes publiés.

Il est beaucoup question du temps qui passe, dans ce Tome IV, je dirais que la majorité de mes textes sont imprégnés de ce sentiment. Est-ce un sentiment, une impression, un constat ? Une stupeur ? Le ton utilisé est souvent celui de la fillette qui fait des sautillettes, une fillette dont je déprécie les faits et gestes d’une manière presque systématique. Je vais essayer d’atténuer ces mauvais plis et d’honorer davantage, à travers ces nombreuses lignes qui m’attendent, la personne que je suis.

Alors, sans plus tarder, au travail.

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Badouzienne 105

Florilège

Mes lecteurs se souviennent peut-être que mes plates-bandes sont identifiées par des petits écriteaux qui se déclinent en exercice alphabétique de A à Z. Ça fait vingt-six plates-bandes, mais en fait il y en a un peu plus, presque trente je pense. Elles ont toutes vu le jour grâce à moi. Je me félicite.

Dans cette déclinaison alphabétique, mon surnom Bouzette est devenu Ouzette pour répondre à l’exigence du O. Et j’ai appliqué le même principe pour Denauzier qui est devenu Nauzier. Emmanuelle est identifiée par un acronyme qui la désigne bel et bien dans les bases de données de l’École Polytechnique, à savoir EmRich. Ma soeur Bibi, grande lectrice, y est désignée Bibiothèque. Etc.

Mon plant de pavots, puisqu’il est question de plates-bandes, m’a offert deux fleurs ce matin, les deux premières de la saison. Je suis allée les photographier sous la pluie. J’en aurai une bonne vingtaine au total, j’ai pris la peine de compter les gros boutons encore non éclos. Pourtant, le plant était famélique pendant ses deux premières années de vie, à tel point que j’ai envisagé de l’enlever à un moment donné. Heureusement, je n’en ai rien fait et aujourd’hui je récolte les fruits de cette non-intervention.

Étant donné que nous envisageons de passer l’été au chalet et que nous aimerions nous y rendre aux alentours de la St-Jean-Baptiste, j’ai plus ou moins clos mes dossiers encore actifs, ici à la maison. Dans cette veine, j’ai mis la touche finale à la toile qui apparaît en accompagnement de ce texte. Je l’ai créée en secouant mes pinceaux dans un effet de giclage. J’ai simulé un encadrement en utilisant du ruban à masquer pour tracer des lignes de couleur Terre de Sienne naturelle. Je sais que ce n’est pas bien vu, dans le monde de la peinture, de simuler un encadrement d’une manière tellement rudimentaire ou bébé lala, mais je l’ai fait pareil. Une fois partie, j’ai aussi tracé des fleurs avec un pochoir, et une boussole, à main levée, que j’aime, en bas à gauche.

Nous venons tout juste, Ludo et moi, de terminer le Tome III de mes aventures écrites du temps que je travaillais. Nous avons beaucoup et bien travaillé. Le résultat cependant est étrange. Discutant des dernières corrections au téléphone avec Ludo, et m’entendant décliner mes folies de cette époque de ma vie, entre 2013 et 2014, je me suis dit qu’il n’y avait qu’une attitude à adopter, pour ne pas souffrir : m’accepter, et accepter les idées loufoques qui occupent mon esprit. M’accepter sans me juger et sans me demander comment ça se fait que ce sont ces folies qui me captivent, et non le flot ordinaire de la vie.

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Badouzienne 104

Version finale des carafes

Dans mon rêve de la nuit dernière, je désirais visiter l’ensemble de mes amis dans leur maison respective. J’avais autant envie, autrement dit, de les visiter, eux, que leur lieu de vie. Je connais les lieux de vie intime de tous mes amis proches, bien sûr, mais mon rêve avait une visée plus large en englobant les gens que je ne fréquente que dans certains contextes –concerts et funérailles, par exemple.

Ainsi avais-je envie de visiter la maison de mon ex-belle-soeur, un endroit où je suis allée il y a belle lurette. En somme, mon rêve portait sur le désir de revisiter mes repères, mes points d’appui d’autrefois, afin de les réanimer, de les rendre contemporains à ma vie de maintenant.

Comme je franchissais la porte d’entrée, un univers complètement noir m’accueillait. Je ne m’étonnais pas qu’un tel phénomène se produise, le noir jouant ici le rôle métaphorique des années qui s’étaient écoulées au cours desquelles tout, de cette famille, m’avait échappé.

Stoïque, je restais debout, immobile, et me disais que ce serait merveilleux si le paradis, une fois que je serai décédée, me permettait de rencontrer les personnes que j’aurai connues de mon vivant, afin de nouer avec elles des conversations agréables, dépourvues de toute possibilité d’intention malveillante.

Cet univers paradisiaque ne comporte aucune compartimentation de l’espace. Nous sommes soit des anges soit des fantômes, des esprits ou des âmes dépourvus de corps. Nous flottons, nous planons, portés par l’assurance de ne rencontrer aucune contrariété. Nous sommes au ciel, finalement. Il ne fait ni chaud ni froid, cette notion-là, thermique, n’existe pas.

Pendant ce temps, le tuteur attend toujours que je l’habille. Je pense aller vers une robe, trouvée dans le fond de la boîte, plutôt qu’une jupe. Le bouleau attend qu’arrive son ami tuteur habillé. Ma nouvelle toile aux carafes attend que je la suspende au mur. Les bulbes de canas attendent que je les mette en terre. Ludo attend que je relise l’épreuve du Tome III. Mes amis –dont je connais bien la maison à tel point que je pourrais en dessiner le plan– m’attendent pour souper.

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Badouzienne 103

Étude de carafes en cours

Je donne aujourd’hui quelques nouvelles en ce qui a trait à ma vie. Je vais m’en tenir aux aspects pratico-pratiques pour ne pas me perdre dans de longues réflexions sur l’épineux phénomène du passage du temps.

En vrac, sans vouloir rien ordonnancer : mon araignée semble se plaire dans mon bureau, elle est sur le point de me donner un troisième bébé. Certaines araignées peuvent en produire cinquante, mais la mienne n’est pas rendue là. Elle progresse modestement. La maranta cependant, que m’a donnée ma soeur, ne semble pas se plaire dans notre maison. Ça fait trois ou quatre endroits que je lui propose et aucun ne lui permet de s’épanouir. Elle a, comme il m’arrive de le dire par rapport à ma personne, le tap slack.

Dehors, sur la galerie, m’attend un vieux tuteur de bois autrefois utilisé pour que s’y adossent des rosiers. Les rosiers ont acquis une certaine vigueur avec les années et n’ont plus besoin d’un adjuvant tuteur. Ce dernier a séjourné quelques années dans le garage. Je l’en ai ressorti récemment, dans le but de le vêtir d’une jupe qui proviendrait, selon ce qu’on m’a dit, d’un pays du Maghreb.

Voici comment la jupe du Maghreb s’est rendue jusqu’à moi. J’étais à Rawdon et revenais d’y avoir visité ma tantinette. La rue principale était animée par des ventes de garage. Je me suis arrêtée devant une table garnie de toutes sortes de choses, installée là sur le trottoir parmi plusieurs autres. Une boîte a attiré mon attention. Elle était remplie de tissus teints de couleurs vives.
– Ce sont des vêtements arabes, m’a dit la dame.
– Ah bon ? Vous les avez rapportés d’un voyage ?
– Non, non, ils m’ont été donnés.
– Les couleurs sont vibrantes, surtout ce turquoise, ai-je ajouté en pointant une belle toile de coton épais.
– Vous pouvez choisir un ou deux morceaux, je les vends 2$ chacun.
– Merci, je me suis arrêtée seulement pour le plaisir des yeux, ai-je répondu.
J’étais sur le point de m’éloigner lorsque la dame m’a dit qu’elle ne voulait pas repartir en fin de journée avec la boîte et que, si je voulais, je pouvais partir avec.
– Je vous la donne.
– Vraiment ? Vous êtes gentille ! Mille mercis !, me suis-je bien entendu exclamée (en ce sens que j’ai l’exclamation facile).

– Qu’est-ce qui traîne dans la boîte, là, sur la galerie ?, m’a demandé Denauzier quelques jours plus tard. Plusieurs jours plus tard, en fait.
– Des vêtements maghrébins, ai-je répondu.
Comme il a cessé de poser des questions quant à mes mille folies, mon mari n’a rien ajouté, mais je sais que la question a été exprimée afin que la boîte ne demeure pas sur la galerie jusqu’à la fin de l’été. Donc, je vais prochainement tenter d’agrémenter le tuteur d’une tenue joyeuse et le déposer contre le tronc d’un bouleau. Celui-ci m’a fait savoir, dernièrement, qu’il aimerait profiter de la compagnie d’un vieux tuteur rajeuni parce que vivre seul, c’est acceptable, mais à deux c’est mieux.

Je ne vais pas, cela étant, me consacrer à ce projet maintenant, parce que j’ai le pied gauche couvert d’un cataplasme d’argile pour m’être cassé le petit orteil en l’accrochant sur un meuble dans l’appartement de Bibi. Pauvre moi !

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