Badouzienne 46

Rompre la monotonie

Je me suis lancée ce matin dans la transformation d’une toile que j’ai couverte, il y a longtemps, de petites masses avec des crayons au gel scintillant. Je ne voulais pas me lancer là-dedans parce qu’il y a mille choses à faire en prévision des fêtes de Noël prochaines. Mais je me suis lancée là-dedans quand même. Je m’y prends toujours de la même manière, sur le frein, en me disant que je vais me faire plaisir pendant cinq minutes seulement, ou encore dix, puis je cède magistralement à la tentation et j’envoie promener les préparatifs.

C’était par une belle journée d’été, le coloriage, au chalet. Je m’étais installée dehors, sur la table à pique-nique, que je déplaçais au fur et à mesure que les rayons du soleil ne me réchauffaient plus les bras, l’idée étant, bien sûr, de maintenir mes bras sous les caresses des rayons le plus longtemps possible. Je n’avais fait rien d’autre, ce jour-là, que créer des masses avec le premier crayon d’un assortiment de cent qui me passait sous la main. Je n’étais habitée par aucun souci de composition.

Après avoir colorié pas mal, je m’étais rendu compte que le format de la toile était trop grand. En d’autres mots, mon envie de remplir des masses s’était assouvie avant que je réussisse à couvrir la surface entière. Je m’étais par conséquent rabattue sur des serviettes de table en papier, mes amies fidèles, sur lesquelles sont imprimées des sortes de méduses de couleur turquoise, comme en atteste la portion inférieure ci-contre.

En somme, avant l’ajout de ces lignes blanches, l’ensemble n’offrait rien d’autre que des masses mitoyennes qui reposaient les unes à côté des autres. La toile est demeurée suspendue à un bout de mur auquel ne s’attarde guère le regard, jusqu’à ce qu’une autre –les pattes du quadrupède– m’amène récemment à m’intéresser à ce bout de mur, en ce sens qu’il commence à manquer d’espace pour accrocher mes chefs-d’oeuvre.

Les lignes blanches, donc, ont le mérite de créer une fracture dans la tranquillité antérieure, d’apporter un deuxième niveau de sens. Il y a le fond et il y a maintenant, pour le même prix !, la forme blanche, indéfinie, qui s’y juxtapose. Pour obtenir cette forme, j’ai d’abord tracé du blanc en épousant les masses oblongues coloriées au gel, produisant par le fait même des lignes courbes, qui ne faisaient qu’entourer les couleurs sans rompre leur effet soporifique. J’ai alors eu l’idée de travailler en créant des angles, à partir de lignes plus ou moins droites qui se rencontrent. Cela fait toute la différence.

Je termine ainsi l’année 2021 en ayant bonifié un projet ancien. C’est déjà mieux que rien. Il me reste à placer le filin, derrière le cadre, dans le sens contraire puisque la version soporifique se lisait au format paysage, alors que la version améliorée se lit dorénavant au format portrait.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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