Jour 22

Il me semble que je devrais être en train de récapituler mon aventure d’écriture. Je suis là, j’écris comme si je n’étais pas sur le point d’atteindre la ligne d’arrivée de mon long parcours. J’y pense, tout d’un coup : ce texte 22 me fait entrer dans ma dernière centaine ! En d’autres mots, j’ai écrit 99 % de mon défi, puisque 2200, qui correspond au nombre de textes que je me suis fixé d’écrire il y a dix ans, divisé par 100, égale 22. Wow ! Félicitations Lynda !

Je ne considère pas que je mérite des félicitations, mais je me les adresse quand même. J’ai été persévérante, je ne peux pas le nier, mais cela n’a pas requis d’effort car c’est dans ma nature de l’être, et j’aime l’être, en outre, parce qu’il s’agit d’une qualité que j’ai héritée de papa.

Il existe plein de gens qui font l’équivalent, écrire chaque jour ou presque, mais on ne le sait pas parce qu’ils agissent discrètement, par le biais d’un journal intime par exemple. Ils écrivent parfois une seule phrase, un paragraphe, ou quelques pages. Pour ma part, au début j’écrivais comme ça venait, quant à la longueur, puis je me suis fixé un format de 500 mots. À partir de ce moment-là, j’ai essayé de ne pas tricher en publiant sous la barre des 500 mots, mais je me suis permis des dépassements.

Ces gens, d’ailleurs, qui écrivent discrètement ont à mes yeux plus de mérite que moi. La portion publique, en effet, me stimule beaucoup. L’espoir de recevoir une réaction d’un ami ou d’un lecteur inconnu m’accompagne, quand je m’installe devant mon ordinateur. S’il fallait que cette possibilité de partage soit exclue, je n’écrirais probablement pas. L’aspect public de mon exercice comporte aussi l’avantage de limiter ma propension au dénigrement de ma pauvre personne.
– Je ne suis quand même pas pour écrire ça, me dis-je à l’occasion en cours d’écriture, c’est trop négatif envers moi-même et le lecteur ne voudra pas aller là.
Alors je n’y vais pas. Je suis donc redevable à une hypothétique et éventuelle communauté de lecteurs potentiels de ne pas emprunter certaines avenues, dans mes textes, qui m’offriraient mille occasions de m’étendre sur mes défauts.

Une de mes amies m’impressionne parce qu’elle court tous les matins une heure à grande vitesse sur son tapis roulant, ça y va par là. Elle marche en outre 20 000 pas par jour, en plus de mener de front une carrière exigeante. Le week-end, elle pratique le yoga, pas une sorte tranquille qui consiste à être attentif à sa respiration, mais une sorte qui exige de sautiller beaucoup dans une pièce aussi chaude qu’un sauna. Elle trouve qu’elle n’a pas beaucoup de mérite parce qu’elle ne pourrait pas vivre sans cette dépense intense d’énergie. Pour moi c’est pareil. J’ai pu vivre sans écrire une bonne partie de ma vie, mais depuis que je m’y suis mise, je ne voudrais pas faire marche arrière.

Donc, une fois que j’aurai franchi la ligne d’arrivée, dans 21 textes, la vie va continuer de se dérouler pas mal de la même manière. Je vais tenter de profiter de chaque journée, je vais tenter de compter plus de journées avec que sans écriture, et je vais –mais je le fais déjà– espérer vivre encore longtemps.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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