Jour 293

leggins

Leggings fleuris parsemés de pseudo billes de verroterie, en plastique.

Cousine m’a offert ce vêtement d’adolescente hier, qu’elle s’est fait elle-même offrir en cadeau lors d’un achat, ou autre promotion du genre. Il doit coûter 28¢ à produire et se vendre, je ne sais pas, entre 15$ et 25$ en boutique ? Je pensais le trouver inconfortable et je me suis même demandé si j’allais l’essayer, mais finalement il se laisse porter.
Les règles élémentaires de l’hygiène appellent un lavage avant la première utilisation, ne serait-ce que pour éliminer un peu du surplus de teinture. Je les ai quand même essayés sans les avoir d’abord lavés.
– Si tu mets une tunique qui cache les fesses, m’a dit mon mari, pendant qu’il prenait la photo ci-contre ce matin, tu pourrais les mettre en public.
Une chose est sûre, je n’aurais jamais porté un vêtement aussi ajusté quand j’avais seize ans. Heureusement, ce n’était pas à la mode ! Et c’est bien parce que ma cousine me l’a offert que je me suis laissé amadouer.
L’effet trompe-l’œil, cela dit, est intéressant.
J’ai passé plusieurs minutes à essayer de trouver sur Internet des leggings qui, selon le même procédé, reproduisent non pas des jeans mais des sous-vêtements affriolants sur des jambes nues. Je suis certaine d’être déjà tombée là-dessus il y a quelques années, mais je ne trouve rien qui s’en approche. J’étais cette fois-là, je m’en rappelle aussi, en train d’écrire un texte sur la transformation des corps avec le logiciel Photoshop, parmi d’autres logiciels disponibles, grâce auxquels les mannequins apparaissent étirés au maximum.
Je réalisais il n’y a pas longtemps que je suis attachée aux vêtements qui garnissent ma garde-robe, mais ça ne veut pas dire qu’ils me vont bien, ou qu’ils sont beaux. La plupart du temps, ça veut dire qu’ils m’ont été donnés par une amie, ou par cousine, ou par ma sœur, ou alors que je les ai dénichés à la St-Vincent-de-Paul, comme on déniche un trésor dans la caverne d’Ali Baba. Disons qu’ils ont une valeur sentimentale. Cela complique tout quand j’essaie d’élaguer.
– Je ne peux pas jeter cette veste, bien qu’elle soit trop grande, elle me vient de X, et non plus ce pantalon qui me vient de Y, et encore moins cette chemisette Z, etc.
C’est un peu la même chose avec mes toiles. J’y suis attachée, mais je ne sais pas si elles sont réussies, si elles sont signifiantes, si elles passeraient éventuellement le test d’un œil averti. Quand je pense à un œil averti, je pense notamment à celui de François Georget qui fut un de mes professeurs à l’UQÀM. Je le trouve talentueux. Ça fait des années maintenant que je me demande s’il apprécierait cette toile, et cette autre, lorsque je les considère terminées. Ma réponse est toujours négative. Serait-il touché ? Non plus. Intrigué ? Ça se peut. Intrigué par quoi ? Par mon manque de flair, je dirais, de sensibilité innée qui guide normalement l’artiste et l’assure, sans même qu’il s’en rende compte, de respecter les codes. Autrement dit, je ne respecte pas les codes de la représentation picturale, qu’elle soit figurative ou abstraite.
Je m’apprêtais à préciser ce que je veux dire au juste par la phrase ci-dessus, quand mon mari est venu me raconter quelque chose. Il arrivait du village.
– Sais-tu quoi chérie ?, m’a-t-il demandé.
– Non.
– J’ai vu une cliente à la SAQ, de nos âges, qui portait des leggings comme ceux que t’a donnés ta cousine. Elle avait mis une tunique par-dessus, jusqu’à mi-cuisse, et c’était très acceptable !
Fiou ! Je remercie mon mari de m’avoir fourni la fin du texte d’aujourd’hui, et sauvée du défi d’expliquer ce que j’appelle les codes, auxquels je ne connais rien de toute façon.

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Jour 294

beignes

Production 2019, ce 2 décembre. Les assiettes sont déposées sur des napperons de Noël qui m’ont été offerts par cousine.

Je vais y aller pour un texte facile ce soir. Ça n’a pas besoin d’être tout le temps exigeant. Je peux me permettre, des fois de temps en temps, d’écrire des textes qui ne requièrent pas une recherche à tout casser, qui n’entreront pas dans la sélection de mes morceaux choisis, certes, mais qui auront néanmoins distrait mon lecteur –tout en faisant baisser mon compte à rebours d’une unité.
J’étais avec cousine et tantine cet après-midi pour faire des beignes. Elles sont arrivées vers 11:30, nous avons mangé un pain de viande à l’orignal de ma composition, accompagné de brocoli au fromage, et après une ou deux tasses de thé à la vanille nous avions toute l’énergie nécessaire pour nous lancer dans l’aventure.
À la fin de notre premier mélange de pâte, nous avons pris une photo, comme on le voit ci-contre. C’est bizarre, nous n’avons pas pris de photo des trois confectionneuses, alors que l’an dernier nous en avions pris quelques-unes. Il s’agit des beignes faits selon la recette de grand-maman Yvette.
Après avoir pris cette photo, nous avons poursuivi notre travail en testant une nouvelle recette, dans laquelle on intègre des patates, une tasse seulement. Je trouve que les beignes aux patates sont meilleurs, mais ils contiennent de la muscade que les beignes de grand-maman ne contiennent pas. Pour cette raison, à savoir qu’elle n’est pas folle de la muscade, cousine préfère les beignes faits selon la recette d’Yvette. Moi pas. Tantine a mangé des deux sans vraiment se rendre compte qu’il y avait une différence, et en se léchant les babines autant pour une recette que pour l’autre ! Denauzier, qui est arrivé à la maison au moment précis où on terminait la cuisson de la deuxième recette, a préféré lui aussi les beignes aux patates.
Au terme de notre confection pâtissière, cousine m’a dit que je devrais publier la photo de nos beignes dans mon texte du jour, sur mon blogue. Pourquoi pas. Après tout, je suis docile et je me laisse aisément influencer.
Les beignes de grand-maman ont été façonnés par cousine, en ce sens qu’elle roulait la pâte et la taillait ensuite avec un emporte-pièce. J’étais affectée à la cuisson devant la friteuse. Comme je suis excessive, les beignes de grand-maman sont pas mal cuits. Je ne voulais pas qu’ils ne le soient pas assez.
Quand est arrivé le moment de la deuxième recette, j’ai suggéré à cousine de s’occuper de la cuisson, et j’ai roulé et façonné. Autrement dit, les beignes de la deuxième recette sont moins foncés.
Que faisait tantine pendant ce temps ? Portant son tablier ? Elle faisait un roupillon, mais elle est venue façonner le restant de la pâte de la deuxième recette.
Maintenant, dans la maison, ça sent la friture en masse, on va en avoir pour des jours à se débarrasser de l’odeur.
Bof.
De la sorte, c’est-à-dire en faisant des beignes tout l’après-midi, et en ayant préparé l’opération confection des beignes en matinée, je n’aurai pas mis le nez dehors aujourd’hui.

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Jour 295

chatonne

Chatonne en automne.

J’ai gagné le concours du journal L’Action. Il fallait envoyer une photo de notre animal de compagnie. J’ai envoyé la photo ci-contre de Mia, qui n’est pas mon animal de compagnie mais celui d’Emmanuelle, et j’ai gagné. Je pensais avoir gagné un montant de 25$, que j’aurais partagé moitié-moitié avec ma sœurette, en l’invitant manger, puisque c’est elle qui m’a fait connaître le concours. Comme je me connais, je l’aurais appelée et je lui aurais dit :
– Bibi, je t’invite à manger pour une valeur de 12,50$.
Mais finalement, ce n’est pas de l’argent que je gagne, c’est un bon d’achat de 25$ à la Meunerie Dalphond, où je m’approvisionne déjà en nourriture pour chatonne.
Je me demande, en lien avec ce concours, si la dame qui a lu mes cartes de tarot, lors de l’événement bénéfice il n’y a pas si longtemps, voyait les 25$ de la Meunerie au nombre de mes gains à venir, ou si elle ne voyait pas un autre gain –plus significatif ?– qui n’est pas encore arrivé !?
Récemment j’ai écrit un texte dans lequel il est question du journaliste Paul Marchand. Or, le film Sympathie pour le diable, basé sur le roman autobiographique de Paul Marchand, sort justement cette semaine à Montréal, plusieurs années après la parution du livre en 1997. On appelle ça une coïncidence, ou une sorte de synchronicité. Je vais peut-être aller le voir car je serai à Montréal le 4 décembre. Si j’assiste à la séance de fin d’après-midi au Quartier-Latin, comme je me le propose, je vais en avoir pour des semaines à me demander si telle séquence du film s’inspire d’un événement réellement vécu par Marchand, ou si ce n’est pas tiré par les cheveux, très romancé, très tartiné…

AvecVert

Sans titre en ce 30 novembre 2019.

J’ai passé la journée à travailler sur la toile ci-contre. J’ai demandé leur avis à quelques amis en leur acheminant une photo car on dirait que, personnellement, je n’en ai pas. Est-ce bon, pas bon, beau, pas beau, est-ce que ça me parle, et si oui dans quelle langue, ou alors sans l’intermédiaire d’une langue… C’est sûr que les amis ne me diront jamais que c’est Bof, ou quelconque, ou pas leur toile préférée…
J’aime la rencontre des masses uniformes à effet de vitrail, à l’avant-plan, et des personnages de bande dessinée tracés au crayon à encre noire sur l’arrière-plan bariolé. Cela dit, en classe j’ai appris qu’on ne devrait jamais peindre des masses sans les couvrir ensuite d’une nuance, d’une autre couleur, pour leur donner de la vie, des reflets, une vibrance, et comme je ne m’en suis tenue qu’à la couleur vert olive, sans ajout de rien d’autre, j’ai l’impression qu’un œil averti ne lui trouvera aucun intérêt. En outre, le personnage vert olive qu’on voit de profil est peut-être en train de faire une génuflexion et cela peut évoquer une intention religieuse que je n’avais pas. Au départ, je voulais couvrir de jaune indien les masses qui sont maintenant vert olive. Je visualisais dans ma tête un jaune indien dilué, parfaitement dosé pour s’harmoniser avec le reste de la toile, mais le vert olive est ici ce que j’ai obtenu de mieux.
J’arrive toujours au même constat, peu importe ce que je crée sur mes toiles : je suis incapable de dessiner et c’est à cause de cette lacune fondamentale que j’invente 56 patentes de construction complexe qui ne sont pas faciles à comprendre ! Quoique. Une toile ne demande pas à être comprise, il faut simplement qu’elle nous parle. Cette toile nouvelle me parle-t-elle ? À la surprise générale, je dirais que oui…

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Jour 296

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Je lui trouve un visage de petit garçon. Photo appartenant à Radio-Canada.

Mince alors ! Mince de maudit bâtard ! L’amusement autour de la futilité oculaire aura été de courte durée, je me suis réveillée avec un œil infecté. Le gauche. J’en suis quitte pour me tourner vers autre chose qui me fera du bien. Je pense que ce sera la peinture aujourd’hui. Il faudrait d’ailleurs que je m’y mette sans tarder si je veux profiter de la belle lumière, car avec la neige reçue cette nuit nous n’avons pas d’électricité. Mon mari a démarré la génératrice tout à l’heure, grâce à laquelle nous avons pu vivre le rite matinal du café ! Pour un ensemble de raisons, dont la panne d’électricité, les chemins guère praticables et l’œil infecté, j’ai fait savoir à tantine que notre jeudi hebdomadaire sera cette semaine déplacé d’une journée. J’irai la voir demain.
J’ai fini la lecture de Pablo d’Ors en Abitibi et j’ai alors attaqué une plaquette de Paul M. Marchand que j’ai achetée il y a longtemps dans la collection des livres de poche et qui s’intitule J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, titre qui emprunte aux paroles d’une chanson de Jacques Brel, mais je ne sais pas laquelle. En quatrième de couverture  sont reproduits comme autant de teasers les commentaires élogieux de tel et tel critiques. Pour ma part, je n’ai pas été touchée par ce récit. J’ai lu le livre presque pour pouvoir dire qu’il était rayé de ma liste. Je suis une sans cœur et une dure à cuire.
Certains se souviendront de Paul Marchand, reporter à la télévision, à Sarajevo, du temps de la guerre en Bosnie-Herzégovine. Un grand mince qui semblait aussi à l’aise dans un pays en crise que dans sa baignoire le matin. En fait, un grand mince qui avait besoin de l’état de crise, qui carburait à l’adrénaline. Lorsqu’il s’est fait presque charcuter un bras par un sniper, il a cessé ses reportages.
Je l’ai croisé au Salon du livre, à Montréal, à la fin, je dirais, des années 90. Personne ne pouvait le rater avec son bras blessé retenu par une espèce d’arbalète. Il se tenait pas loin du kiosque de Lanctôt éditeur, qui le publiait, mais encore ici je ne saurais dire de quel roman il s’agissait. Sympathie pour le diable ? J’étais seule. Je m’étais arrêtée de déambuler dans le Salon pour me tenir en retrait, pas très loin, et l’observer. Je lui trouvais un visage de petit garçon ! Je ne pouvais pas croire que ce visage allât avec ce long corps d’homme! J’essayais de comprendre comment un reporter de guerre, auquel j’avais attribué dans mon esprit, à force de le voir si sûr de lui à la télévision, une vie parfaitement réussie, pouvait m’inspirer cet attendrissement maternel ! Je brûlais, bien sûr, d’envie de lui parler, surtout qu’il se tenait debout à attendre qu’il se passe quelque chose et qu’il ne se passait rien. Mais je me sentais inférieure avec ma petite vie de fonctionnaire universitaire. Qu’allais-je pouvoir dire d’intéressant à cet homme important ?
À la télévision, il était présenté comme étant Paul Marchand, mais il est connu en tant qu’auteur avec l’initiale M. : Paul M. Marchand. J’ai voulu savoir, par une recherche sur Google, quel était son deuxième prénom, ou nom. Je ne l’ai pas su en parcourant les quelques articles à son sujet, dans lesquels cependant j’ai découvert qu’il s’est suicidé en 2009, il avait 48 ans.

 

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Jour 297

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Je plie mais ne romps pas, dit le roseau à son ami chêne.

Voici où j’en suis aujourd’hui, après avoir détaillé mes tourments hier. J’en suis à me laisser flotter d’une futilité à l’autre. Tout ou rien. Voilà comment je suis faite. La profondeur abyssale, noire, ou la voltige aérienne, multicolore comme un cerf-volant. Hum… je devrais y aller mollo avec les figures de style parce que ça peut se mettre à ressembler à la bipolarité… !
J’aime les futilités. À travers elles, je me sens vivante. Surtout, je ne me pose pas de question ! Voici un exemple de futilité qui me fait du bien.
Depuis hier, je porte des lentilles cornéennes. J’en ai déjà porté, il y a une dizaine d’années, ce n’est donc pas la première fois que j’opte pour cette formule. Cela dit, il y a une dizaine d’années, je travaillais et je souffrais de problèmes cardiaques non diagnostiqués, autant dire que j’étais en tout temps au bout de ma corde. Mettre mes lentilles, le matin, s’ajoutait aux tâches qui déjà me faisaient ployer. Par manque de temps, de concentration, d’attention, j’ai tout expérimenté : j’ai mis la lentille droite dans l’œil gauche, et inversement. J’ai mis la lentille droite, et la gauche, une par-dessus l’autre, dans le même œil. Je ne compte pas les fois où il m’a semblé mettre une lentille dans laquelle se trouvait un grain de sable et en être quitte pour devoir l’enlever. Il m’est aussi arrivé de mettre une lentille dans un seul œil, oubliant l’autre œil ce jour-là.
Maintenant que j’ai soixante ans, je compte faire attention et prendre mon temps. Je vais mettre en pratique, à cet égard, les enseignements que j’ai reçus de ma lecture récente, Biographie du silence, de Pablo d’Ors. Il s’agit d’un petit livre sur la méditation, sur la pleine conscience dans le moment présent, sur la rencontre bienveillante avec soi et tout le tralala. « Livre culte », est-il écrit en bandeau rouge sur la couverture, qui s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires en Espagne. Que j’ai beaucoup aimé.
Ce matin, je me suis assise devant notre gros miroir grossissant. J’ai commencé par inspecter ma peau, mes yeux, mes dents, mes cheveux. J’ai vite réalisé que mes ongles étaient trop longs et que je risquais de déchirer mes lentilles. Alors je suis allée les limer. En tout temps je porte les ongles courts. Quand je les lime, ils deviennent très courts. Quand je les trouve longs, ils sont quand même, aux yeux de la moyenne des gens, encore courts. Les ayant limés, je suis revenue devant le miroir. J’ai sorti la lentille droite de son étui, je l’ai déposée sur l’extrémité de mon index, et je l’ai placée sur mon œil sans aucune difficulté. J’ai fait la même chose avec la lentille gauche. Ensuite, je suis allée nettoyer mes paupières, mes cils, et pourquoi pas le visage entier, avec des tampons de ouate imbibés d’eau micellaire.
Ainsi équipée sur le plan oculaire, j’ai voulu écrire un texte avant que d’entreprendre quoi que ce soit d’autre, mais je ne voyais pas assez bien, alors je suis allée cuisiner. Je vais devoir investir dans des lunettes d’appoint pour la lecture et la vision de près, autrement dit.
La période de ma vie pendant laquelle je me suis inspectée devant le miroir, un café chaud juste comme il faut à mes côtés, pendant laquelle j’ai limé mes ongles, installé mes verres de contact et nettoyé ma peau, constitue un moment de repos, ou de ce que j’appelle futilité.
Je devrais lésiner moins sur la quantité de ces moments de qualité…

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