Jour 83

J’ai aimé la manière dont j’ai enseigné la conduite manuelle à ma fille au volant de ma petite Sonic. Enseigné, ici, étant un bien grand mot. J’ai plutôt l’impression, quand je tente d’expliquer quelque chose, d’improviser sur un thème, à grand renfort de gestes lents, des mains et des bras, lents car je fais tout lentement.
– La pédale d’embrayage est ton amie, ai-je dit à chouchou qui était en train de coordonner le mouvement de ses pieds en sens inverse l’un de l’autre.
– C’est en plein ça, ai-je ajouté, tu retires le pied gauche de l’embrayage pour appuyer du pied droit sur l’essence, sans saccades, dans un enchaînement fluide.
– Ressens-tu, ai-je enchaîné, que tant que le mouvement d’un pied n’annule pas le mouvement de l’autre, la voiture recule ?
– Oui, justement !, a répondu chouchou qui, jusqu’ici, n’avait rien dit parce qu’elle se concentrait.
J’ai fait comme si elle n’avait pas prononcé le mot « justement », qui exprime une certaine crainte, et j’ai poursuivi sur l’amitié qui lie la pédale de gauche à celle de droite.
– Ce qui est bien, quand tu recules ainsi, c’est que tu peux constater qu’un faible mouvement du pied droit corrige tout. Dès que l’essence parvient au moteur, tu recommences à avancer. La pédale gauche, en somme, cède la place à la droite, et attend dès lors son tour de reprendre du service, quand tu vas soit décélérer, soit freiner, soit t’arrêter.
– Quand tu freines, maman, m’a demandé ma fille quelque temps plus tard, tu appuies seulement sur la pédale du frein, ou également sur celle de l’embrayage ?
Nous étions en train de prendre un peu trop de vitesse à mon goût sur le chemin enneigé et glacé.
– Parfois j’appuie seulement sur les freins, mais le plus souvent j’ai le réflexe d’appuyer sur les deux pédales. Je ne sais pas si c’est une mauvaise habitude que j’ai développée au fil des ans, mais de toute façon, comme je te l’ai dit, l’embrayage est notre amie, elle ne risque pas de nous mettre en danger.
– Comme peut le faire la pédale de frein ?, a alors glissé Emma malicieusement.
Pourquoi « malicieusement » ? Parce que la veille, sur l’autoroute, au volant du camion de mon mari à conduite automatique, j’ai brusquement freiné, me pensant au volant de ma petite voiture et voulant appuyer –je ne sais pour quelle raison !– sur la pédale d’embrayage. Nous avons été chanceuses qu’il n’y ait eu aucune voiture derrière nous. Le pire, dans les secondes qui ont suivi cet incident, c’est que ma main droite s’est mise à la recherche du bras de vitesse, comme si je voulais passer de la troisième à la deuxième !
Au terme de notre pratique quotidienne, nous avons regagné la maison, dont la cour est très grande, et j’ai proposé à ma fille de tester la conduite en marche arrière. Elle venait d’immobiliser le véhicule devant la porte du garage et se demandait déjà comment elle allait reculer, lors de notre prochaine sortie.
– Pratique-toi, lui ai-je suggéré, on a de la place en masse.
– Je recule là là ?, s’est-elle étonnée, puisqu’on venait de dire qu’on avait faim et qu’on avait hâte d’aller manger.
– Bien oui. Rends-toi jusqu’à la limite de la cour et reviens. Assure-toi que ton bras de vitesse est bien positionné pour reculer, ai-je ajouté, non sans me rappeler qu’il m’est arrivé, il y a fort longtemps, de foncer dans une porte de garage en voulant effectuer une manoeuvre identique…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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2 réponses à Jour 83

  1. Jacques dit :

    Le meilleur cour de conduite que j’ai eu de toute ma vie m’a été donné par mon cousin Richard, un « gars de bicycle », qui m’expliquait le fonctionnement d’un embrayage, alors que j’apprenais à conduire une moto (BEAUCOUP plus « prime » qu’une auto). J’avais beaucoup de misère à comprendre ses « mots », alors il a décidé de me MONTRER un vrai embrayage, car il en avait justement démonté un dans son garage. C’est là qu’il m’a montré comment c’était fait de deux ensembles de disques intercalés, un ensemble connecté au moteur, et l’autre connecté aux roues (à LA roue arrière, dans le cas de la moto). Il a actionné l’embrayage (dénudé) manuellement devant moi, et j’ai vu comment ces deux ensembles de disques se pressaient les uns contre les autres quand on relâchait (la pédale, dans le vrai cas), et comment ils se distançaient les uns des autres quand on appuyait sur la pédale d’embrayage (clutch), libérant ainsi les roues de l’emprise du moteur. J’ai immédiatement compris ce que que j’avais ressenti plus tôt pendant mes essais pas très réussis sur la moto. Je n’ai plus jamais eu de problème après!

    Quand on voit l’objet, et quand on voit toute la force qu’il faut exercer pour l’actionner à la main, on comprend pourquoi la pédale résiste au pied, et pourquoi il faut faire les gestes avec une certaines douceur; on comprend aussi que ce qui est « doux » pour une mécanique peut paraître assez dur pour l’humain. On comprend la relativité des forces en jeu!

    Ton chum a peut-être dans son garage une vieille « clutch » qu’il pourrait lui présenter, pour qu’elle joue avec? Ou au moins pour qu’elle en voit les éléments?

    Aimé par 1 personne

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