Jour 226

printempsAujourd’hui je trouve que ça sent le printemps. Le ciel est bleu, il fait doux, moins cinq degrés ici en campagne, les journées allongent. On annonce de la neige dans la nuit de mardi à mercredi, 15 cm, mais en attendant l’air et la lumière sont différents. J’entame cette semaine en maintenant un rythme de croisière que j’ai eu le temps d’installer et de bien roder car j’en suis à ma quatrième semaine d’écriture.
Le matin j’écris deux heures, je me lève pour aller voir dans le frigo qu’est-ce qu’on pourra bien manger ce midi. Je vais demander à mon mari s’il a faim, il répond ni oui ni non, je lui demande si on peut envisager de manger vers 13:00. Il dit oui. Je retourne écrire ou corriger ou relire jusqu’à disons 12:30. Je prépare alors le repas, on le prend ensemble au coin de la table.
Ce midi c’était assez réussi. J’ai fait cuire des œufs de dinde à la coque. Ils sont gros et contiennent deux jaunes. Quand ils sont cuits, je les écale, je les tranche en deux, je retire les jaunes. Il restait un mélange que j’appelle gibelote de ma composition, faite de viande hachée, de cari, curcuma, beurre d’amande, oignons et ail. Je verse un peu de bouillon pour humidifier et voilà, le mélange est prêt. J’ai versé ce mélange dans les deux blancs d’œufs et déposé quelques cuillerées supplémentaires du même mélange directement dans l’assiette pour satisfaire nos appétits. Il restait aussi du riz blanc, que j’ai ajouté, réchauffé, dans l’assiette. Nous avons bu du thé.
– Devrais-je aller chercher une surprise dans le frigo du garage ?, ai-je demandé.
Mon mari n’ose jamais répondre à ce genre de question mais je la pose quand même quand j’ai une idée en tête. L’idée en tête était d’aller chercher des beignes au sucre d’érable. Pour tout dire, je les ai achetés la dernière fois que je suis allée faire l’épicerie au Métro du village. J’ai difficilement ouvert le contenant à cause de l’étiquette de grand format qui était récalcitrante et refusait de se décoller, mais quand même j’y suis arrivée. Je souffrais d’une légère fringale. Sur douze beignes de petit format, contenus dans la barquette, j’en ai mangé six, tout en arpentant les rangées et en surveillant les produits offerts sur les tablettes.
– Je sais, ai-je dit à mon mari après lui avoir raconté l’histoire des six beignes engloutis, je suis excessive.
Justement, parce que je suis excessive, après le repas de 13:00 je reviens écrire dans mon bureau, jusqu’à 15:00. À ce moment-là, je vais au courrier, à quelque mille pas de la maison, et comme il faisait très beau aujourd’hui j’ai marché davantage, jusqu’au bout du chemin. J’ai ramassé du bois pour nous chauffer au retour, je suis entrée dans la maison, j’ai fait quelques petites tâches d’entretien et je suis revenue à mon ordinateur régler son cas au texte du jour, le sixième avant d’avoir terminé ma neuvième année d’écriture.
En fin d’après-midi, je relaxe un peu auprès de mon mari, en fabriquant des tubes de laine au tricotin pour les besoins d’une installation sculpture murale. J’y ai vaguement fait référence dans un texte précédent.
Nous finissons par souper, je reviens ensuite un peu devant mon ordinateur, en alternant avec quelques des émissions de télévision.
Les trois semaines précédentes, je ne suis pratiquement pas allée dehors et ma sortie d’aujourd’hui mérite un X sur le calendrier du mois de février, comme le veut l’expression. Pour les besoins de ma santé, je vais essayer de maintenir ce rythme avec sortie en après-midi tout le restant de la semaine.

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Jour 227

récit de vie

Excellente question.

Mon mari trouve que je me mets beaucoup de pression à tant vouloir que mon récit de vie soit écrit en trois mois. Il me suggère de prendre mon temps, peut-être au moins un an. De respirer entre les phrases. J’entends ce qu’il me dit, mais cela ne m’empêche pas de mettre les bouchées doubles, au point de négliger presque tout le reste, les repas, le ménage, ma vie sociale, l’exercice, mon bénévolat. Je sais pourquoi il m’importe tant d’atteindre la dernière page, qui devrait se situer autour de la 150e. C’est parce que j’ai peur de ne plus savoir écrire demain matin. De perdre tout d’un coup la capacité que j’ai d’agencer agréablement les mots. J’ai peur de devoir abandonner mon projet avant la fin, parce que je serais devenue tout d’un coup handicapée sur le plan cognitif. J’ai peur aussi de ne pas savoir comment résoudre les difficultés qui se présentent, particulièrement par rapport à la chronologie.
Pour calmer ces peurs, je me dis qu’une fois que j’aurai tout écrit, qu’il ne me restera qu’à jongler, par exemple, avec l’emplacement de telle portion de l’histoire, dans le fil du récit, ce sera moins stressant, j’aurai au moins tout le matériau nécessaire à ma disposition. J’entrerai alors dans l’étape du fignolage, de la dentelle, des petits détails.
Je ne voudrais pas que ce soit trop compliqué pour le lecteur. Si je décris page 8 un événement qui se situe en 1971, et que je décris page 32 un événement qui se situe en 1964, dans un mouvement de va-et-vient entre présent et passé, le lecteur va-t-il suivre sans se casser la tête ?
Tout à l’heure, je suis tombée sur un extrait qui avait rapport à une coupe de vin rouge. Il n’était fait référence qu’à la coupe, convaincue que j’étais d’avoir précisé précédemment l’existence de cette coupe et le contexte dans lequel elle apparaissait. Or, ce n’était pas le cas. Et sans le contexte, cette référence à une coupe de vin n’avait plus de sens… Heureusement, je m’en suis rendu compte. Mais c’est facile d’en échapper des bouts.
Ce pourrait être le travail de l’éditeur de me faire découvrir les incohérences, les faiblesses, les omissions. Mais il n’y a rien qui garantit que mon texte se rendra jusque-là. Je me demande d’ailleurs comment on soumet des manuscrits, de nos jours. En papier ou en numérique ?
Il aurait fallu que je note la date de ma première journée d’écriture de récit. Si je parcours mon blogue, je pourrais la trouver car il y est fait référence dans un de mes textes. Je dois être déjà entrée dans mon deuxième mois d’écriture. Admettons qu’il ne me reste que 7 semaines avant d’atteindre la fin du troisième mois. Ça fait 35 jours d’écriture du lundi au vendredi. Ça fait un peu plus de 2 pages à produire par jour, car je suis rendue à la page 78, il en manque donc 72. En gros. Et je me réserve le tampon des fins de semaine.
Je vais y arriver.
Je viens d’aller fouiner dans mes textes précédents pour découvrir quand est-ce que j’ai commencé à écrire mon récit de vie : le 18 janvier. Donc, je suis encore, mais de justesse, dans le premier mois. La fin des trois mois se situe à ce moment-là le 18 avril.
Course contre la montre.

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Jour 228

StValentin

Nature morte de la St-Valentin avec arrosoir. Font notamment partie du tableau : les napperons rouges de Noël, la boîte de chocolat Lindt, une maisonnette qui me vient de tantine, sous le toit de laquelle sont rangées dans neuf cases des petits pots de confiture.

J’oscille, encore et toujours, entre deux possibilités, tout ou rien. Je n’aurai pas changé d’un iota ma vie durant. J’étais aussi excessive autrefois que maintenant. Je lisais mon récit de vie hier et je le trouvais excellent. Je le lis aujourd’hui et j’ai envie d’abandonner. Je le lisais hier et je me disais que lorsque ce sera publié, ça va faire un tabac. Je le lis aujourd’hui et je tombe de sommeil sous le rythme soporifique du sujet-verbe-complément.
J’ai réussi la série des quatre descriptions auxquelles j’ai fait référence. Mais voilà que je dois m’attaquer à d’autres descriptions : de tel moment quand il s’est produit telle rencontre inopportune avec unetelle; de telle visite faite à un ami lors de laquelle il s’est produit tel événement inimaginable; de telle activité qui m’a fait découvrir une sensation exquise, etc. Le fait de savoir à l’avance ce que je dois écrire me coupe les ailes et me donne un style pompier.
À part les descriptions de situations, je vais aussi devoir m’attaquer à des interprétations de certains de mes comportements, à des analyses –légères– de sentiments mal gérés… Rien de bien réjouissant, or ce sera de glisser ce non réjouissant dans le texte mine de rien, sans lourdeur, qui s’avère un gros défi.
Je me demande aussi de quelle manière je veux découper le texte. Pour créer de la vie, il faut faire des allers et retours entre le présent et le passé, ou alors respecter la chronologie des événements mais dans des histoires présentées en parallèle. Ce n’est pas une obligation, ces alternances, mais ça peut être une méthode gagnante. Les auteurs habiles sont capables de faire se croiser des histoires parallèles, jusqu’à ce qu’elles se fondent en une seule. Éric Plamondon, par exemple, est capable de réussir ça. J’ai fait quelques essais en ce sens. J’ai retranché de la page 15 une portion d’histoire que je suis allée placer à la page 31. Or, d’avoir placé cette portion à la page 31 fait en sorte que le mot « partition » –il est question de musique– revient quatre fois dans ladite page 31, pour avoir été utilisé deux fois dans le texte qui précède cette nouvelle portion, et deux fois dans la portion en tant que telle. S’il s’agissait d’un mot passe-partout comme « faire », « dire », ce ne serait pas dérangeant, mais quand le mot est plus rarement utilisé, ça sent la redite.
Et il y a aussi cet imparfait qui nous fige dans le passé et dont je n’arrive pas à me soustraire.
Et il y a ma capacité physique qui ne sera peut-être pas capable de supporter la reprise quasi complète des cent cinquante pages si elles devaient me déplaire, en bout de ligne.
Aurais-je écrit tout ça juste pour m’occuper, à ce moment-là ? Pour remplir mes tiroirs ? Pour me faire patienter jusqu’au printemps qui me verra aller dehors et commencer mes jardinages ?

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Jour 229

31t9S7OGpBL._SY355_J’ai réussi à bien décrire deux des quatre situations dont il a été question dans mon texte précédent, Jour 230. Pour que ce soit intéressant, j’ai un peu perverti la réalité, ajouté des détails, des petits rebondissements. Je ne pourrai pas travailler beaucoup demain et jeudi car nous avons des rendez-vous à Joliette, mon mari et moi. Alors disons qu’à la fin de la semaine, ce vendredi, j’espère être passée à travers les quatre descriptions qui me tarabustent. Donc encore deux à écrire, une ou deux pages chacune, ce n’est pas la mer à boire. Bien sûr, quand ces pages seront écrites, je vais les relire et les trouver poches, donc je vais les retravailler et je vais finir par atteindre une qualité de texte qui me satisfait, qui correspond à ce que je peux faire de mieux. Ça ne veut pas dire, bien sûr, que ce que je trouve bon est considéré également bon par d’autres lecteurs, et par des éditeurs.
J’ai aussi changé de crème à mains, ça n’a aucun rapport avec le récit de ma vie, je sais. Quand j’écris, je m’interromps régulièrement pour me crémer les mains qui sont trop sèches en hiver. Je n’ai pas besoin de les crémer en été. J’utilisais jusqu’à ce matin une crème à mains Vichy qui sent bon mais qui n’hydrate pas fort. J’ai changé pour une crème fabriquée en Allemagne, avec glycérine, de la marque Herbacin Kamille. Me rappelant que mon amie Ludwika ne se crème les mains que sur le dessus, jamais à l’intérieur, j’ai essayé sa technique qui a le grand avantage de me permettre de poursuivre mon travail sur le clavier de mon ordinateur sans en graisser les touches. Alors j’ai fait cela, n’appliquer la crème que sur le dessus des mains, sans avoir recours à mes doigts, en me contentant de les frotter l’une sur l’autre. Comme la crème est plus performante, mes mains se portent mieux.
Nous attendons pour le moment l’arrivée de nos amis qui s’en viennent partager le repas avec nous. Nous serons trois couples. Ça aussi, ça introduit une coupure dans le déroulement de mes journées d’écriture, mais au final c’est gagnant car ça me change les idées. Quand je presse trop sur le citron, comme le disait un de mes amis, il arrive qu’il n’y ait plus de jus. Quand je ménage des plages de détente à mon horaire, j’arrive moins vite au tarissement de ma source. On sait maintenant que lorsque le tarissement est atteint, je me demande si je dois aller chez tantine en camion ou en auto, j’écris des textes à contenu zéro, et je me fais dire par mon frère que ce contenu zéro trahit un manque d’inspiration.
J’écris ces dernières lignes alors que le souper a eu lieu, comme d’habitude nous avons beaucoup mangé. C’est un peu plus échevelé quand les amis viennent chez nous que quand nous allons chez eux, car je ne suis pas une hôtesse très bien organisée. Mais le repas principal était réussi, un pâté dit chinois au porc effiloché. Nous avons convenu qu’on appellerait dorénavant ce plat un Porky.

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Jour 230

Je me suis remise à mon récit de vie aujourd’hui lundi, après l’interruption du week-end. Il a fallu que je le lise depuis le début, avant de savoir quelle partie je voulais développer.  J’ai lu les quarante premières pages. Je suis rendue à quelque soixante-cinq d’écrites. Finalement, j’ai fourni un peu plus de chair aux éléments qui apparaissent en début de récit, éléments que je pensais avoir suffisamment travaillés.
J’ai aussi demandé à une amie si elle accepte de lire mes premières pages. Elle accepte.
Au moins deux difficultés m’attendent cette semaine. La première sera de décrire des situations concrètes, au moins quatre. J’écris plus facilement quand j’invente au fur et à mesure. Quand au contraire le contexte est déjà circonscrit, que je sais ce qui va se produire et qu’il me suffit de bien décrire les étapes, les enchaînements, les mouvements dans l’espace, ça devient laborieux. Ça me plait moins. Ça peut rapidement sentir l’effort.
L’autre difficulté est de taille. Il s’agit d’expliquer un état d’être qui m’a habitée dans ma petite enfance et de faire des liens entre ce dernier état d’une part, et des choix que j’ai eu à faire dans ma vie d’autre part. Faux. Il ne s’agit pas de choix que j’ai eu à faire, mais plutôt de choix que j’ai faits sans même réaliser que j’étais en train de choisir entre différentes options possibles. En outre, et comme de bien entendu, je ne me demandais pas si mes décisions pouvaient avoir des conséquences, bonnes ou mauvaises. Or, ce que j’appelle cet état d’être m’échappe. Je ne m’y retrouve pas dans le mélange d’émotions qui m’ont habitée jadis, et je ne veux pas non plus donner l’impression de tourner les coins ronds, de résumer trop grossièrement. Je voudrais pouvoir m’expliquer certaines de ces émotions, mais je pense que cette tentative est vouée à l’échec. Je ne suis pas psychologue. Il ne me reste qu’une manière de m’y prendre, c’est de décrire, de m’en tenir aux faits, mais les faits appréhendés par la conscience d’une enfant de deux ans sont forcément réinterprétés cinquante-huit ans plus tard, et présentés avec mes yeux d’adulte alors qu’ils ont été vécus quand j’étais toute petite. Le décalage est énorme.
En prime, je vais essayer de traduire en mots des phénomènes qui ont peut-être été vécus par tous les enfants, en pensant que je suis la seule à les avoir vécus. Ça aussi, ça pourrait arriver.
Un autre défi sera de faire grossir ma pâte, de la faire gonfler, de la laisser s’expandre, jusqu’à atteindre la grosseur d’un livre. Et au cours du processus d’expansion, il faudra que je sois attentive à ne pas emprunter une voie qui causerait du tort aux autres déjà tracées. Et ces différentes voies que je vais tracer devront se rencontrer, se parler, ne pas s’éloigner l’une de l’autre. Je peux être spécialiste en matière de perte de cohésion, si je ne fais pas attention.
Je ne suis pas sortie de l’auberge, mais si j’arrive à un semblant de résultat livresque, ce serait déjà une belle réalisation. Voyez, je deviens modeste, moins idéaliste.

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