Jour 265

SculpturePrototype

Porte-cartes métallique, demi-cercles de nacre provenant d’un bracelet, formes de S en laiton provenant d’un collier, fils de raphia, fils de laine.

Je ne devrais pas écrire autant de textes en rafale parce que mes lecteurs ne suivent pas le rythme. D’après mes statistiques, ils en attrapent un au vol, parfois deux. Or, c’est difficile de me sortir une idée de la tête, quand elle s’y est installée. Et l’idée qui s’y est installée, c’est de me rendre sans tarder au texte 221, maudit bâtard ! Est-ce que ça veut dire que je ne suis pas douée pour le lâcher-prise ? Bonne question.
En même temps, je sais qu’il est difficile de comprendre le texte 268, admettons, si on n’a pas lu d’abord le précédent, 269. Peut-être que j’imagine, par un phénomène de projection, que mes lecteurs sont aussi durs à cuire que je pense l’être moi-même. Et que, rafale pas rafale, ils vont passer à travers mon déluge.
Voilà maintenant une semaine que je suis de retour à la maison. Je ne suis sortie qu’une fois, pour aller à l’épicerie. Mes journées se déroulent de la même manière, et cette manière ressemble à celle qui prévalait quand j’étais étudiante à l’université, les jours que je n’avais pas de cours. Le matin vers 9 heures je me lève, je bois un café, je parle avec mon mari, j’écris. L’après-midi aussi, j’écris, et en fin de journée je me détends en écoutant les informations ou en lisant. En soirée, j’alterne entre les émissions à la télévision et un prototype de sculpture que j’ai commencé et qui apparaît en photo ci-dessus. C’est sûr que du temps de mes études à l’université, il n’y avait pas de mari qui partageait ma vie, et il n’y avait pas non plus de télévision.
Ma pseudo sculpture est faite à partir d’une espèce de porte-cartes ou de porte-lettres qui n’a pas été rapporté par la personne qui l’a gagné, lors de notre échange de cadeaux. C’est la raison pour laquelle j’aime que les fêtes de Noël aient lieu chez nous, année après année. On se retrouve dépositaires des cadeaux non rapportés que les gens trouvaient niaiseux ! J’ai utilisé des fils de raphia et de laine pour couvrir la structure de métal, et j’ai noué les fils entre eux. J’ai coupé les deux fils élastiques qui maintenaient ensemble les demi-cercles nacrés qui formaient initialement un bracelet. Il provient de ma mère. Je ne l’ai porté qu’une ou deux fois. J’ai aussi défait un collier constitué de mailles en forme de S. Je l’ai acheté d’une amie qui les fabrique. Je l’ai porté quelques rares fois, dont une fois au party de Noël, au travail, car nous étions quatre femmes à en avoir acheté un, l’amie qui les fabrique faisant partie de notre service. J’avais suggéré à chacune de le porter, au party, pour qu’on puisse nous prendre en photo. La photo existe quelque part dans les annales de mon ancien service !
Donc, j’ai passé mes journées à écrire, à ne pas sortir, à lire. Mes soirées à profiter du confort du canapé, de mon mari sur lequel je me colle, du feu de foyer. Je suis en train de vivre d’autres vacances, en somme, qui se déclinent d’une manière tout autre, mais tout aussi agréable, que celles qui m’ont vue fouler les trottoirs de Strasbourg, Paris et Barcelone, beau temps mauvais temps.

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Jours 267 et 266

Thèse

L’épine de ma thèse. Curieux qu’il n’y soit pas gravé le titre : Lucidité et ludicité dans Rosita, Rose, Rosa.

Je pourrais me donner des chances et m’en tenir à 250 mots par texte, au lieu de 500. Je n’aurais pas publié quatre textes hier, mais huit ! J’arriverais plus vite au texte 221, qui est le dernier à paraître dans ma neuvième année de blogue. Je commencerais ainsi plus vite mon projet autobiographique, sur lequel je travaillerais en attendant de reprendre la publication d’un texte par jour sur mon blogue, le 1er mai 2020. Je pourrais même, si l’autobiographie va bon train, repousser au 1er juin, voire au 1er juillet, la reprise du blogue… Après tout, c’est moi qui décide, j’arrange ça comme je veux, je suis le boss de mon blogue ! Mais non, je maintiens la difficulté jusqu’au bout. Je n’assouplis pas la rigidité de mes propres règles. À certains égards, je suis une dure à cuire.
– Ce n’est pas tout le monde, maman, qui aurait marché comme tu l’as fait entre la gare Montparnasse et le Quai de Bercy, m’a dit Emmanuelle.
– Tu penses ? Il me semble que c’était l’option la plus simple.
– J’en suis certaine. La plupart des gens auraient pris un taxi.
– C’est à cause de la télévision et des articles des journaux que je n’ai pas fait ce choix. On parlait de 55 km de long de bouchon, en Île-de-France. J’en ai déduit que les taxis ne seraient pas capables d’avancer…
– Mais tu as dû constater, en cours de trajet pour te rendre à Bercy, que la circulation était à peu près normale ?
– J’imagine que oui, au bout d’un moment. Dans la première heure  j’étais trop excitée d’être à Paris pour réfléchir posément. Et ma décision était prise, de toute façon, j’allais marcher, alors je ne me suis plus posé de questions !
– Mais tu en as posé aux passants pour vérifier que tu étais dans la bonne direction !, a répliqué ma fille, dans le vague sous-entendu que je n’ai pas le sens de l’orientation et que je ne sais à peu près pas lire le plan d’une ville.
– Exact. C’était amusant. Ils me disaient tous de prendre un taxi ! Et ils étaient super polis, avenants. Et puis, c’est toujours pareil, ce genre de situation : plus j’avançais, moins je trouvais que ça valait la peine de prendre un taxi. Plus je marchais, plus le ciel gris annonçait de la pluie, alors plus je marchais vite. Et plus je marchais vite, plus j’avais l’impression de me rapprocher de Bercy !
Devant cette logique implacable, Emmanuelle n’a rien ajouté.
Après avoir fait référence à ma thèse de doctorat, dans un des quatre textes d’hier, j’ai eu envie de vérifier si elle traînait encore dans ma bibliothèque. Je savais que je l’avais toujours en ma possession, mais je me demandais où elle se trouvait, dans la bibliothèque du haut, ou dans celle du bas, au sous-sol ? Elle se tient tranquille dans celle du haut, dans mon bureau. Elle a été publiée en 1990, il y a presque trente ans. J’ai dû la feuilleter deux fois en trente ans, deux secondes chaque fois. Jacques-Yvan l’a feuilletée aussi, sans jamais m’en reparler. Une connaissance qui cherchait un prétexte pour me draguer me l’a empruntée et remise un mois plus tard en me disant que c’était intéressant, mais qu’il faut être un peu au fait des théories littéraires pour s’y retrouver. Une amie me l’a remise aussi, après l’avoir gardée un petit moment. J’aurais pu tenter d’échanger sur le sujet avec ces gens, mais je ne l’ai pas fait, j’avais peur de leurs verdicts.
– Tiens, me suis-je dit en allant m’asseoir à côté de mon mari, sur le canapé, je vais aller en lire quelques pages.
Le souper était en train de réchauffer sur la cuisinière, nous étions à l’heure du battement entre la fin de l’après-midi et le début de la soirée, un moment que j’aime et qui me voit souvent siroter un verre de vin blanc.
J’en ai lu l’introduction courte, l’introduction longue, et une quinzaine de pages de la partie fiction. J’ai été incroyablement surprise, moi qui en avais gardé un mauvais souvenir, j’ai trouvé que le texte était mignon comme tout ! Je fais preuve d’une naïveté sans borne, d’une ingénuité sans limite ! Dans la partie de l’essai, qui se décline sous la forme d’une interview, je joue le rôle d’une romancière qui répond aux questions d’un jeune critique, que je désigne par les lettres J. pour jeune, et C. pour critique. L’échange se fait donc entre L.L. et J.C. En tant que romancière, je fais référence à mon premier texte de fiction –qui n’est nul autre que mon mémoire de maîtrise, qui a été lu par douze personnes, gros maximum. Mon deuxième roman est celui qui fait partie de ma thèse de doctorat. J’aborde même la question du troisième, encore en gestation… Je me vivais dans un univers littéraire, à cette époque de ma vie, il n’y a pas à dire. Je m’explique mieux maintenant pourquoi il m’a été si difficile de m’adapter au monde du travail, qui m’attendait –mais je ne m’en rendais pas compte– dans le détour ! C’est probablement la thèse de doctorat de l’Université Laval la plus personnelle, la moins prétentieuse, la moins sérieuse.
C’est curieux parce que dans L’aube à Birkenau, que je suis sur le point de finir, on retrouve ce même jeu d’alternance entre les propos de Simone, puis ceux de Denise, puis ceux de Paul… autant de proches qui ont aussi vécu les camps de concentration. Ils se prêtent au jeu du journaliste, David Teboul, qui leur montre des photos.
– Tiens, je portais encore des nattes, commente Simone à propos d’une photo d’elle.
– Donc la photo a été prise avant 1943, lui dit Denise, car à notre entrée en camp on s’est fait raser.
En d’autres mots, je détecte des ressemblances entre ce livre et ma thèse. Une différence majeure aussi : on se bute sur une quantité impressionnante du livre dès l’entrée dans la FNAC. Notre regard est tout de suite happé par le nom de Simone Veil qui apparaît en gros sur la couverture –alors que ce n’est pas elle l’auteure. Parallèlement, personne ne sait que ma thèse traîne quelque part à la bibliothèque de l’Université Laval, et peut-être même qu’elle n’existe plus en format papier, mais seulement en numérique…

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Jour 268

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Fermée comme une huître sur un arbre perchée…

C’est donc ça. J’ai peur d’écrire un texte qui va manquer de structure, qui va s’étouffer, s’emmêler sur lui-même, dans lequel je n’arriverai pas à me retrouver. C’est un des avantages d’avancer en âge : je me connais mieux, je sais dans quels pièges je peux tomber, je sais quelles sont les embûches qui m’attendent dans le tournant ! Le texte de fiction de ma thèse de doctorat, par exemple, est tellement compliqué qu’on s’y perd avant même d’avoir atteint la page vingt. C’est l’histoire d’une mise en abyme qui rencontre une mise en abyme, qui en rencontre une autre… Ou encore, les nouvelles que j’ai voulu écrire après avoir été publiée aux Herbes rouges en 1994, sont elles aussi victimes d’une complexité qui ne donne rien, de croisements supposément intertextuels qui auraient requis une meilleure maîtrise technique, de la part de l’auteure, pour être compréhensibles.
Chamonix fut l’hôte, le temps d’un week-end, de notre amie Benoite accompagnée de sa fille Blandine. Les deux dames se rendaient chez Violette, qui habite, on le comprend, à Chamonix. Violette étant la fille de Blandine. Je prends la peine de le préciser, parce qu’avec toutes ces lignes que je publie en peu de jours, il est certainement facile de ne plus savoir qui est qui. Arrivent nos deux littéraires, heureuses de passer du temps avec l’une sa fille, et l’autre sa petite-fille. Or, Violette est de mauvais poil. Elle passe presque tout le week-end sans ouvrir la bouche. Puis, alors que les deux visiteuses sont sur le point de la quitter, le dimanche, elle y va de sa réplique perfide :
– C’est super, maman, on ne s’est pas chicanées !
Ouille !
J’ai fait pareil, étant jeune, plus d’une fois. J’avais de bonnes raisons d’être perturbée et de me comporter de manière chaotique, mais je sentais néanmoins qu’il aurait suffi de presque rien, d’un effort de rien du tout, pour que je me remette d’aplomb. C’est par pur orgueil que je ne me laissais pas basculer du côté de ce presque rien. J’avais installé le scénario de la crisette ? Alors je devais le maintenir. Ne pas l’avoir maintenu, il aurait fallu, en prime, que je m’excuse auprès des gens qui m’avaient vue fermée comme une huître, avec un air de bœuf ! J’en étais incapable.
Je m’en veux, encore aujourd’hui, d’avoir agi ainsi. Il m’arrive, étant par exemple en train de cuisiner, et me remémorant un de ces fulgurants exploits de ma vie en tournant ma cuiller de bois dans la casserole, de prononcer tout fort :
– Oh non ! Au secours !
Je me demande, par conséquent, si Violette se considérait normale, si elle se laissait mener par ses sautes d’humeur sans se poser de question, sans se remettre en question, ou si elle s’en voulait –comme moi– d’avoir mal agi. Pas tant d’avoir mal agi, en fait, mais d’avoir agi de façon chaotique, déstabilisante, malade, si on peut dire.
Mais peu importe, elle est morte, laissons-la tranquille.

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Jour 269

Guillaume

L’église St-Guillaume m’a vue marcher seule à Strasbourg, cette fois-là à 17:10 comme l’indique l’horloge sous le clocher, mais c’est difficile à lire.

Si jamais je me lance dans l’aventure du récit de ma vie, je le devrai à mon séjour français. Non seulement ça, je le devrai plus précisément à mon séjour français des derniers moments, quand j’étais seule et Emmanuelle, elle, de retour en classe. Autrement dit, en trois jours –les 6, 7 et 8 janvier– la fève aurait germé ! Je ne pense pas que l’idée m’en serait venue ici, à St-Jean-de-Matha. Ni même à Montréal, avoir continué d’y habiter. Je me serais contentée d’écrire encore un an et demi sur mon blogue, sans chercher à explorer d’autres voies d’expression. Une telle affirmation peut en sous-tendre d’autres : on pourrait penser, par exemple, que je ne suis pas suffisamment habitée par le besoin d’écrire, de façon générale. C’est en allant m’épivarder dans le pays de la littérature que la pulsion créatrice se serait réveillée. Quoique… Anne Hébert et Jacques Poulin, pour ne nommer qu’eux, qui sont les seuls à se manifester à mon esprit en écrivant ces lignes, ont vécu en France eux aussi. Or, ils ont consacré leur vie à la littérature, ça doit bien vouloir dire qu’ils étaient habités par le besoin d’écrire, avant même de traverser l’Atlantique ! Anne est revenue au Québec, à Montréal, à la fin de sa vie, de reculons. Je le sais parce que j’ai lu En route et pas de sentiment !, de Michel Gosselin, un livre que l’auteur ne considère pas comme une biographie d’Anne Hébert, mais plutôt comme un récit des dernières années de sa vie, tiens tiens.
À partir de maintenant, je n’installerai plus l’adolescente Lynda dans mes textes quotidiens. Ça aussi, ça pourrait me disperser, me mélanger. Je vais la laisser assise là où elle est, au dernier pupitre de sa rangée au centre de la classe, en train d’enlever les punaises qui sont restées coincées dans son gras de fesse. La pauvre. Et le Jocelyn qui a un sourire en coin…
On pourrait se demander, puisque je suis en convalescence, que je n’ai pas envie de bouger et que l’idée de mon récit de vie est encore fraîche à mon esprit, pourquoi est-ce que je ne me lance pas tout de suite ? Je pourrais me fixer la routine suivante : j’écris les textes du blogue, disons deux le matin, et hop ! j’ai tout l’après-midi pour mon nouveau projet !? J’imagine que j’ai peur, que je suis paresseuse, que je suis rêveuse, et que tant que je ne fais que rêver à l’éventualité de cette publication –qui sera acceptée par une maison d’édition–, je me gave de pensées positives qui ne me confrontent pas encore à la réalité de l’effort. Ou encore, j’utilise l’idée de mon nouveau projet comme un pur prétexte, et rien d’autre, pour finir au plus vite ma neuvième année d’écriture. Quand arrivera par conséquent le moment de profiter du battement entre la fin de ma neuvième année, et le début de ma dixième, un battement de quelques mois qui me verrait noircir mon écran du récit de ma vie, je ne le noircirai pas, justement, ou alors je vais le noircir, mais ce sera tellement compliqué de s’y retrouver que j’abandonnerai avant même la mi-parcours !

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Jours 271 et 270

AlbinMichel

Difficile à lire sur la devanture vitrée du commerce, aussi l’ai-je encerclé : Albin Michel, exposant la dernière parution de son auteure fétiche, Amélie Nothomb. Je traversais le quartier Denfert-Rochereau, le 17 décembre, en traînant ma grosse valise. P.S.: Je ne m’arrête pas pour boire, mais je peux m’arrêter pour prendre des photos !

Est-ce que c’est souhaitable, me remettre à la recherche d’un éditeur qui voudrait bien de moi, de mon manuscrit, du récit de ma vie ? À quoi ça sert d’être édité ? À avoir de la visibilité par le biais des médias, payés par la maison d’édition, et à avoir, très éventuellement, de la notoriété. À participer à des événements publics : Albin Michel m’envoie faire une séance de signatures au Salon du livre de Ouagadougou ! À recevoir des droits d’auteur, autour de 230$ par année ! À être lue par un bassin de lecteurs plus large que le mien actuellement sur mon blogue –très facile à battre ! À faire partie de la grande famille d’une maison d’édition, quoique l’encore plus grande famille des blogueurs sur Internet existe aussi, sauf que si je veux profiter d’une manière de publicité, je dois la payer de ma poche ! Tous les jours, sur Facebook et sur WordPress, je reçois des offres à cet effet.
N’est-ce pas retourner en arrière, n’est-ce pas me soumettre à un exercice qui va m’égratigner, un exercice qui n’a pas été vraiment concluant quand j’avais trente ans, et qui ne l’a pas été du tout au fil de mes quarante et cinquante ans ? N’est-ce pas m’amener à radoter encore les mêmes affaires auprès de mes lecteurs, et de moi-même, à savoir que je ne suis pas dotée du talent nécessaire, et que, globalement, je suis rejetée et incomprise par la société ?
J’ai réfléchi à tout ça hier soir au lit, avant de m’endormir, et après avoir lu quelques pages de L’aube à Birkenau.
D’abord, il ne faut pas oublier que j’adore écrire, c’est l’activité qui me définit par excellence. Je ne peux pas vivre ma vie sans être absorbée par un projet de fond, sans m’investir dans du long terme. J’ai besoin de me retrouver avec moi-même quelque part, et la bulle de l’écriture constitue un endroit parfait pour mes petites aptitudes. Ensuite, je profite de conditions excellentes pour écrire puisque je ne travaille plus, j’ai du temps, et à la maison je dispose d’un grand bureau, très éclairé, pour moi toute seule. En outre, mon mari ne demande pas mieux, que je sois avec lui à la maison à faire mes affaires, pendant qu’il fait les siennes.
Initialement, la pièce qui héberge mon bureau était la chambre à coucher des parents de Denauzier. Le père est décédé dans cette chambre, très jeune, à 57 ans, d’un cancer du pancréas. Parfois, mon mari a l’impression que son père revient visiter la maison. Après tout, c’est lui qui l’a construite. C’est arrivé récemment :
– Soit la chatonne a déboulé les escaliers la nuit dernière, m’a dit mon mari, soit mon père s’y est accroché les pieds en venant fureter d’un étage à l’autre.
– Ça m’arrive souvent d’entendre des bruits dans mon sommeil, ai-je suggéré, dans mes rêves.
– Je ne dormais pas, a répliqué Denauzier.
Ça me plaît que son père vienne nous visiter. Avec la chatte Mia, nous voilà quatre à habiter les lieux, qui pourraient en héberger facilement le double.
J’ai réfléchi, donc, à mon idée d’écrire, sur un mode un peu intensif, le récit de ma vie, et j’ai décidé de me lancer dans l’aventure. Bien entendu, comme j’ai tendance à mettre la charrue avant les bœufs, à être irréductiblement idéaliste et bélier qui fonce dans le tas sans réfléchir, j’ai déjà un titre en tête, pour ce texte qui n’existe pas encore.
Le problème qui se pose est le suivant : mon blogue ! Je suis capable de lire deux trois livres en même temps, mais je passe moins facilement d’un projet d’écriture à un autre. Sur le plan professionnel, j’étais en masse capable d’attaquer plusieurs articles de front, quand je gagnais ma vie en tant que rédactrice à l’université, mais sur le plan personnel, plus émotionnel, je trouve ça difficile de me disperser.
C’est donc pour arriver plus vite à la fin de ma neuvième année d’écriture que je publie davantage ces derniers jours, profitant en cela de ma maladie qui me garde à la maison et me libère de mes bénévolats. Vive ma maladie, en fin de compte. Il faut dire que mon séjour de plus de trois semaines en France a entraîné du retard sur mon « échéancier », bien que je sois quand même un peu en avance sur ce dernier. Quel est-il, cet échéancier ? Encore cinquante textes à écrire avant le 1er mai 2020. Rendue là, j’aurai terminé la neuvième année de mon défi et j’entamerai la dixième et la dernière. Il est bien difficile, pour faire une histoire courte, de ne pas avoir envie de me « débarrasser » des cinquante textes qu’il me reste à écrire d’ici là, de manière à me ménager une plage de libre de quelques mois pour me lancer dans le récit de ma vie, avant de reprendre l’exercice quotidien du blogue au 1er mai 2020, et ce jusqu’au 1er mai 2021.
Une chose m’étonne, dans le livre de Blandine : elle fait référence aux nombreux affrontements qu’elle a connus avec sa mère Benoite, quand elle était elle-même adolescente, et elle fait référence aussi aux affrontements que sa fille Violette a vécus avec elle, Blandine, en tant que mère. Ça semble aller de soi, qu’on soit en guerre avec nos filles adolescentes, alors que dans mon cas je n’ai rien vécu de tel avec Emmanuelle. Je n’aurais pas voulu d’ailleurs qu’elle entame sa vie d’adulte en basant ses choix sur une approche simpliste de type « je fais le contraire de ma mère ». Je trouve que ça ne lui aurait pas rendu service. C’est facile d’opérer ses choix en « réaction à », et plus difficile d’opérer ses choix sous l’effet d’une aspiration, ne fut-elle que pressentie, dissimulée dans cette personne qu’on ne connaît pas tellement encore, quand on n’a que vingt ans…

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