Jour 308

PlusRécente

Il y a, esquissés à l’encre noire, neuf personnages et un animal.

Dans mon rêve, j’étais habitée par le sentiment amoureux. Amour pour un seul être ou pour autrui plus largement, amour dirigé vers moi peut-être, amour pour l’universel encore aussi, amour tout court, je ne saurais dire. Je me sentais tellement bien, et décontractée, que c’est avec presque de la joie que je me suis réveillée, nous étions en plein nuit, pour goûter, de façon consciente cette fois, ce sentiment exquis qui m’habitait encore. Quand je porte en moi ce sentiment délicieux, dont je n’ai jamais fait l’expérience dans ma vie éveillée, je me demande si je ne vis pas par anticipation, le temps d’une ou deux secondes, l’expérience de ce que sera ma vie après la mort de mon corps. Autrement dit, je me demande si je ne reçois pas des petits teasers de ce qui m’attend quand mon existence sur terre sera arrivée à échéance.
Pendant ce temps, ma toile ci-contre a reçu de nouvelles lignes noires qui ajoutent à l’effet toile d’araignée, ou labyrinthe, ou vitrail. En arrière-plan, la masse jaune dans la partie du haut s’apparente, à mes yeux, à la tête d’un chien qui souffrirait d’un mal de dent. Pour supporter la douleur, l’animal porterait un linge rempli de glace qui passe sous le menton et se noue sur le dessus de la tête. Se noue tant et si bien qu’il a été possible de relier les extrémités du linge pour en faire une boucle, on dirait d’ailleurs un nœud papillon.
OursMalDentsJ’ai suspendu la toile dans le corridor. Quand on sort de la salle de bain, on tombe pile dessus. Ça se pourrait qu’éventuellement je couvre les lignes noires pour me lancer dans la représentation du chien qui a mal aux dents. Mais pour l’instant je n’y touche plus, d’autant que Denauzier aime beaucoup. Je ne sais pas pourquoi, dès que je ne lui présente pas des toiles faites avec minutie qui m’ont pris un temps fou, mon mari aime le résultat et m’encourage à poursuivre dans cette voie.
Je travaille depuis hier sur une autre toile que je couvre, elle, et comme à mon habitude maladive, de petites masses qui se rencontrent.
Je sens que j’ai fait le tour de mes capacités avec le médium acrylique et qu’il serait temps que je me tourne vers une autre technique. Je sens aussi qu’il serait gagnant que je peigne ou que je fasse des arts plastiques en groupe, que je mélange mon énergie à celle des autres. Mais cela requiert de l’organisation, de la route probablement, de la disponibilité sur le plan des horaires. Je vais me contenter d’y penser, pour le moment.
Mardi soir, 21 heures. J’ai fait de la pâte à beignes selon la recette de ma grand-mère Yvette Longpré, qui tenait, elle, cette recette de sa mère. Nous allons les faire frire demain matin, mon mari et moi. J’ai emprunté l’emporte-pièce à Bibi, en lui promettant de le lui ramener, c’est le seul objet qu’elle possède qui lui vient de la même grand-mère Yvette.

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Jour 309

VimGel

J’utilise Vim sur la recommandation de Bibi qui est une frotteuse insurpassable et inlassable. Comment peut-on ne jamais se lasser de frotter ? C’est un véritable mystère pour moi.

Je peux être flâneuse, bohème, nonchalante. Je regarde mes plantes profiter du soleil, je viens m’asseoir à mon ordinateur, je vérifie si j’ai reçu des courriels, habituellement je n’en ai pas reçu car j’en reçois peu, je retourne observer mes plantes, je les tourne pour qu’elles profitent du soleil de tout bord tout côté, je me sers du café, je traîne. Je prends mon temps.
De flâneuse à rêveuse, il me semble qu’il n’y a qu’un pas. Suis-je rêveuse ? Je ne le sais pas, j’imagine que oui, c’est la forme d’évasion la plus accessible. Quand je suis assise et que je me demande ce que je vais écrire, suis-je en train de rêver ? Je dirais plutôt que je suis en train de chercher, que je suis en train de laisser monter l’inspiration qui me fera écrire le texte du jour, mais je cherche en flânant, en observant mes plantes, en allant me servir du café, en changeant de pièce pour observer d’autres plantes, en revenant m’asseoir…
piles-mn21-23a-12v-bulk-duracell-x-10Le comble de la nonchalance s’atteint le plus souvent au chalet. J’écris à la seule table que nous ayons là-bas, entourée de piles Duracell, de fils électriques, d’outils divers que mon mari a déposés là, entourée aussi des restes du repas de la veille, si si, je suis nonchalante à ce point-là, les assiettes sales sont mes compagnes sur la nappe tachée.
D’autres jours cependant, en raison de ma nature changeante, excessive, contrastée, je suis une fourmi travailleuse, je ne flâne pas une seconde puisque les tâches au programme ne me laissent aucun répit. Mon week-end au chalet s’est décliné sur ce contraste : samedi fut une journée de lenteur strictement consacrée aux choses que j’aime –écrire deux textes sur la table encombrée–, tandis que dimanche fut une journée de récurage intense et ininterrompu.
Est-ce que j’aime faire du ménage ? Je pense que non, mais j’aime l’effet obtenu. Je peux laisser la poussière couvrir le surface des meubles, par exemple, dans notre chambre à coucher, et beaucoup apprécier la nouvelle couleur moins grisâtre qui apparaît après mon coup de chiffon ! Il va de soi, c’est la loi du moindre effort, que les journées paresse et désordre sont plus nombreuses que les journées efficacité.
Quand je finis par être habitée par l’élan du mouvement –la flânerie se révélant la bonne amie de l’état stationnaire peu agité–, je ne mesure pas moi-même, en début d’élan, ce à quoi je vais m’attaquer. Je le constate au fur et à mesure que mes yeux se posent sur les surfaces sales dont on ne devine à peu près plus la couleur d’origine. Surfaces verticales de type portes d’armoires, surfaces horizontales de type tablettes du réfrigérateur ou comptoirs de cuisine et de salle de bain. Surface arrondie encore de la cuvette et des éviers. Malgré moi, je dresse une liste dans ma tête dont je ne vois pas la fin :
356356-v1_330x330– Après l’aspirateur je m’occuperai de la tablette des DVD puis j’irai ranger les casseroles dans l’armoire et j’essaierai de frotter celle qui est restée tachée et je me demande si un peu d’eau de Javel ne redonnerait pas à l’évier sa couleur initiale et je ne dois pas oublier de faire tremper les plaques calcinées de la cuisinière dans l’eau chaude, etc.
Tout cela pour en arriver à ceci : je n’aurai pas besoin de dissolvant de vernis. Le rouge sur mes ongles n’a pas survécu hier au contact vigoureux de la grosse laine d’acier Bull Dog.

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Jour 310

Casey1erNOV

Route traversée d’une large fissure d’eau et de boue.

Nous aurons eu une tempête de pluie et de vent et je ne m’en serai rendu compte qu’en cours de trajet pour atteindre le chalet, le lendemain vendredi. Difficile de ne pas m’en rendre compte, comme en témoigne la photo ci-contre. Habituellement, il faut deux heures pour franchir la distance entre la maison et le chalet. Cette fois-ci, il en a fallu trois, parce qu’il y avait des trous et des mares de boue partout qui nous obligeaient à rouler à 40 km/h. Il est possible que nous ayons à prendre une autre route, pour le chemin du retour demain dimanche, car cette fissure se sera élargie. Je dirais qu’il est impossible qu’elle ne se soit pas élargie, d’une part, et qu’il aussi impossible qu’elle ait été réparée pendant un week-end, d’autre part. Quand on regarde la photo, on devine qu’à l’extrême gauche la fissure est moins prononcée, c’est à cet endroit que mon mari et que son frère sont passés chacun dans leur camion, mais je ne miserais pas sur la possibilité de faire le trajet inverse en passant au même endroit. À suivre, un jour à la fois, aujourd’hui c’est samedi.
Il était nécessaire de venir dans le bois, malgré les mauvaises routes, pour y terminer des travaux chez le frère de Denauzier, avant l’arrivée de l’hiver. Les hommes, ils sont quatre, auront travaillé toute la journée pendant que j’aurai écrit, entré du bois pour le foyer, passé le balai, marché mes 10 000 pas et conduit le quatre roues pour aller vérifier l’état des habitations voisines. Les entrées de quatre chalets sont bloquées par des troncs ou des arbres tombés sous l’effet du vent, mais il n’y a rien de catastrophique. Aucun bris. Quand nous sommes arrivés, nous avons découvert que le cadenas qui maintient en place une chaîne de part et d’autre de notre entrée avait été forcé, il traînait par terre et de même la chaîne.
– Nous avons été cambriolés !, a dit mon mari. J’ai donc bien fait de ne pas avoir laissé traîner mes moteurs de bateau !
J’ai été la première à entrer dans le chalet, tout était intact, j’étais presque déçue parce que je suis toujours à la recherche d’un petit swing qui retrousse pour rendre ma vie plus excitante. Nous sommes allés chez le voisin, idem, tout était intact. En fin de compte, c’est une grosse branche qui serait tombée sur notre cadenas et qui l’aurait cassé.
Dans un registre à l’opposé du bois et des chemins de terre, je termine ce texte à la Maison symphonique, où était ma sœur un soir de la semaine dernière. Elle était assise avec ses amis et placotait avec eux lorsqu’une main a touché son épaule. Elle s’est tournée et s’est trouvée devant mon ex belle-sœur, du temps de ma vie avec Jacques-Yvan.
– À seulement entendre ta voix, j’ai tout de suite su que tu étais la sœur de Lynda, a dit l’ex belle-sœur. C’est incroyable à quel point vos voix sont identiques !
Décidément, je suis la fille de mon père et la sœur de ma sœur !

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Jour 311

Ongles

Tantine accepte de se prêter à mes folies.

Finalement, nous aurons eu une tempête de pluie et de vent et je ne m’en serai pas rendu compte. Qu’est-ce que je faisais pendant que la température se déchaînait ? Je dînais avec une tantine, pas celle dont je m’occupe hebdomadairement, une autre, en compagnie, cela étant, de celle dont je m’occupe ordinairement, et de Bibi, l’organisatrice de toutes ces rencontres familiales qui ponctuent mon quotidien. Nous sommes allées dans un restaurant asiatique. Je pense qui Bibi est la meilleure cliente à cet endroit, elle y amène tout son monde, jeunes et moins jeunes. Le personnel d’ailleurs l’appelle par son prénom, Bibianne.
À propos de prénom, voici une anecdote touchante pour les âmes sensibles et fleur bleue comme la mienne. Le patron se fait appeler Raymond par ses clients, parce qu’il était auparavant le propriétaire d’un dépanneur qui s’appelait Dépanneur Raymond. Bien entendu, c’était le nom du dépanneur avant qu’il en fasse l’acquisition. Par un effet de glissement naturel, les clients du dépanneur se sont mis à appeler notre homme Raymond, et, Joliette étant une petite ville, les clients du dépanneur qui viennent au restaurant continuent de faire pareil. Intriguée qu’un asiatique ait pu se faire prénommer Raymond par ses parents, Bibi a posé la question :
– Êtes-vous bien un Raymond, ou avez-vous opté pour un prénom occidental plus facile à prononcer ?
Ici, j’y suis allée de mon grain de sel, en mentionnant que les prénoms asiatiques sont souvent faciles à prononcer, et en énumérant ceux que je connais : Duy, Hu, An, Lee…
L’homme s’est mis à rire et nous a expliqué ce que je viens d’expliquer ci-haut.
– On m’appelle Raymond parce qu’avant de tenir ce restaurant, j’avais un dépanneur qui s’appelait le dépanneur Raymond !
– Quel est alors votre vrai prénom ?, a demandé Bibi.
– Wesner, a-il répondu.
– Ça fait américain, ou anglais, il me semble ? Comment vous l’écrivez ?, ai-je répliqué.
– W, a, e, s, n, a.
– Waesna !, avons-nous prononcé en chœur, les quatre femmes autour de la table.
– Ça veut dire Destin, a-t-il précisé. Mon cousin m’a donné ce prénom quand il a découvert que je faisais partie du même camp de réfugiés que lui. J’étais petit à l’époque, pas plus haut que ça, a-t-il ajouté en désignant de la main une hauteur d’à peu près trois pieds.
– C’est une belle histoire !, a dit Bibi.
– Waesna, Waesna, avons-nous continué de prononcer entre nous.
Sur ce, l’homme, qui était à notre table pour nous servir, est reparti. Du coup, nous n’avons pas su quel était son prénom d’origine !
Après le repas, nous sommes allées chez la tantine que je ne vois pas souvent, prendre le thé, mais en fait nous avons bu de l’eau Pellegrino.
– Me permettez-vous, pendant qu’on boit notre eau, d’appliquer du vernis sur les ongles de tantine ? Elle me l’a demandé dans l’auto tout à l’heure.
– Allez-y !, a répondu notre hôtesse.
En fait, tantine ne m’a rien demandé. Constatant dans l’auto que je portais du vernis à ongles rouge, elle a passé la remarque qu’elle n’en avait jamais porté de sa vie.
Souvent, pour le plaisir de la faire parler, je réponds des niaiseries.
– Tu n’as jamais porté du rouge mais peut-être as-tu porté du bleu ?
– Comique !, se contente-t-elle de répondre.
De là à lui proposer d’essayer, bien entendu, il n’y a qu’un pas, très facile à franchir puisque je savais que le flacon de vernis était dans mon sac à main.
Quand j’ai eu fini, elle a passé la remarque que c’était plus beau sur ses ongles longs que sur mes ongles courts.
– Mais je ne sais pas si j’aime ça, a-t-elle ajouté.
– Au moins tu l’auras fait une fois dans ta vie !, ai-je répliqué, en taisant le fait que ça ne s’enlevait pas facilement !

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Jour 312

Cloutier

Lac Cloutier le 31 octobre à 11:00. L’eau comme un papier de soie. Photo sans  rapport aucun avec le texte d’aujourd’hui.

Je suis tombée sur une personne rigolote. À la Lufthansa. J’ai acheminé hier à la compagnie des documents numérisés qui allaient permettre d’analyser ma demande de compensation. En fait, on me demandait de fournir un document que je n’avais pas, et d’en fournir deux que j’avais déjà fournis. J’ai fait comme si de rien n’était. J’ai réacheminé les deux que je possédais, en mentionnant que le troisième document demandé ne m’était jamais passé entre les mains. J’en ai profité pour préciser que je ne savais pas si je m’adressais à un homme ou à une femme, car la correspondance était signée d’un certain ou d’une certaine Glody. J’ai donc commencé mon courriel par M. ou Mme, en précisant que j’y allais de cette double formule à défaut de savoir si Glody était un prénom masculin ou féminin. Je demandais par ailleurs à cette personne Glody d’excuser mon ignorance.
Voici ce matin ce qui est arrivé. Mon téléphone sonne, et je vois sur l’écran que l’appel provient de l’Allemagne. J’ai tout de suite pensé qu’il s’agissait de mon amie québécoise, qui habite en Allemagne depuis maintenant plus de quarante ans. Je l’ai contactée pas plus tard qu’hier, elle aussi, pour vérifier s’il était possible que je me rende la visiter début janvier, avec chouchou, comme nous l’avons d’ailleurs fait en septembre dernier. Je m’attendais donc à ce que ce soit la voix de mon amie qui charme mes oreilles, mais ce fut plutôt une voix masculine.
– Bonjour Madame, me dit la voix, je téléphone de la Lufthansa.
– Bonjour, ai-je répondu, cherchant déjà dans mon bureau un papier et un crayon pour noter quels documents supplémentaires allaient m’être demandés.
– J’appelle, tout d’abord, pour vous informer que mon prénom est mixte.
La remarque de cette personne rigolote m’a laissée pantoise.
– En effet, a ajouté la personne pour combler le silence, Glody est un prénom qui sied aussi bien à une femme qu’à un homme.
– Comme chez nous le prénom André, ai-je répondu en m’efforçant de faire travailler mes neurones un peu plus vite que d’habitude.
– Vous avez demandé une compensation pour un vol annulé et pour un deuxième vol annulé, l’un à la suite de l’autre, c’est bien ça Madame ?
– Exactement, ai-je répondu, en n’ajoutant rien car j’étais figée, et parce que je m’attendais à être autant déçue par l’appel de Glody que par ma visite au CHUM qui s’est soldée par une non-opération en septembre dernier.
– On prend la peine de me téléphoner pour mieux me faire avaler qu’il n’y a rien à faire, pour m’amener à penser que, dans le fond, personne n’est responsable, et ça va se terminer par des souhaits de meilleur vol la prochaine fois.
Glody, cependant, était déjà en train d’énumérer les raisons pour lesquelles il était normal que je sois dédommagée financièrement, et la fin de ma pensée négative a coïncidé avec l’annonce du montant auquel j’ai droit, qui est un montant dans le début des quatre chiffres. Quand même pas si mal !

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