Badouzienne 65

Tête pansée ce 30 mars 2022

Je me demande cette fois-ci, dans la mesure où mon texte commençait de la même manière hier, à propos du maintien, ou non, du fond marron, je me demande ce que mon mari va penser de ma toile pansée sur laquelle j’ai travaillé aujourd’hui comme on peut le constater ci-contre. Je vais le savoir tout à l’heure, quand il sera de retour.

Difficile de savoir ce que j’en pense moi-même. J’aime la présence du pied, ça c’est sûr, dont les orteils ont reçu une fine couche de vernis à ongle de couleur violette. Ça ne paraît peut-être pas sur la photo. Malheureusement, la cheville n’est pas aussi fine que je l’aurais souhaité. Le maintien coûte que coûte de la largeur de ma trace de pinceau provenant du fameux fond marron, largeur circonscrite ici par des traits noirs, maintien de haut en bas, ne m’a pas permis d’affiner cette jolie partie du corps –j’en suis toujours à la cheville.

Encore une fois, décidément, je sens que je ne suis pas facile à suivre. Je vais changer de sujet, ce sera peut-être plus fluide.

Ce matin, je suis allée choisir un tissu pour faire recouvrir des bancs et des chaises. C’est la propriétaire qui m’a servie. J’aime cette dame et il ne fait nul doute qu’elle a beaucoup d’expérience dans son domaine. Je n’arrivais pas à en choisir un parmi les mille et un échantillons réunis dans des catalogues d’un pied d’épais.
– Celui-ci, madame, pensez-vous qu’il pourrait faire l’affaire ?
– Bien, vous m’avez dit que vous cherchez quelque chose de joyeux… on peut trouver plus joyeux !
– Et celui-ci, l’aimez-vous ?
– Ce n’est pas moi qui dois l’aimer, c’est vous qui devez avoir un coup de coeur !
Sachant que je n’aurais jamais un coup de coeur pour un échantillon de tissu, j’ai décidé sur le champ de choisir celui qui apparaissait sous mes yeux, dans les teintes de Pâques, ça adonne bien car nous y serons dans deux semaines, à savoir jaune et violet, avec du rose et du pourpre ici et là. Le motif est floral. Mais il y avait un autre tissu que j’aurais peut-être dû choisir à la place, moins conventionnel, plus moderne… qui a attiré mon regard en premier, or il est bien connu que la première idée est toujours la meilleure.

J’imagine que mon profil pansé ressemble maintenant à une patente exploratoire pour m’être trop intéressée aux traces de pinceau dans les tons de marron qui couvraient la toile. J’aime aussi, pour en revenir à ce que j’aime, l’effet de nuage sur le ciel vert, en haut à gauche, et la trouvaille qui m’a permis de tracer une narine sans aucune difficulté en créant tout simplement une boucle –tronquée de sa moitié.

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Badouzienne 64

Tête pansée, un titre qui ne me plaît pas, même si on peut interpréter qu’il s’agit d’une Tête pensée. Je vais tenter de trouver mieux. 24 po X 24 po, acrylique et encre noire

Je me demande si je dois retirer le fond marron à droite, et la sorte de beige indéfini à gauche, maintenant que j’ai tracé, avec un stylo à encre noire, les marques de pinceau qui étaient visibles sur la surface de la toile, dans l’espace que j’ai restreint à celui d’un individu vu de profil.

Je sens que je ne suis pas facile à suivre. L’important, c’est de savoir qu’il y a sur cette toile un profil qui est traversé de bandes larges et moins larges tracées à l’encre noire. Ce n’est pas important de savoir comment m’est venue l’idée –aujourd’hui même– de créer ce profil. La question qui est au centre de mon débat intérieur est plutôt de décider si je maintiens le marron, côté bouche, et par ricochet la sorte de beige, derrière la nuque.

J’aime l’effet apocalyptique du marron parce qu’il s’en dégage du mouvement et donc de la vie, mais je ne suis pas certaine d’avoir envie de vivre, dans la maison, avec une toile qui évoque l’apocalypse lorsque mon regard se pose sur elle. Mon mari, lui, adore le brun tel qu’il est et ne comprend pas que je sois allée vers l’ajout de ce qu’il a dit être « une momie ».

J’ai de la difficulté à me décider parce que j’aime beaucoup le brun. Je dirais qu’il est ma couleur préférée, mais il ne me va pas s’il s’agit de me vêtir de cette couleur. De toute façon, je sais fort bien que je ne peux pas décider comment faire progresser une toile avec ma tête. C’est en y travaillant de mes mains. Une ligne, une couleur, une masse vont me donner la voie à suivre.

Je ne devrais pas me lancer dans la peinture, comme je le fais depuis trois quatre jours, alors que le tome 2 attend que je m’occupe de lui. Mais il n’empêche que je publie ce texte pour ensuite faire une petite tentative de quelque chose avec ma belle couleur taupe sur le cou du personnage…

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Badouzienne 63

Sans titre, 30"X40"

Je porte un rouge à lèvres de couleur dite On Cloud Wine, qui se vend sous forme de crayon et non de tube. Sa particularité est d’être indélogeable. Le mot est imprimé sur le produit. Ce n’est pas vrai qu’il est indélogeable parce que je bois de l’eau en ce moment et mes lèvres impriment une grosse marque non élégante sur la bordure du verre.

Nous avons acheté ce rouge foncé à Toronto, Emma et moi, quand nous nous sommes rendu compte que nous étions parties à l’aventure, le premier matin de notre brève escapade, sans avoir d’abord coloré nos lèvres, alors qu’il est entré dans nos moeurs, les siennes et les miennes, de les colorer quand nous voyageons. Comme ce crayon donnait droit à des points bonis si nous en achetions un deuxième, au Shoppers Drug Mart, Emma en a choisi un autre de couleur plus rouge et ne tirant pas autant sur le vin. Bien entendu, ces deux nouveaux crayons s’ajoutent à une collection déjà trop généreuse pour le peu de fois que je colore mes lèvres.

Je n’avais pas toute ma tête, lorsque nous sommes allées à Toronto, parce que j’y suis arrivée malade d’une gastroentérite qui s’est déclarée dans le train. C’est peut-être pour cette raison que j’ai oublié de glisser des rouges à lèvres dans mon sac à main, et c’est probablement pour cette même raison que j’ai égaré ma carte de crédit, peu de temps après l’achat du On Cloud Wine. Cela nous a valu, à ma fille et moi, une expérience téléphonique avec le service à la clientèle de Mastercard, au cours de laquelle nous ne savions plus trop si nous parlions à des êtres humains ou à des robots.

Le thème du texte d’aujourd’hui est celui du maquillage, d’une part parce que j’ai les lèvres maquillées en plein après-midi en plein lundi en pleine campagne, cela ne m’arrive jamais, et d’autre part parce que la toile qui apparaît ci-dessus est faite à partir de vernis à ongles que j’ai versé sur la toile. Les bouteilles de vernis proviennent d’Emma, qui n’achète pas que du rouge à lèvres au Pharmaprix –l’équivalent québécois du Shoppers Drug Mart ontarien. Fidèle à mon obsession pour les masses, j’ai coloré les espaces formés par les coulisses de vernis avec mes tubes d’acrylique. J’allais oublier que j’ai aussi utilisé un restant de gouache liquide de couleur dite Bleu foncé. J’envisagerai peut-être, plus tard, de coller sur certaines masses du papier imprimé provenant de serviettes de tables.

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Badouzienne 62

J’ai 62 ans, bientôt 63.

Si je désire en venir à bout de mes textes pour produire les neuf autres tomes de ma série titanesque, il est préférable que j’investisse mon temps non pas en écrivant du nouveau, mais en révisant de l’ancien. Donc, je suis très peu active sur mon blogue ces derniers temps, d’autant que j’ai été très active en déplacements, d’abord en Ontario, puis à Montréal, sans oublier que nous avons hébergé les petits pendant la semaine de relâche.

En Ontario, nous avons flâné une bonne demi-heure dans un magasin, en grande partie pour nous réchauffer, Emma et moi, la température étant exécrable ce jour-là. Dans ledit magasin se trouvaient des casse-tête et bien entendu Emmanuelle les a vus. Nous en avons acheté deux, dont celui ci-contre, par solidarité pour le peuple Ukrainien. Au départ, bien sûr, le casse-tête n’a rien à voir avec le conflit qui sévit actuellement.

À notre retour à la maison, à Montréal, un soir, j’ai écouté trois épisodes en rafale de la série Big Little Lies, cela représente trois heures, pendant lesquelles ma fille est venue à bout du casse-tête.

J’ai corrigé de façon satisfaisante, à ce jour, le premier quart de ma deuxième année d’écriture. Je pense savoir déjà quel sera le texte en quatrième de couverture et quel sera le titre du tome. À suivre !

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Badouzienne 61

Un pastel ancien qui m’a suivie, parce que je l’aime tellement, à St-Jean-de-Matha

Ça va mal. Les textes de ma troisième année d’écriture sont tout juste bons à être jetés à la poubelle. La première année, on le sait, a été publiée. La deuxième année est en cours de révision, d’abord par Bibi –je lui ai donné jusqu’à la fin de février– puis ce sera par moi, puis ce sera Ludo, puis ce sera Ludo et moi. Je me suis donc lancée ces derniers jours, d’ici le retour de mon manuscrit, dans une lecture sommaire des textes de la troisième année.

Il faut dire, à ma décharge, que j’étais sur le point d’être opérée pour le remplacement de ma valve mitrale. Il y a quelques textes intéressants, il est vrai, qui ont trait à mes visites préparatoires à l’hôpital. Puis, le 19 juin 2013, j’étais opérée. Le 19 juin, c’est tout juste un mois et demi après le début d’une année d’écriture, en ce sens que le 1er mai est la date qui me voit entamer une nouvelle année.

Dans le mois qui a suivi ma chirurgie, je dirais même jusqu’à la fin du mois de juillet, j’ai subi les effets de l’anesthésie. Je n’étais pas Lynda telle que je me connais, mais une Lynda comédienne sur scène qui s’exprimait avec emphase. Je m’en rendais compte, et j’espérais que la journée à venir allait me voir moins comédienne que celle de la veille, mais le changement fut très graduel. Je me disais intérieurement que j’allais essayer d’être moins extatique, mais, à la première occasion, je recommençais à m’exclamer et à m’exprimer à grand renfort de gestes. Cette exacerbation du moi transparaît, on s’en doute, dans mes écrits.

J’ai bénéficié d’un congé du travail d’une durée de trois mois. Je pense qu’à mon retour à l’université, mi-septembre, j’ai mesuré à quel point l’inventivité allait constituer un défi de taille : écrire un texte par jour sans jamais savoir à l’avance ce que j’allais écrire sollicitait une disponibilité mentale que je n’avais pas. Je n’étais pas encore assez forte. D’ailleurs, il a fallu que j’insère une journée de vacances, le mercredi, dans mes semaines de travail jusqu’à ce qu’on atteigne la fin de l’année.

Pour ne pas, pour autant, interrompre mon défi titanesque, j’ai décidé de consacrer plusieurs textes à la description des toiles qui couvraient, à l’époque, les murs de l’appartement de Montréal. Puis, après avoir décrit une vingtaine de toiles, j’ai décrit les vingt-six photos d’un autre projet, celui « au foulard rouge ». Cela veut dire que ces textes du troisième tome, pour être compréhensibles, devraient s’accompagner d’une photo desdites oeuvres. Voilà qui augmente énormément le prix de mon projet déjà déficitaire…

Je ne sais donc pas ce que je vais faire : imprimer une troisième année de laquelle auront été retirés tous les textes ratés ? Avec ou sans photos là où il en faudrait ? Sauter carrément une année ? Et si la quatrième année s’avère aussi mauvaise que la troisième, que vais-je faire ? Constater que je me leurre quand je considère que l’écriture est essentielle à ma vie ? Ou constater, plutôt, que je me leurre quand je pense que mon écriture peut être intéressante pour autrui ? Au secours !

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Badouzienne 60

Encore un excès…

Comme je ne me rappelle jamais si le roman de Jacques Poulin s’intitule Mon royaume pour un cheval ou Mon cheval pour un royaume, je me suis créé un code mnémonique avec la première lettre de chaque mot du titre. La version « pure » est la bonne, à savoir MCPUR.

La version MRPUC n’est pas pour autant à négliger car elle est tirée d’une pièce de théâtre de Shakespeare. D’ailleurs, si Jacques Poulin n’avait pas mis en exergue de son roman cette citation tirée de Richard III, je ne me serais peut-être jamais demandé si c’est le cheval qui vient en premier, ou le royaume.

J’interprète ainsi le titre de Poulin : je tiens tellement à mon cheval que je n’en changerais pas pour un royaume. À l’inverse, Richard III semble être dans une bien mauvaise posture puisqu’il céderait son royaume pour avoir un cheval.

Je ne sais plus dans quelles circonstances j’ai eu accès au livre de Poulin alors que j’étais encore adolescente. L’ai-je emprunté à la bibliothèque ? Traînait-il dans la maison ? Ma soeur ou une amie me l’auraient-elle prêté ? L’aurais-je même acheté ? Je me rappelle en avoir lu les premières pages assise sur le canapé de notre grande véranda, une pièce que je fréquentais beaucoup pour y pratiquer la guitare, étudier, faire mes devoirs, lire, écouter de la musique. Être seule, en somme !

Si on me demandait quel est le livre qui m’a fait découvrir la littérature, je nommerais peut-être ce roman plaquette de Poulin –il ne fait que 72 pages dans la brique de Leméac. Je ne connaissais rien de la vie, à quinze ou seize ans, mais je découvrais à travers Poulin que les codes pouvaient être, dans les livres, différents de ceux qui prévalaient autour de moi. Qu’est-ce que j’appelle les codes ? Disons les comportements relationnels qui gravitent autour du thème de l’amour : Nathalie, jeune, est la petite amie d’un Simon plus vieux, caléchier de son état. Arrive Pierre et le triangle est créé.

Des sentiments contraires s’étaient entrechoqués dans ma personne. La liberté m’apparaissait déjà comme un sentiment positif, mais je ne savais pas ce que je pensais de la formation du triangle, sinon qu’elle sabotait la version très romantique que j’avais de l’amour. Était-ce ce même été que j’avais vu le Docteur Jivago au cinéma –en pleurant toutes les larmes de mon corps ?

Poulin est né en 1937, le livre est paru en 1967, donc l’auteur avait trente ans. Il s’agit de son premier roman publié. Je dirais que ça paraît parce que la limpidité n’est pas au rendez-vous tout du long au fil du texte. J’y reviendrai peut-être.

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Badouzienne 59

Triptyque 2022, matériaux mixtes

Faux. J’avais 60 ans lorsque je suis allée à Strasbourg avec chouchou. Nous avons pris l’avion en septembre 2019. Or, je suis née en 1959. D’où le calcul facile : 2019-1959 = 60. Je suis retournée visiter ma fille en décembre de la même année, et je suis revenue en janvier 2020, au même âge. Revenue sans voix tellement j’étais épuisée.

Quelque temps plus tard, en février 2020, Emmanuelle a visité Vienne et Prague lors d’une quelconque relâche scolaire. En mars, elle avait à peine regagné son appartement, à Strasbourg toujours, qu’on bloquait les activités dans de nombreux pays à cause de la pandémie. Ça fera donc bientôt deux ans que nous assistons à l’effilochement du tissu social. Je ne savais pas, bien entendu, il y a deux ans, que j’allais assister audit effilochement. Ce n’est pas tout le monde, en outre, qui estime y assister.

Je dirais que c’est depuis l’élection de Trump que je lis davantage les journaux, que je m’intéresse aux actualités. Je commence à penser que je ne devrais pas poursuivre dans cette voie. Pour accompagner mon café matinal, je devrais lire un ou deux chapitres de roman ou feuilleter des revues d’architecture. Je me rends compte, en effet, que les problèmes transmis par les médias sont là pour rester, que j’entretiens l’espoir d’une résolution de conflit à gauche, à droite, qui n’arrive pas, que je m’en fais pour rien.

Boris Johnson, par exemple, est toujours en poste malgré les partygate. Comme il a la réputation d’avoir l’entourloupette facile pour se sortir du pétrin, il va trouver une manière de demeurer premier ministre malgré les dissensions au sein de son parti. Ma première pulsion, quand je lis son nom dans le journal, et bien que je lui trouve une tête sympathique, est de désirer qu’il soit puni. La vengeance, l’oeil pour oeil. Vient ensuite la raison, ou le détachement, qui heureusement me rattrape(nt) : qu’est-ce que ça peut bien faire, m’entends-je me dire, que Boris profite de la vie en buvant de l’alcool quand le reste de la planète est confinée, dans la mesure où le reste de la planète n’est pas plus confiné que ne l’est pas Boris ! En parlant d’entourloupettes, ci-dessus… ! Il y aura toujours, autrement dit, et il y a toujours eu des Boris transgressant les lois. Suis-je en train de me laisser vieillir en resserrant ainsi mes perspectives ?

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