Jour 1 183

Ma matriochka multicolore est un fiasco, ai-je dit à Denauzier au téléphone.

Ma matriochka multicolore est un fiasco, ai-je dit à Denauzier au téléphone.

Sur le chemin du retour à la maison, avant qu’il ne devienne difficile de conduire sur les routes glacées, dans la neige et les bourrasques qui allaient s’amplifiant, je pensais à ma vie. Je la trouvais parfaite. Je suis une femme comblée. Ce n’est pas forcément parce que j’ai quitté la prison du marché du travail que ma vie est parfaite. Même lorsque je travaillais et que j’étais tout le temps fatiguée, je trouvais aussi que ma vie me comblait. Pour être comblée, il me suffit de pouvoir créer. Pour pouvoir créer, il me faut bénéficier de conditions gagnantes dont je bénéficie. Je vis auprès d’un homme que j’aime, qui m’aime, ma fille profite de la vie à Montréal, je l’aime, elle m’aime, nos santés tiennent le coup, nos finances aussi. Je suis nourrie par les arts de plusieurs manières, par la lecture, l’écriture, la peinture, par l’art éphémère de la cuisine sur une base moins soutenue. Je n’en demande pas plus. Et je pense que le problème est là, dans le fait que je n’en demande pas plus. Parce qu’il ne suffit pas de créer, il faut atteindre une certaine maîtrise de son art. Quand je vivais à Paris et que ma vie était très difficile sur le plan matériel et financier, il a suffi que j’installe des conditions d’écriture, en me procurant une machine à écrire, pour trouver l’équilibre et être capable de profiter de la vie telle qu’elle s’offrait à moi à cette époque-là. Une dame amie m’ayant prêté une machine à écrire électrique, j’allais le jour lire et écrire à la Bibliothèque nationale du deuxième arrondissement, et je tapais le soir les pages que j’avais écrites le jour. Les pages s’accumulaient et cela me suffisait. Je m’étais créé un horaire et cela me suffisait. Je quittais ma chambre de bonne le matin pour aller m’enfermer à la Bibliothèque, empruntant le même trajet soit à pied soit en autobus. Dégustant, pendant mon trajet, la beauté de la ville. Je travaillais quelques heures, je sortais le midi manger un sandwich, assise sur un banc du jardin du Palais royal, je retournais travailler encore quelques heures et, en fin d’après-midi, je rentrais à la maison. Je rentrais toujours à pied, en léchant les vitrines des Galeries Lafayette, en flânant, en m’arrêtant à la boulangerie pour une baguette de pain. Cette heure de flanerie constituait, il me semble, le meilleur moment de ma journée. À la Bibliothèque je lisais un peu n’importe quoi, rien de consistant qui aurait pu m’aider à réfléchir sur ma pratique d’écriture. Ou rien de consistant qui aurait pu m’instruire. Je n’avais pas de ligne directrice quant à la raison même pour laquelle j’étais en France, à savoir mes études, mon instruction, ma formation. Trente ans plus tard, j’en suis au même point. Je n’ai pas de ligne directrice quant à la pratique de la peinture, je n’ai aucune notion –est-il nécessaire de le mentionner– du respect des proportions, je peins comme ça vient, en ne maîtrisant rien. Ça donne une femme géante, atteinte d’un léger strabisme, au corps écrasé par un cou et une tête surdimensionnés. Si je fais monter la toile sur un châssis de bois, une partie de la tête devra être sacrifiée, ça pourrait rendre l’ensemble plus intéressant. Il n’est pas exclu, non plus, que je trace deux bouts de cuisse dépassant de la jupe. Payer, me direz-vous, pour tendre cette toile sur un châssis de bois ? Pourquoi pas, car rien ne m’empêchera, par après, de tout recouvrir pour recommencer. Pouf.

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Jour 1 184

Paris est une fête.

Paris est une fête a été acheté précédemment au Renaud-Bray de  Côte-des-neiges.

Je suis allée voir mon amie Oscarine à Montréal, en aller/retour hier samedi. Je suis revenue à la maison tellement fatiguée que je n’avais pas le cœur d’écrire le récit de ma journée. Je n’avais pas quitté Montréal, en effet, qu’il s’est mis à neiger sur l’autoroute 440. Au final, je roulais à 40 km/h dans la dernière longue portion, pleine de courbes glacées, de mon trajet. Heureusement, Claude Saucier me tenait compagnie, de la même manière que Catherine Pépin, le matin, m’a fait connaître mieux Serge Gainsbourg dont c’était le vingtième-cinquième anniversaire de sa mort. J’ai appris qu’avant de gagner sa vie avec ce qu’il appelait l’art mineur de la chanson, il a peint, jusqu’à quatre cents toiles qu’il a toutes jetées quand il a décidé qu’il n’était pas talentueux. Il devait l’être, à mon avis, mais cela ne l’a pas empêché de jeter ses toiles.
Après avoir mangé de la pizza aux épinards et au fromage feta au restaurant Rumi, en faisant attention de ne pas en manger trop car nous surveillons notre poids, –Oscarine plus que moi car elle est moins gourmande, et plus disciplinée–, nous sommes allées, à ma demande, au Renaud-Bray de l’avenue du Parc m’approvisionner en livres. C’est à croire que l’industrie du livre est en crise et se retrouve en surproduction. Il y avait plein de livres recouverts d’un étiquette rouge, donc en solde. Étant donné que je suis une personne excessive, étant donné que je suis en train de lire Paris est une fête, d’Ernest Hemingway, –après avoir lu dans les journaux français que c’était le livre à lire depuis l’attentat du Bataclan–, étant donné les prix vraiment bas, j’ai acheté tous les Hemingway qui garnissaient la tablette, –un exemplaire de chaque titre, plus précisément.
J’ai lu Les neiges du Kilimandjaro –mais je l’ai acheté pareil hier pour le relire– pour un cours de mon baccalauréat à l’Université Laval, je ne me rappelle plus quel cours. Je me rappelle cependant que le professeur avait demandé en classe pour quelle raison le personnage principal d’une des nouvelles du recueil entretenait une piètre estime de lui-même. Plusieurs étudiants avaient levé la main pour répondre qui telle raison, qui telle autre raison, dont aucune ne me semblait être la bonne. Selon moi, le personnage s’en voulait de ne pas avoir privilégié sa liberté, son indépendance, son authenticité. Bien entendu, je n’avais pas levé la main pour exprimer mon avis parce que j’avais trop confiance en moi ! Il est intéressant de constater que je ne me rappelle plus de quelle nouvelle il s’agit dans le recueil, ni de l’histoire que raconte cette nouvelle, mais je me rappelle avoir été sur le frein et incapable de prendre la parole !

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Jour 1 185

Vinicius. Je lui trouve quelque chose de Serge Reggiani. Ou l'inverse.

Vinicius. Je trouve que Serge Reggiani lui ressemble un peu.

J’écoute Vinicius de Moraes pendant que je peins ma matrone géante dont la chemise, légère, a les manches bouffantes. J’ai travaillé une partie de la journée sur les manches et je n’ai pas fini, bien qu’elles soient courtes.
Assez rapidement, quand mes parents se sont séparés –j’avais dix ans–, la nouvelle compagne de mon père est venue vivre avec nous, à la maison de St-Alphonse. Elle avait dans ses bagages le 33 tours du film Un homme et une femme. Une révélation. Je n’ai jamais vraiment aimé la chanson Comme nos voix dabadabada… mais j’ai dû écouter mille fois Samba Saravah. La même chanson s’intitule Samba da Bênçao quand c’est Vinicius qui la chante –et la joue car il s’accompagne parfois à la guitare. Sur l’enregistrement que j’écoute en ce moment, il y a une espèce de cornet trompette qui improvise pendant qu’il parle, plus qu’il ne chante. Son interprétation est beaucoup moins rapide –et plus poétique– que celle de Pierre Barouh. Je faisais souvent jouer le disque de belle-maman dans la grande pièce à l’avant de la maison, une véranda entièrement vitrée. Ma préférence allait à écouter le disque le soir, parce qu’alors je pouvais me voir dans les vitres grâce aux reflets des lumières du plafond. J’en profitais pour faire des exercices, de la gymnastique, toutes sortes de mouvements qui ne requéraient pas de saut car alors l’aiguille sur le 33 tours aurait sauté. Je me rappelle à quel point je me sentais bien quand j’entendais les accords de la guitare, le rythme de la samba et la voix de velours de Pierre Barouh. Je me disais que ma vie serait aussi belle qu’était belle cette musique, une fois que je serais en âge de gagner ma vie, que j’aurais quitté la maison, et toutes ces choses qu’on se dit quand on est adolescente. La manière dont j’allais gagner ma vie ne m’effleurait pas le moins du monde, j’allais me créer une vie merveilleuse par l’intervention de la magie ! Ai-je eu une belle vie ? J’ai eu une vie calme, somme toute, pas aussi trépidante et stimulante que celle de Claude Lelouch. Je n’arrive pas à la cheville de la beauté d’Anouk Aimée –mais je ne peux pas dire que je suis renversée par son talent. Et toute ma litanie habituelle : je ne suis pas une écrivaine et, en peinture, pas un Riopelle. Pouf. Néanmoins, il m’est arrivé à quelques reprises de changer ma vie sur un trente sous, comme le dit papa, ce n’est pas tout le monde qui est capable de faire ça. Et, voyant avec quelle facilité j’ai changé ma vie sur un trente sous, je me rends compte qu’il n’était pas nécessaire que je me demande de quelle manière allait se façonner ma vie. C’est comme pour mes toiles et mes textes, elles et ils se façonnent tout seuls. Ce n’est pas vraiment moi qui décide.

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Jour 1 186

C’est curieux. J’ai poursuivi mon rêve la nuit dernière, le rêve de la nuit avant-dernière qui me conduisait à une grande bibliothèque. Pour ceux qui auraient eu l’occasion d’oublier et qui n’ont pas envie de relire le texte du jour 1 187, je tentais d’atteindre une bibliothèque en marchant sur des plaques de bois qui allaient s’éloignant l’une de l’autre. Dans mon rêve de la nuit dernière, je finissais par m’approcher des grandes portes vitrées de la devanture de l’édifice et par entrer, me demandant, sitôt que j’y mettais les pieds, quels livres j’avais envie de consulter. La question du choix des livres ne se posait pas longtemps parce que je tombais nez à nez sur une cousine –une vraie cousine dans la vraie vie.
– Je ne sais pas ce que j’ai dans ma culotte, se plaignait-elle en se tortillant le bassin, –elle habituellement très prude. On dirait une couche qui me gratte le bas du dos, je meurs d’envie de me gratter !
Je trouvais stupide de lui demander si elle avait essayé de se gratter, ou si elle était allée vérifier l’état de sa culotte dans les toilettes publiques, alors je la regardais, abasourdie, sans dire un mot. Puis il m’en venait un :
– Bonjour !
– Excuse-moi !, me répondait-elle en mettant sa main sur mon bras. Bonjour Lynda !, ajoutait-elle. Si tu savais à quel point je ne me sens pas bien…
– Est-ce que je peux t’aider ?
– Peut-être que oui, répondait-elle après une légère hésitation. Des amis m’ont dit qu’au dernier étage de la bibliothèque la vue était époustouflante. Or j’en arrive et j’ai trouvé ça ordinaire. Irais-tu voir et me donner ton avis ?
Comme je constatais qu’elle n’était pas très essoufflée pour une personne qui revenait du septième étage, quoique en descendant ce n’est, effectivement, pas essouflant, je lui demandais si elle avait pris l’ascenseur. Elle me répondait par la négative.
– Je t’attends ici, ajoutait-elle.
Je n’avais pas tellement envie de monter au septième étage, à pied ou en ascenseur, parce que cette cousine est pas mal directive et je n’aime pas me faire dire quoi faire. Mais une chose m’avait plu, de ce qu’elle m’avait dit, c’est qu’elle aimerait avoir mon avis. Il m’arrive souvent de demander leur avis aux gens de mon entourage et la plupart du temps on dirait qu’ils n’ont pas envie de répondre, qu’ils n’ont pas d’avis, que ma question ne les intéresse pas, ou quoi encore. Pour une fois que je tombais sur une personne qui s’y prenait de la même manière que moi, j’aurais été folle, ou pas mal plate, de refuser et, ce faisant, de ne pas être solidaire. Je prenais cependant la peine de mentionner que j’y allais à pied, juste pour faire savoir à ma cousine que j’acceptais d’obéir, mais que j’obéissais à ma manière.
– Ça pue dans l’ascenseur de toute façon !, me répondait-elle en parlant fort parce que j’avais déjà commencé à m’éloigner.
– Elle prend peut-être de la drogue et c’est la première fois que je la vois droguée, me disais-je pour m’expliquer ses propos sans retenue.
Je commençais à monter les marches du deuxième étage quand une personne me bousculait en le faisant exprès. Bien entendu, je découvrais qu’il s’agissait de nul autre que mon premier amoureux à vie, auquel je rêve encore, quarante ans plus tard. Il tenait quelque chose dans son poing fermé.
– Ferme les yeux, me disait-il en effleurant mon bras. Transie d’émotion par cet effleurement, je fermais les yeux avec dévotion.
– Tu ne te rendras jamais au septième si tu t’arrêtes à chaque étage, me disait alors la cousine qui arrivait sur l’entrefaite.
Je l’aurais volontiers étripée, entendant sa voix qui rompait le charme que j’aurais voulu ne jamais voir rompu.
– Tu peux ouvrir les yeux, me disait mon premier amoureux, comme si la cousine n’existait pas.
D’une espèce de grosse ouate –qui pourrait ressembler à la couche dans la culotte dont se plaignait la cousine– s’échappaient alors des milliers de fines particules multicolores qui rendaient l’endroit féérique.

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Jour 1 187

J’ai encore rêvé que je devais jouer de la guitare en public. Habituellement, cette perspective me rend malade de peur, mais cette fois, dans mon rêve, j’avais de l’aplomb. Je ne ressentais aucune inquiétude et je me vivais normalement, jusqu’au moment où je réalisais que l’événement public était sur le point de commencer et qu’il me faudrait m’exécuter, dans tous les sens du mot.
– Comment faire, me demandais-je alors, pour faire semblant de jouer, pour me volatiliser, pour contourner cette difficulté ni vu ni connu ?
Il me venait aussitôt l’idée de me cacher sous une petite table ronde qui n’était recouverte que d’un voile léger, en manière de nappe, de telle sorte qu’on me voyait sous la table à travers le voile. Il devait y avoir du vent non loin parce que le voile se gonflait et bougeait avec grâce.
– Quand ils vont constater que je suis sous la table, me disais-je, les spectateurs vont comprendre que j’aurai été embauchée par le concepteur du spectacle non comme guitariste, mais comme figurante sous une table. Et le concepteur du spectacle, pour sa part, ne s’apercevra de rien parce qu’il est trop occupé.
Effectivement, me découvrant sous la table, les spectateurs réagissaient en exprimant une surprise qui les ravissait, on me pointait même du doigt en souriant.
– Ce n’est pas plus mal être figurante, c’est même mieux, me disais-je encore. Dans le vacarme des nombreux instruments, on n’aurait pas entendu la guitare de toute façon. J’aurais été cachée, assise à l’arrière de la scène parmi les autres musiciens, on ne m’aurait pas entendue, tandis qu’ici on ne m’entend pas mais on me voit.
Donc, l’affaire était ketchup.
C’est mon oncle, celui qui a subi un cancer de la bouche il y a quelques années, qui est petit de taille et de poids et qui a quatre-vingt ans, qui était la vedette du spectacle. Un musicien de la troupe –c’était un événement à grand déploiement, avec beaucoup de monde, de mouvement, d’effets spéciaux– me racontait qu’il n’en pouvait plus d’attendre le signal qu’allait lui donner mon oncle. Ce signal signifiait que tonton effectuait le premier pas qui allait le faire entrer sur scène dans les secondes suivantes.
– Il va faire bouger ce long fil, me disait le musicien à propos de tonton. Le fil va émettre un son très puissant qui va se rendre jusqu’ici. Au moment précis où la pulsation sera émise devant moi, me disait-il encore en se frappant la poitrine pour se désigner lui-même, je vais presque mourir d’extase tellement l’excitation des deux heures de spectacle à venir va me chavirer.
– Wow, était ma modeste réponse.
Je commençais à me sentir à l’étroit sous ma table et la mention des deux heures de spectacle à venir me faisait craindre l’ankylosement. Subrepticement, comme si j’étais surveillée par le musicien extatique –ou le concepteur du spectacle–, je quittais ma table et me retrouvais dans des escaliers roulants qui me conduisaient au sommet de l’édifice qui abritait le spectacle. Tout, autour de moi, plancher, plafond et murs, était en bois, d’une belle couleur miel doré. Le calme s’installait, j’accédais à une immense bibliothèque. Les gens y circulaient lentement, sans bruit, chacun concentré sur ses recherches bibliographiques. Pour atteindre l’entrée de la bibliothèque, je devais marcher sur de grandes plaques de bois qui commençaient à s’espacer et à n’être plus tellement stables.
– C’est le genre d’endroit où il faut faire attention, me disais-je, surprise qu’aucun accident ne soit encore arrivé.
– Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir marcher ici, me disais-je encore, ne comprenant pas qu’un endroit public ne s’avère pas plus accessible.
– Je ne serai plus capable de passer par ici dans une couple d’années, poursuivais-je.
– C’est peut-être même la dernière fois que j’emprunte ce chemin, ajoutais-je en sentant s’accélérer mon rythme cardiaque, et voyant s’espacer de plus d’un pied, sous mes pas, deux panneaux de bois.
– Je ne…
C’est alors, aidée de la chienne qui s’est mise à bouger à mes pieds, que je me suis réveillée.

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Jour 1 188

Spanakopita, en grec.

Spanakopita, en grec.

Il y a tant à dire sur l’alimentaire, et en plus c’est un sujet qui se renouvelle chaque jour. Un incontournable. Nous sommes arrivées un peu avant onze heures, Bibi et moi, chez notre amie à Laval, le ventre relativement rempli pour Bibi, et vide pour moi. Bibi déjeune toujours. Pour ma part, je n’avais bu que du café dans un thermos en auto, un thermos qui garde le liquide chaud trop longtemps, de telle sorte que le café est devenu agréable à boire comme nous étions sur le point d’atteindre notre destination. Des fruits, des carrés aux épinards et de l’omelette frite nous attendaient. Carrés et omelette provenaient du marché Adonis où je ne suis encore jamais allée de ma vie. Ils étaient assez gras et salés, surtout les carrés. Bibi avait apporté des biscuits au chocolat de sa spécialité. J’ai assouvi ma soif avec des oranges avant d’entamer le repas, pendant que nous nous disions –moi la bouche pleine– à quel point ça faisait longtemps qu’on s’était vues. Assez rapidement nous nous sommes installées devant nos assiettes, nous avons mangé les victuailles adonissiennes suivies de mousse à la mangue et aux framboises accompagnée des biscuits, pour passer ensuite aux choses sérieuses, à savoir nos projets artistiques. L’amie s’est consacrée à son faux vitrail, Bibi à ses chats, et moi à mon chevreuil. Ça ne faisait pas si longtemps qu’on travaillait que nous avons senti le besoin de boire, du thé marocain sans sucre, donc seulement des feuilles de menthe dans de l’eau bouillante. Vers seize heures trente, nous avons entamé une partie de cartes pour nous détendre. J’aurais bien poursuivi mon chevreuil, mais je commençais à avoir mal au cou. Pendant les cartes, je me suis enfilé deux bonnes bouchées de carré aux épinards gras, salé et froid, deux oranges et deux prunes par la suite pour nettoyer ma bouche de tant de sel. À dix-huit heures, contre toute attente, nous avions encore faim. Nous avons poursuivi nos babillages dans un restaurant vietnamien, devant, en ce qui me concerne, deux brochettes de poisson sur un nid de riz accompagnées de la iceberg habituelle des restaurants vietnamiens. J’ai rebu un café pour me tenir éveillée pendant la conduite qui m’attendait sur la route du retour –bien qu’il ne me soit encore jamais arrivé de m’endormir au volant. Arrivée à la maison vers vingt-deux heures, c’est encore la soif qui m’a dirigée vers le frigo boire du jus très épais de type smoothie que j’ai acheté pour Denauzier mais dont il n’est pas fou alors c’est moi qui le bois.

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Jour 1 189

L'art thérapie par les chats à colorier

L’art thérapie par les chats à colorier

Nous partons demain, Bibi et moi, faire des arts plastiques chez une amie, à Laval. Nous sommes attendues pour un brunch, à 11 heures. Ce ne sera pas demain que je perdrai une livre en ne mangeant que du gruau. Telle que je connais mon amie, la variété sera au rendez-vous. Une fois le ventre plein, et la table dégarnie, nous allons nous lancer dans nos projets respectifs. Bibi s’est fait offrir pour son anniversaire un cahier à colorier de luxe, sur papier de qualité, qui ne contient que des chats. Elle va donc apporter son cahier et ses crayons de couleur et colorier des chats. Mon amie va travailler sur un de ses projets. Comme elle en a des tas qu’elle mène en même temps, je ne peux dire quel sera celui qui l’occupera demain. Pour ma part, je vais travailler sur un projet de peinture à numéros, je n’ai jamais fait ça de ma vie. On peut penser que c’est facile à faire car il est écrit sur l’emballage que le jeu, si on peut appeler ça un jeu, s’adresse aux 8 ans et plus. Mais quand on regarde à quel point les surfaces sont petites, chacune associée à un numéro de couleur, ce ne sera pas, il me semble, si facile que ça. D’autant que certaines surfaces requièrent que l’on mélange deux et même trois couleurs pour obtenir des nuances. Au lieu qu’il soit imprimé, par exemple, le seul chiffre 1, sur une des petites surfaces, il est écrit 1/7/20. Je vais donc me lancer dans un exercice hyper minutieux et je ne sais pas si je vais avoir la patience –ou plutôt la motivation– de le poursuivre jusqu’au bout. Le résultat final devrait représenter un chevreuil au panache pas trop gros et aux oreilles abondamment couvertes de poils. J’ai acheté le jeu dans le but de faire plaisir à mon mari, qui est un chasseur –d’orignal– et un pêcheur –surtout de doré dans les lacs de l’Abitibi. Bien entendu, je compte y ajouter une touche personnelle, en remplaçant par du rouge, admettons, une des nombreuses teintes de beige que comporte mon projet. Ce déplacement à Laval pour plusieurs heures demain risque d’entraîner la non écriture du jour 1 188. J’aurai donc, encore et toujours, du retard à rattraper.

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