Jour 217

– Qu’est-ce que j’écrirais ?, m’a demandé Emmanuelle dans la perspective où elle se créerait un blogue.
– Tu sais, la plupart du temps, je ne sais pas ce que je m’apprête à écrire sur le mien, je laisse s’exprimer les mots que j’entends dans ma tête.
– C’est trop ésotérique, maman, a-t-elle conclu. J’ai l’habitude des sciences exactes, des résultats probants. J’aime buter sur un problème de programmation, essayer de le résoudre quitte à y passer des heures, mais pas attraper au vol des mots qui échappent à mon entendement !
– Mon problème, ai-je poursuivi comme si elle n’avait rien répondu, c’est que je ne me sens pas habitée par des sentiments qui me semblent justifier l’effort de structurer une histoire. J’écris dans une sorte de zone neutre, dans un état intérieur tranquille qui ne fait pas de vagues… J’écris sans être habitée par la moindre tension, le moindre désir. Sans me compliquer la vie. J’ai trouvé difficile, à cet égard, dans mon récit de vie, d’essayer de classer les événements. Tel événement est-il compréhensible s’il apparaît avant cet autre ? Par moments, quand j’étais fatiguée, je me bornais à me dire que l’éditeur allait m’arranger ça, la chronologie des événements.

À propos de mon nouveau logiciel d’édition : j’ai trouvé comment insérer une photo, mais pas encore trouvé comment la placer à l’endroit de mon choix ! Légende de la photo : environnement propice à la distanciation sociale !

L’important, quoi qu’il en soit, c’est que ma fille se porte bien, qu’elle soit capable de poursuivre son projet de recherche, que je sois capable, un jour peut-être, d’aller l’embêter en France à nouveau. Qu’elle n’attrape pas le virus, ou que, si elle l’attrape, elle se rétablisse sans complication.

Je voulais lui envoyer des crayons de couleur, j’en ai des tas, mais il n’y a plus de service postal par avion. Je me suis acheté un mandala géant, de 2′ X 2′, pour seulement 2$. Quand je lui ai annoncé que j’avais fait cette acquisition, elle m’a montré le cahier qu’elle venait d’acquérir quant à elle à la FNAC. Un cahier de mandalas dont les lignes sont blanches sur papier noir. J’adore colorier les petites masses en ne pensant à rien, en écoutant les nouvelles à la télévision, qui alternent avec de nombreux appels à la solidarité. J’ai toujours aimé ça, les appels à la solidarité.

C’est drôle à dire, mais j’aime cet arrêt dans le temps, si je ne tiens pas compte de la raison pour laquelle il nous est imposé. Je le préfère à l’exploitation toujours plus excessive des ressources de notre planète, au déséquilibre vertigineux entre les pauvres et les riches. Je souhaite que ce temps d’arrêt nous donne envie de vivre autrement par la suite. Je souhaite, mais mon mari me dit que je ne devrais pas trop miser là-dessus, et je crains qu’il ait raison, qu’on ne se remette pas, dès que le piton Go sera au vert, car actuellement il est au Stop rouge, à courir en effleurant tout, faute de temps, de disponibilité, de concentration.

Je n’ai même pas commencé à lire La montagne magique de Thomas Mann. Il suffirait que je lise 10 pages par jour, pendant 80 jours, et je serais passée à travers. Plus le mandala géant que je vais vouloir encadrer, une fois tout colorié, en souvenir du confinement, s’il se termine un jour, pouvant alors appartenir à l’univers du souvenir. Plus un projet de sculpture déjà entamé qui nécessite plusieurs tubes de laine façonnés au tricotin. Plus le blogue. Plus le recueil de 26 textes. Plus le jardinage dans deux mois. Plus le bilan de François Legault tous les jours à 13 heures. Plus des conversations par Facetime avec ma fille. Je suis occupée à temps plein.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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