Badouzienne 112

Le jeu des interprétations multiples. Bibi n’a pas tellement aimé lire Jane alors que j’ai dévoré son journal. Je me suis sentie solidaire de l’appréciation mitigée de Jane envers sa propre personne. Solidaire aussi de l’exercice qui consiste à coucher sur papier une partie de soi, pour en révéler la part de lumière les jours que ça bien et la part d’ombre les jours que ça va moins bien.

Bibi a été heurtée par la toxicité de la relation Serge/Jane, par sa haute teneur en alcool, par les beuveries incessantes dans les bars jusqu’aux petites heures du matin. La drague de Serge, aussi, j’imagine. Les comportements machistes qui avaient cours à l’époque. Et ces autres aspects que je ne peux nommer, parce que je ne les connais pas, de la vie de stars hyper médiatisée.

Bibi n’a pas retenu que le mot le plus souvent utilisé par Jane est « rigoler ». Elle a surtout retenu, m’a-t-elle dit, le peu d’estime que Jane entretenait envers elle-même. J’ai eu envie de lui répondre que lorsqu’on est hypersensible, comme je pense que Jane l’était, on apprend à vivre avec des évaluations plus ou moins élogieuses de soi parce qu’il survient toujours un coup, une parole, un geste, qui vient nous assommer. Nous trouvant assommé, on surnage péniblement jusqu’à la surface de l’eau, en espérant que le coup suivant ne surviendra pas trop tôt. Il n’y a rien de bien glorieux là-dedans. J’ai aussi voulu ajouter que malgré les faiblesses qu’elle se sait porter, Jane ne s’est pas empêchée de surmonter toutes sortes de défis. Elle ne s’est pas contentée de se tenir en retrait, comme on peut être tenté de le faire quand on se sent trop tarte.

L’autre aspect qui m’a incitée à aimer ma lecture des Munkey Diaries, c’est la proximité des parents de Jane. Jane a besoin de partager des événements avec son père et sa mère, son frère et sa soeur, pour se sentir pleinement heureuse. Le clan Birkin est soudé et joyeux. Je pense ici, écrivant la phrase précédente, au film que nous avons vu hier soir, Denauzier et moi, Au revoir le bonheur, de Ken Scott. Patrice Robitaille, en tant que l’un des quatre frères qui joue le personnage d’un écrivain, exprime lui aussi que ce qu’il y a de plus important, dans la vie, au-delà du succès et de l’argent, c’est la famille, c’est le clan. Mais que pour y évoluer sereinement, il est important de savoir prendre sa place. Cette remarque m’a laissée songeuse, en ce jour qui me voit entrer dans ma 66e année…

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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