Jour 355

CabrelVoici, d’une importance capitale, une anecdote survenue hier dans le déroulement de ma vie.
J’étais sur la route de retour de Montréal et j’écoutais la radio. J’écoutais plus ou moins, en fait, la musique ne me plaisait pas tant, jusqu’à ce que ce soit le tour de Cabrel et de sa chanson Le reste du temps. J’ai augmenté le volume et savouré l’air et les paroles et la voix de Cabrel pendant je dirais un petit trois minutes.
– C’est plus facile à comprendre que la poésie de Ferré, me suis-je dit, en trouvant confortable de n’avoir pas à essayer de décoder le sens des mots. Je me suis, comme d’habitude, tout simplement laissée porter.
Je devais m’arrêter au centre commercial de Joliette pour une course à la librairie. Je me suis dit que je pourrais en profiter pour vérifier si les librairies vendent encore des CD. Advenant que la réponse fut positive, je pourrais peut-être tomber sur un ou deux disques de Cabrel.
Cette librairie vend encore des CD, mais très peu, et de ce très peu j’ai trouvé un disque des chansons de Cabrel interprétées par des chanteuses québécoises. Ça me tentait moins que du Cabrel authentique, mais je me suis dit que c’était mieux que rien, alors j’ai acheté le CD.
Voici le point culminant de mon anecdote : en sortant de la librairie, j’ai réalisé que la musique en fond sonore dans le hall du centre commercial était
Le reste du temps, interprétée par son auteur.
– Wow !, me suis-je exclamée, toute seule, le CD à la main.
J’adore ces phénomènes synchroniques.

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Jour 356

Grand-pèreEtPataugeuse

Grand-père et pataugeuse.

On dirait que je m’y prends d’une drôle de manière. Je suis habitée par l’idée que je vais me faire opérer trois fois. Cela rend la deuxième fois moins pénible que la troisième à venir, pour laquelle je serai alors plus vieille et moins résistante. Cela transforme la deuxième fois en étape intermédiaire moins déterminante, il s’agit d’une étape parmi d’autres, au cas même où une quatrième fois ne s’imposerait.
En fin de compte, c’est comme ça que je fonctionne, en étant fondamentalement habitée. Quand les anomalies cardiaques ont été révélées par les examens du printemps dernier, je me suis dit intérieurement, sans douter une seconde :
– Ça y est, je retourne sur la table d’opération.
– Nous n’en sommes pas là, m’a dit la cardiologue à laquelle j’ai fait l’erreur de dire ce que je pensais.
– En effet, ai-je répondu, par pure politesse.
Quand je suis tombée enceinte, idem, je savais que je portais une fille, j’en étais certaine à cent pour cent.
– Je ne fais que des garçons, me disait pourtant Jacques-Yvan, père effectivement de deux garçons.
– Ce sera pourtant une fille, lui disais-je sans sourciller du moindre poil.
Pour les événements importants de ma vie , je sais ce qu’il en est, et ça s’arrête là, point final. Je m’adapte à eux sans chercher à les infléchir d’un côté ou de l’autre.
La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : en me pratiquant à me parler, à me conditionner, à me programmer, est-ce que je peux –ou je veux– transformer ces événements fondamentaux, ou est-ce que je ne préfère pas les accepter tels qu’ils sont.
Qu’est-ce qui requiert le plus d’effort, en somme, sachant que je suis paresseuse : me programmer pour changer le cours des choses, ou m’adapter en ne le changeant pas ? J’y suis toujours allée pour la deuxième option.
À soixante ans, est-il souhaitable que je change ma manière d’appréhender la vie –ou que j’essaie de changer cette manière– pour l’épanouissement que cela pourrait m’apporter, dans la mesure où ne jamais changer de manière rétrécit la vie ?
Bof.
Je voulais aujourd’hui aborder le thème de la terre, parmi les quatre éléments de l’univers. Ce sera pour une autre fois.
Un mot cependant encore sur l’eau : grand-papa et petite-fille sont allés remplir la pataugeuse un peu avant midi. Grand-papa a dû être ensuite happé par quelque chose. Il a laissé la pataugeuse presque déborder. Petite-fille, qui s’en est rendu compte, a crié à grand-papa que l’eau débordait. Grand-papa n’a pas entendu. Petite-fille, débrouillarde comme dix du haut de ses trois ans, a trouvé la manière d’arrêter l’eau et est allée ensuite informer son grand-père qu’elle était prête pour la baignade.

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Jour 357

eau

L’eau.

Le maïs a beaucoup poussé, il est maintenant plus haut que notre petite-fille. Elle est arrivée hier soir avec son grand-papa, qui est mon mari. Je les attendais en tricotant quelques rangs à notre projet de coussin collectif. Je peux affirmer sans risquer de me tromper que les épis sont plus hauts qu’elle, puisque ce matin, avant qu’il se mette à pleuvoir, nous sommes allées dans le champ elle et moi vérifier ce qu’il en était. La plupart des épis la dépassent d’un bon pied.
La journée s’est déroulée sous le thème de l’eau. D’abord, nous avons pris un bain ensemble après la visite dans le champ de maïs. Puis, vêtues de nos robes ultralégères, nous sommes allées arroser les plantes dehors avec le long boyau d’arrosage. Bien entendu, cela s’est terminé dans un arrosage général de nos personnes. Nous en avons été quittes pour enlever nos robes et les étendre sur la corde à linge. Elles y sont encore car peu de temps après il s’est mis à pleuvoir, encore de l’eau. En après-midi, en compagnie de sa tante qui est venue nous tenir compagnie, la petite s’est rendue dans un magasin du village où elle a choisi, de tout l’inventaire disponible, et arpentant pour ce faire toutes les allées, une gourde en cadeau. La première chose qu’elle a faite, toujours en compagnie de sa tante de retour à la maison, a été de la remplir d’eau.

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Jour 358

Violettes.jpgJe me pratique à écrire des textes courts avant l’arrivée de la petite, dans une heure ou deux. Je mastique en ce moment un filet de saumon cuit sur le BBQ au chalet, accompagné de poivrons rouges, ceux-là qui rissolaient délicatement pendant que je peinais à écrire mon texte papyrus.
J’ai déjà écrit que j’aimerais être dotée de la très grande capacité de résilience de mes chères violettes ci-dessus. Des violettes d’espèce commune qu’on peut acheter presque partout, MétroProvigo
Elles vivent depuis quelques mois sur le bord de la fenêtre dans la salle de bain à l’étage. Il n’y a pas de soleil à cet endroit orienté plein nord, mais beaucoup de lumière depuis que mon mari a fait faire des travaux qui ont repoussé de plus de trente pieds le roc qui ceinturait la maison.
Les violettes vivaient auparavant dans mon bureau, mais un hiver elles ont eu froid. Les feuilles sont demeurées charnues et velues, mais elles ont perdu progressivement leur chlorophylle, au point d’arborer la couleur de l’eau de Javel. Il s’est aussi produit toutes sortes de choses, elles ont été noyées notamment par l’arroseuse que je suis.
Un jour, sentant leur mort approcher, j’ai séparé le plant qui tenait dans un seul pot de grès. J’en ai fait trois petits, que j’ai transplantés dans des pots de plastique. Je me disais que si, des trois contenants, un seul arrivait à se relever des épreuves qu’il avait vécues, j’aurais au moins sauvé un tiers de mon butin.
C’est une fois le plant divisé en trois que je l’ai transporté dans la salle de bain. Les premiers jours, j’ai beaucoup hésité à les y laisser. J’étais convaincue que les violettes manquaient de quelque chose, lumière, chaleur, amour, air sec… J’ai su résister à la tentation de les installer ailleurs. J’ai laissé les trois plants se refaire une santé, lentement mais sûrement. J’ai obtenu des résultats qui dépassent de manière magistrale mes espérances initiales.

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Jour 359

Squeezed lemon peels after making a fresh juice

Il ne reste plus rien, aucune trace de pulpe. Voilà comment je me sentais.

J’ai eu beaucoup de difficulté à écrire mon texte précédent. Je demandais à un citron pressé, aussi sec qu’un papyrus, de produire encore du jus. En prime, il faisait chaud et je n’étais pas en forme. Le passage du tricot a été particulièrement difficile à rendre, j’ai dû le reprendre vingt fois.
– Ça n’intéresse personne, ces carrés de housses de coussins de 16 ou 19 pouces, pourquoi t’acharnes-tu ?, me demandait une voix.
– Ce n’est pas le sujet qui est important, mais la manière dont on le rend, me répondait une autre voix…
Le frère Jérôme disait la même chose de ses toiles et des toiles de ses élèves –parce qu’il enseignait la peinture, et aussi d’autres matières qu’il aimait moins enseigner.
– Le frère Jérôme a changé ma vie, se plaît à dire Diane Dufresne qui a suivi des cours avec lui pendant des années, dans un atelier situé derrière le collège Notre-Dame du Chemin Reine-Marie.
– Il m’a fait renouer avec l’enfant en moi, l’ai-je entendu dire lors d’une entrevue télévisée. Je peins maintenant comme je le faisais du temps de ma jeunesse, de manière naïve et spontanée, en traçant des bonshommes allumettes…
– Laisse tomber les coussins et les allumettes, tourne-toi vers autre chose, reprenait la première voix.
– Je veux bien me tourner vers autre chose, répondais-je à voix haute, seule dans le chalet, à mes voix intérieures. D’ailleurs, je ne demande que ça, mais rien ne vient, rien ne me tente, rien ne m’habite ! Bâtard !
Aujourd’hui je me sens plus forte, moins vidée de toute substance, mais les thèmes qui pourraient noircir mon écran pour ce texte d’aujourd’hui ne se bousculent pas davantage au portillon !
Le frère Jérôme a vécu le contraire du phénomène papyrus : il n’était pas autorisé par sa communauté à consacrer sa vie à son art, qui l’habitait entièrement. Son temps et son énergie étaient happés par l’enseignement auprès de jeunes hommes du cours classique. Il écrit dans ses carnets intimes à quel point il lui tarde de laisser s’exprimer les pulsions créatrices qui s’entrechoquent dans sa personne, qui n’en peuvent plus d’être réprimées. Or, on ne lui donne pas cette possibilité. Alors il devient dépressif, épuisé nerveusement et mentalement. Aurait-il vécu les mêmes épisodes de maladie, avoir pu créer comme il en avait besoin ? Nul ne le saura jamais.
Nous allons passer les deux prochaines semaines en compagnie de notre petite-fille de trois ans et demi, Denauzier et moi. Cela signifie que je vais manquer de temps, d’énergie et de concentration pour écrire. Je m’autorise donc à publier des textes plus courts dès demain, et ce pour toute la première moitié de ce bientôt août.
Un mot sur Léo. Le chapitre huit est très long, je dirais que j’en ai lu la moitié au chalet. Quand j’ai constaté que je le traitais durement en le décrivant gros et mal habillé, dans mon texte précédent, j’ai voulu ajouter quelques lignes plus charitables à son égard, or, encore une fois, il n’est rien venu d’autre que cette observation sans aucun intérêt, à l’effet que ses enfants portent tous un prénom qui commence par les lettres M et a. Ainsi Mathieu, Marie-Cécile et Manuella. Et la mère, un coup partie, Marie-Christine. J’ai écrit cela, que ses enfants portaient ces trois prénoms commençant par ces deux mêmes lettres, puis j’ai supprimé la phrase tellement c’était insipide.

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