Jour 18

Comme on est vendredi, je me permets un exercice léger qui consiste à exploiter cinq thèmes que je vais développer en une centaine de mots chacun. J’aurai ainsi atteint mon défi quotidien d’écrire un texte de 500 mots.

Le premier thème pourrait être celui de l’introspection, de la rencontre avec moi-même, du calme que me procure cette rencontre, par opposition à l’agitation constante qui se dégage des grands titres que je parcours sur mon téléphone le matin quand je me lève, en buvant mon premier café. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, consulter les grands titres. Ils sont tous associés à de mauvaises nouvelles, et je sais que sans même lire le contenu des articles, je vais ressentir que la fin du monde est proche.

Le deuxième thème sera celui de la fin du monde. Je me demande si une part de ma personne ne serait pas encline à la désirer, pour me donner raison de l’avoir pressentie. Si tel devait être le cas, cette forme de désir serait un péché d’orgueil qui me ferait me dire, à défaut de le dire aux autres, « J’avais raison ».

Ici, je pense instantanément à papa, qui disait la même chose –« J’avais raison »– en d’autres mots : « Longpré, c’est un fou ». Dans sa bouche, compte tenu du phénomène des contractions, cela devenait « Longpré c’t’un fou ». « Longpré c’t’un fou » ça revenait à dire « Vous ne m’avez pas cru, alors que je vous ai prévenus, alors voyez maintenant ce à quoi nous sommes confrontés. »

Le troisième thème sera celui de la généralisation, en ce sens que si je pressens que nous nous approchons de la fin du monde, d’autres personnes doivent bien le pressentir aussi, sans pour autant pouvoir la stopper. Nous devenons ainsi les spectateurs impuissants de notre acheminement vers notre propre fin. Tous dans le même bateau.

Je me permets une citation, à ce stade de ma réflexion, qui se résume ainsi : « Il faut cesser d’entretenir la logique d’une croissance infinie dans un monde fini. » J’ai retenu ce titre d’un article du journal Le Monde paru en octobre dernier, dans lequel Nicolas Hulot, l’écologiste, et Frédéric Lenoir, le philosophe, expriment l’urgence d’arrêter d’exploiter les ressources naturelles de la planète, la pénurie de ces dernières étant au coeur de ce que j’appelle la fin du monde.

Or, en fouillant un peu, je découvre que la citation ne s’arrête pas là et qu’elle se lit dans sa version complète de la façon suivante : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » L’économiste qui a écrit ça se nomme Kenneth Boulding, un penseur multidisciplinaire qui tente de proposer des solutions innovantes à un problème de surpopulation qu’il aurait vu poindre bien avant nous, ou du moins bien avant moi.

Avec tout ça, je m’éloigne de mon projet de cinq thèmes développés en cent mots chacun. Je décide que la pensée de Boulding très brièvement effleurée ici constitue mon quatrième thème, et qu’il ne me reste plus qu’à en trouver un dernier pour clore mon exercice.

Ce dernier sera celui de la pluie. Parce qu’il pleut fort en ce moment et qu’à la fin de la journée il ne restera plus beaucoup de neige. Or, si peu de neige en cette fin mars –et la journée estivale à laquelle nous avons eu droit hier– sont autant de signes du dérèglement climatique qui est engendré par les actions de l’homme, lesquelles dérèglent les lois de la nature, et plus précisément d’une nature finie. La pluie qui vient clore ce texte, autrement dit, boucle la boucle, mais je dois préciser que ce que j’appelle la fin du monde, en deuxième paragraphe, devrait plutôt se lire l’extinction de l’espèce humaine.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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