Jour 406

VioletteLoulou

Violette partie de rien, d’une seule feuille, sous les pouces verts de ma cousine Loulou.

J’étais étudiante au Conservatoire et amie d’un saxophoniste. Je pense que le professeur de la classe de saxophone avait organisé une activité, un jour de week-end, probablement pour que ses élèves fassent connaissance. Je ne me rappelle pas de quelle activité il s’était agi, mais je me rappelle qu’en fin de journée nous étions allés chez lui, le professeur, tout le groupe. J’étais guitariste, dans l’histoire, mais acceptée néanmoins. Je dirais que nous avions fait du ski de fond. Peu importe. Nous étions entrés chez lui, accueillis par sa femme qui ne semblait pas être une personne épanouie, je pense que mon ami saxophoniste avait émis un commentaire à l’effet que le professeur n’était pas chanceux… Là aussi, peu importe. Ce dont je me rappelle avec précision, c’est que dans la maison de ce couple, un bungalow de Ste-Foy enseveli sous la neige, il y avait un foyer dans la pièce principale, et sur le manteau du foyer, il y avait une grande quantité de violettes africaines. C’était très exotique pour moi cette accumulation impressionnante de violettes fleuries de toutes sortes de couleurs. J’entrais peut-être pour la première fois de ma vie dans une maison si garnie de plantes. Après tout, je n’avais que dix-sept ans. Je vivais dans un appartement miteux en compagnie d’une plante araignée qui n’avait pas daigné croître d’un millimètre pendant l’année. C’est curieux, je ne me rappelle pas non plus si nous avions soupé tous ensemble, seules sont restées gravées dans ma mémoire, de cette journée d’autrefois, les violettes collées les unes sur les autres, bien au chaud.
Je me rends compte que je suis devenue semblable à cette femme de Ste-Foy, casanière heureuse avec ses plantes. Je n’aurais jamais pu penser ça à l’époque ! Je n’ai pas beaucoup de violettes africaines, cela dit, je les laisse à ma cousine qui en a fait sa spécialité. Je collectionne surtout des succulentes. Et ces dernières ne sont pas déposées sur le manteau du foyer, auquel cas elles seraient tellement couvertes de poussières de cendres qu’elles mourraient asphyxiées. Je dirais à cet égard que le foyer du professeur de saxophone devait fonctionner mieux que le nôtre.
Ma première action dans la journée consiste à faire le tour de mes plantes, dans mon bureau et dans la salle de séjour, une tasse de café à la main. Je m’extasie intérieurement à la vue de nouvelles pousses tendres dans mon hoya, et je prie pour que pousse un jour mon crassula à petites veinures blanches. Elles représentent, pour certaines d’entre elles, des personnes chères à mon cœur. Le laurier est un cadeau de notre voisin, il pousse superbement; le croton a été ramassé dehors par ma sœur, là où habitait papa, il détient donc une double valeur familiale sentimentale; l’anthurium m’a été offert lorsque je me suis fait opérer pour le cœur il y a six ans; le spathiphyllum maintenant géant provient d’une mini-pousse qui m’avait été remise sommairement plantée en terre dans une boîte de conserve… il y a plus de vingt ans. J’aime mes plantes parce qu’elles sont vivantes et donc changeantes. Calmes, elles observent la vie. Elles m’accompagnent et me font l’offrande de leur croissance en silence.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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