Jour 487

Pour avoir un peu plus de concentration, j’établis aujourd’hui mon quartier général dans mon bureau. Denauzier m’a fourni un petit appareil électrique qui me réchauffe les jambettes en ce moment, c’est très confortable. Il y fait sombre en ce début d’après-midi parce que le ciel est bas et lourd de neige qui tombe depuis ce matin. Aussi, parce que mes plantes occupent pas mal d’espace devant les fenêtres. À ma gauche, je peux me rincer l’œil en regardant une photo de chouchou, quand elle avait quatre ans, elle tient un crayon feutre d’une main, le bouchon du crayon de l’autre main, et fixe l’objectif de mon appareil photo en souriant tout en ne souriant pas –une version moderne de la Joconde ! La pauvre enfant, je ne lui ai pas acheté beaucoup de cahiers à colorier parce que je trouve que ça ne sollicite pas l’imagination. Alors elle dessine sur une feuille blanche une avalanche de cœurs, des princesses, des paysages.
Un peu moins à ma gauche sur mon bureau, et en plein dans mon champ de vision quand je tape sur le clavier de mon ordinateur, se trouve une autre photo de chouchou, vingt-et-un ans, sur laquelle elle nourrit papa au CHSLD. Sur cette photo, Emma n’a pas de lunettes, elles sont en réparation à la lunetterie du boulevard Manseau. C’est pendant l’heure requise pour la réparation, en fait il s’agit du changement de ses verres, que nous sommes allées nourrir papa. C’est très rare que je vois ma fille sans ses lunettes, alors cette photo est chère à mon cœur, d’ailleurs je me rappelle en avoir pris une bonne vingtaine, toutes pareilles, sur lesquelles Emma tend la cuiller et papa incline le torse légèrement pour s’approcher d’elles, je veux dire à la fois la cuiller et à la fois Emma.
À ma droite, sous le faisceau lumineux de ma lampe, se trouve une autre photo prise en août 2013, sur laquelle se trouve mon amie Nicoletta. Je suis à côté d’elle, nous sourions à l’appareil. Nicoletta déteste se faire prendre en photo, alors il faut chérir celles où elle apparaît si naturelle. Pour ma part, j’ai le teint cireux et blanc d’une personne qui se remet d’une chirurgie cardiaque.

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Ours sorti de sa tanière.

Denauzier m’a déposée à une station de métro, lorsque je suis allée rencontrer mes collègues vendredi dernier dans un restaurant du centre-ville. J’ai fait le trajet sur la ligne verte et je suis sortie au métro McGill. En mettant le pied sur le trottoir bondé de monde, je me suis dit que ça arrive parfois de rencontrer des amis par le plus grand des hasards, de tomber sur une personne qu’on n’a pas vue depuis un siècle. Et c’est ce qui est arrivé à peine m’étais-je fait cette réflexion. Je suis tombée nez à nez sur Nicoletta ! Elle s’en allait à la gare prendre son train. Quand une belle surprise de ce type se produit, je me dis immanquablement que j’étais à la bonne place, au bon moment –et que j’aurais eu tort de céder à la paresse qui m’incite trop souvent à ne pas avoir envie de sortir de ma tanière !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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