Jour 143

Photo provenant de Wikipédia. Archimède criant Eurêka ! parce qu’il vient de comprendre un phénomène qui a rapport à la densité de l’eau quand un corps y est plongé. Selon la légende, c’est le corps de notre homme qui était plongé dans la baignoire et c’est la raison pour laquelle, tout à l’émerveillement de sa découverte, il apparaît nu, s’extasiant dans la rue.

Ça y est, je viens d’appliquer de l’acrylique phosphorescent sur les lettres du mot Camouflage de mon installation murale. Est-ce qu’on va discerner les lettres sur le mur, la nuit, ou disons dans la noirceur, après que les lettres aient absorbé la lumière du jour tout le jour, et la lumière aussi de la lampe située à proximité qui est allumée en permanence ? À suivre.
Je suis aussi allée à mon premier cours de dessin hier, offert au magasin d’art de Joliette. Cela m’a replongée dans le passé, en 2006, quand j’ai entamé un certificat en arts plastiques à l’UQÀM. J’avais entamé mon certificat peu de temps après avoir entendu les mots « Arts plastiques » dans un rêve, dans mon sommeil. Pas entendu de manière diffuse à travers un flot de paroles ou d’autres bruits, comme il est possible qu’on entende des bruits dans un rêve, mais entendu plutôt les mots de façon péremptoire, sur un ton sans équivoque, comme lorsque Archimède, peut-être, a prononcé Eurêka ! autrefois jadis dans les années 200 avant Jésus-Christ.
Le premier cours du programme, en 2006, était un cours de dessin, justement, tout le monde debout derrière son chevalet, fusain en main, gommette grise en main aussi pour ceux qui assumaient le choix –déconseillé– d’effacer en cours de croquis. La prof avait la jeune quarantaine, je dirais, et elle semblait incertaine du choix musical qu’elle avait préparé pour l’atelier. Je me rappelle que personnellement j’avais adoré, c’était Pat Metheny, l’extrait Au lait de son album Offramp. Moins vieux que l’aventure d’Archimède, à savoir enregistré, l’album, en 1981.
L’album Offramp, lui, me replonge dans le passé de mes études à l’université Laval, à la terrasse du Pavillon Pollack. J’étais en bicyclette, la musique était diffusée à l’extérieur, c’était l’été, je portais des pantalons courts en coton. Je m’étais arrêtée pour écouter la musique qui m’avait happée pendant mes coups de pédale, une musique qui commence en un lent crescendo. C’est la partie lente et répétitive que je trouve envoûtante, encore maintenant. Après, quand Pat y va de son défoulement fulgurant sur sa guitare électrique, ça m’envoûte moins. J’avais demandé à une personne, debout pas trop loin, si elle trouvait, comme moi, que cette musique était extraordinaire. La personne, un homme, avait acquiescé.
Ça me fait du bien de me plonger dans mon passé, aujourd’hui. Je me sens tristounette, il pleut des cordes, je ne peux pas jardiner alors que j’aurais tant envie de me démener sur le terrain en plein soleil. Ça me fait du bien (bis) de me plonger dans le passé, de me répéter, d’ailleurs, en écrivant ces choses de mon passé, puisque je les ai déjà écrites il y a longtemps. Le sentiment qui m’habite avant tout autre est celui de mon ingénuité, de mon excessive naïveté, celle qu’on porte en soi forcément quand on n’a que vingt-deux vingt-trois ans, et que je portais peut-être particulièrement, plus que d’autres.  

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Jour 144

Quel est le lien entre la phrase d’introduction de mes deux textes précédents –les choses se règlent d’elles-mêmes– et la blague qui se termine sur un mot grossier ? C’est que j’oublie ce postulat de base plus souvent qu’autrement. Au lieu de me dire Aie confiance, laisse-toi porter, je me laisse entraîner dans la valse endiablée des questions pièges et des éventualités. J’essaie de me définir un plan B à la moindre parcelle de contrariété, pour être certaine que je vais être capable de concrétiser mon idée, quelle qu’elle soit.
Avec l’histoire des machines qui offrent le service d’impression des photos, disponibles dans les pharmacies, qui m’ont fait faux-bond deux fois, d’abord à Joliette puis dans mon village, j’ai été confrontée à la déception de ne pas pouvoir commencer aussi vite que je l’aurais souhaité les montages photos que je veux installer dans mes grands cadres IKEA.
Il s’agit bien sûr des photos de mes conversations FaceTime avec chouchou, conversations qui ont jalonné mon année et la sienne, de photos aussi de nos escapades à Paris et à Barcelone pendant les vacances de Noël 2019, de photos encore de notre séjour chez une amie à Bruxelles il y a exactement un an. Ces grands thèmes –conversations FaceTime, escapades parisienne, barcelonaise et bruxelloise– se divisent quant à eux en sous-thèmes. Je pense entre autres, et vite fait, à la couleur de nos rouges à lèvres et au port d’un béret basque.
Je ne suis pas non plus, dans mon cerveau, sans penser aux titres que je vais donner à mes cadres une fois les montages terminés. Dans un premier temps, d’ailleurs, je voulais peindre les titres directement sur les murs. Quand s’est manifestée, cependant, la nécessité de d’abord laver les murs et ensuite de les peindre, double opération qui aura lieu cet hiver si Dieu le veut, la question du titre a perdu de son importance.
Or, à tant penser à la manière dont je vais regrouper mes photos, autour de quels thèmes, selon quelle logique, en respectant quelle consigne, je me coupe du plaisir d’improviser à partir de zéro lorsque, enfin, je les tiendrai dans mes mains ! Je ne suis pas sans savoir, en outre, que toutes ces idées qui m’habitent peuvent s’avérer d’un intérêt nul une fois que je ne serai plus dans l’abstrait mais dans le concret.
Il n’empêche que je suis faite comme ça, j’anticipe au maximum jusqu’à en avoir l’écoeurite, et il faut probablement que j’atteigne l’écoeurite pour ensuite entamer le projet avec un regard neuf. Je risque fort de ne guère changer ma manière de penser et de me comporter, et il n’y a pas tant de mal à ça puisqu’au moins je suis capable de m’adapter à la manière dont je suis tricotée !
En conclusion, il s’est produit ceci. Je suis retournée hier dimanche à la pharmacie pour mon deuxième RNI. J’ai bel et bien prononcé RNI auprès de la commis au comptoir des ordonnances. Elle n’a pas sourcillé et a tout de suite fait signe à la pharmacienne, qui est venue vers moi, m’a piqué le doigt, etc. Résultat parfait : 3.0.
En sortant, je me suis dit que je pourrais vérifier, pourquoi pas, si la machine en libre-service allait accepter d’afficher les photos de mon téléphone. Elle a accepté. J’en ai sélectionné plusieurs, autour des thèmes des rouges à lèvres, du béret basque, des tresses de cheveux, à Paris, à Strasbourg, à Barcelone et à Bruxelles. J’ai commandé d’abord du format 4X6, puis du format 5X7. J’ai glissé à travers tout ça quelques photos prises à la Baie-James récemment. Pendant ce long moment de sélection auprès de la machine, à la pharmacie, une amie m’attendait à la maison. Elle a fermé les yeux sur ma longue absence, sur le fait que mes quinze minutes de déplacement se sont transformées en cinquante. Nous sommes allées chez elle passer l’après-midi, un après-midi poétique et exquis.
Ça ne peut pas toujours aller mal, en conclusion, quand ça va mal ça s’arrange tout seul, les choses retombent d’elles-mêmes sur leurs pattes, j’imagine que c’est la loi de la gravité.

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Jour 145

– Il marche, il marche, et il pense à sa femme, et à la pelle, et à la manière dont il devra s’y prendre pour bien pelleter autour des pneus. Il espère que la neige ne s’accumulera pas trop, il espère surtout que le propriétaire de la prochaine maison, qu’il connaît vaguement, sera chez lui pour l’accueillir, lui fournir une pelle et idéalement venir le conduire au lieu où il a pris le champ. Il tourne la situation dans tous les sens, dans sa tête. Trouvera-t-il une pelle ou pas ? Y aura-t-il quelqu’un à la maison vers laquelle il se dirige ? S’il n’y a personne, osera-t-il aller fouiller dans le garage pour trouver une pelle –et peut-être aussi des Traction Aids ? S’il emprunte une pelle, devra-t-il griffonner un mot à l’attention du propriétaire de la pelle, et du garage, indiquant qu’il va venir la rapporter ? A-t-il un crayon et un bout de papier dans la poche de sa veste ? S’il trouve une pelle mais qu’il n’y a personne pour le ramener à son véhicule, y aura-t-il plein de neige d’accumulée et le seul recours à la pelle sera-t-il suffisant ? S’il fallait que sa femme, à travers tout ça, commence ses contractions…
N’oublions pas que l’histoire m’a été racontée dans les années 1970 et qu’à l’époque on ne connaissait pas ça, les téléphones cellulaires…
– Il marche, il marche, poursuit le raconteur conducteur. Il continue d’envisager mille scénarios. Si le propriétaire de la maison où il se rend est chez lui, se permettra-t-il de lui demander de le conduire directement auprès de sa femme ? Mais comment alors la conduire à l’hôpital, ayant laissé dans le champ son véhicule embourbé ? Un véhicule embourbé se fait-il remorquer sans que le propriétaire en ait fait la demande, si une remorqueuse passe –miraculeusement– dans les environs ? Et à ce moment-là, où s’en va le véhicule remorqué, dans quel garage, et comment en est-on informé ? Non, le mieux, se ravise l’homme qui marche, c’est la bonne vieille pelle, on l’emprunte, on retourne au véhicule, on pellette, on revient porter la pelle, on rentre à la maison, on récupère un peu si chérie n’est pas en contractions… Et cette neige qui n’arrête pas de tomber ! Le voilà enfin qui arrive, plutôt transi, il pénètre dans la cour et se dirige vers la porte de la maison pour sonner.
– N’oublions pas, me rappelle le raconteur conducteur comme pour me prévenir, que notre homme a tourné la situation dans tous les sens, dans sa tête.
– Et alors ?, avais-je demandé.
– Alors, pensant à sa femme qui est peut-être en travail et déjà souffrante, pensant à la neige qui tombe de plus en plus rendant la circulation périlleuse, pensant à la pelle –sera-t-elle vieille, rouillée et lourde, ou alors neuve, en aluminium, et légère ?–, pensant à son véhicule pour lequel il n’a pas encore fait le changement d’huile parce qu’il n’en a pas eu le temps, pensant au froid qui maintenant le fait claquer des dents, pensant aux remorqueuses de façon générale –combien coûte un dépannage ? est-il vrai que ce milieu est infiltré par la mafia ?–, pensant à l’effort nécessaire pour retourner à son véhicule si le propriétaire de la maison devait se montrer peu enclin à aider, pensant qu’il existe des gens peu enclins à aider et d’autres qui aident tellement que ça nous étouffe, n’en pouvant plus, l’homme dont la voiture a pris le champ a eu l’immense surprise d’entendre ces mots sortir de sa bouche, lorsque le propriétaire de la maison, bien au chaud, légèrement vêtu, est venu, souriant, lui ouvrir la porte :
– Allez donc tous chier !

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Jour 146

Pourtant les choses s’arrangent toujours d’elles-mêmes. À l’âge que j’ai, je devrais le savoir. Le plus souvent, on n’a rien à faire, il suffit d’attendre.
Je me rappelle d’une histoire qui m’a été racontée quand j’étais adolescente. Nous étions dans une voiture, j’étais passagère et le raconteur de l’histoire était le conducteur. Le raconteur conducteur avait à l’époque le double de mon âge, disons qu’il avait trente ans et que j’en avais quinze.
– J’ai une histoire à te raconter, avait-il commencé.
– Une histoire vraie ?, avais-je voulu vérifier.
– Non, non, une blague.
– J’écoute, avais-je répondu, en soupçonnant qu’il était possible que je ne comprenne pas.
Déjà, à quinze ans, j’étais capable de me rendre compte que je n’étais pas une bonne décodeuse de blagues. C’est peut-être, d’ailleurs, parce que je l’ai comprise du premier coup que je m’en rappelle encore, quarante-cinq ans plus tard !
– C’est l’histoire d’un homme qui est en voiture, comme nous en ce moment, avait commencé le raconteur conducteur. Il se rend compte qu’il a oublié de mettre une pelle dans le coffre de son véhicule. L’histoire se déroule en hiver. Il se rend compte, donc, qu’il a oublié d’apporter une pelle, par mesure de sécurité, or, pour ne rien arranger, il constate que le ciel se fait de plus en plus gris. Et quelques minutes plus tard, bien entendu, il se met à neiger.
– Et l’individu n’a pas de pelle, avais-je jusque-là résumé.
– Ça ne prend pas de temps qu’on ne voit plus rien sur la route, qui est une petite route secondaire de campagne. Et, comme tu peux imaginer,… ce qui devait arriver arriva.
– L’homme fait une sortie de route, il glisse dans le fossé !, avais-je anticipé.
– Exact. L’homme perd le contrôle de son véhicule et se retrouve dans le champ. Il sort, fait le tour de sa voiture et se rend compte qu’avoir eu une pelle dans son coffre, il lui aurait suffi de l’utiliser pour se sortir du pétrin.
– C’est difficile à croire, mais on va faire comme si de rien n’était, avais-je répondu. Habituellement, ce genre de situation nécessite l’intervention d’une remorqueuse.
– C’est juste une blague, ne l’oublions pas, avait répété le raconteur conducteur.
– Comme il est familier des environs, avait-il poursuivi, l’homme dont la voiture a pris le champ se dit que la meilleure manière de régler son problème, c’est encore de marcher jusqu’à la prochaine maison, située à environ un kilomètre. D’une part, il sait bien qu’il ne passera personne sur la route pour venir l’aider, et d’autre part il n’est pas si bien habillé que ça pour affronter une tempête. Mieux vaut marcher, se dépenser, pour ne pas avoir froid. Il marche. Et réfléchit à sa situation. « Le mieux », se dit l’homme qui marche, « ce serait de revenir à ma voiture avec une pelle, pour la sortir de là et rentrer chez moi. »
– Sa femme l’attend à leur domicile, j’ai oublié de le préciser, avait glissé le raconteur conducteur, elle est enceinte et sur le point d’accoucher.
– Décidément, les astres ne favorisent guère notre homme, avais-je commenté.

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Jour 147

Je m’en veux d’avoir radoté hier à propos de l’impression de mes photos qui n’a pas fonctionné à la pharmacie de mon village. Ce n’était pas intéressant pour mon lecteur, ni pour moi d’ailleurs, et cela n’avait aucun rapport avec les dindes sauvages des premiers paragraphes ! En somme, pour atteindre mon objectif de 500 mots, je me suis rabattue sur cette anecdote que je classe dans la catégorie des affres du métier. Il serait préférable que je lâche prise et que je publie un texte de 312 mots, ou 424, quand le souffle qui m’habite au moment où j’écris ne se rend pas au-delà.
Je n’étais pas à la pharmacie pour la seule impression des photos, mais pour faire tester la vitesse de coagulation de mon sang.
– C’est pour un INR, dis-je à chaque fois à la personne qui m’accueille au comptoir des ordonnances, en me demandant immanquablement si je ne devrais pas plutôt m’exprimer en français et utiliser l’acronyme RNI.
Hier cette personne était une nouvelle employée, de nationalité française, et elle a un peu hésité avant de me répondre qu’une pharmacienne allait s’occuper de moi, si je voulais bien attendre.
Sans me lancer dans la moindre explication, l’acronyme INR signifie International Normalised Ratio, que l’on traduit en français par RNI pour Rapport normalisé international. Or, j’ai tendance à placer l’international avant le normalisé, de sorte que lorsque j’arrive au comptoir, je ne sais jamais si je dois dire RNI ou RIN, alors pour m’en sortir j’opte pour INR.
Le test consiste, en gros et en sautant des étapes, à prélever une goutte de sang, à la déposer sur une bandelette, à insérer la bandelette dans un appareil qui calcule en quelques secondes quelle est ma vitesse de coagulation. Je tends toujours la main droite parce que je suis droitière et la pharmacienne me pique habituellement le bout de l’index pour obtenir la goutte. Si la petite machine, que l’on appelle CoaguCheck, affiche une vitesse au terme de quelques secondes seulement, c’est que je coagule beaucoup trop rapidement. Si le résultat requiert plusieurs secondes avant de s’afficher, je coagule à l’inverse trop lentement. Dans ma vie de tous les jours, je n’ai aucun effet de ces trop rapidement ou trop lentement, mais s’il devait survenir un accident et que je me mette à saigner, cela pourrait être dangereux pour ma santé.
– Est-ce que je devrais faire le test ?, ai-je d’abord demandé à la pharmacienne. Ça fait quelques jours que je ne me sens pas bien, ai-je expliqué, j’ai vomi, j’ai très peu mangé depuis, la nourriture me lève le coeur, je n’ai envie que de pain grillé…
– On va le faire, c’est plus prudent, a répondu la jeune femme.
La petite machine a pris un temps fou avant d’afficher un résultat.
– Ce n’est pas bon signe, ai-je dit à la pharmacienne, pour montrer que je connaissais bien le procédé.
– En effet, a-t-elle répondu, la première surprise que la machine soit si étrangement lente.
Sans, encore une fois, me lancer dans les explications, je dois obtenir un résultat se situant entre 2,5 et 3,5, or c’est le chiffre 8,0 qui s’est affiché, accompagné de la mention que le résultat réel dépassait ce 8,0.
– Vous faites peut-être 12, 17, 21 ?, s’est exclamée la pharmacienne.
Je vais donc me rendre demain à nouveau à la pharmacie, sans prendre d’ici là la moindre dose bien entendu, et je vais tenter de profiter de l’occasion pour demander un RNI, on verra la suite.
Quand on ne mange pas, on doit diminuer la dose du Coumadin et je ne le savais pas. J’étais presque convaincue, en fait, d’obtenir un résultat parfaitement ciblé, dans la mesure où je n’ai pas consommé d’alcool, qui dilue le sang, ni de légumes verts, qui l’épaississent. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la pharmacienne si ça valait la peine de faire le test, en ce sens qu’à mon avis je n’avais rien consommé qui risquait de m’éloigner de ma cible !

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