Jour 757

J’ai vu mon premier ours ce soir sur le chemin qui mène au lac Miroir. En fait, nous étions sur le chemin du retour, donc direction St-Jean-de-Matha –en passant par St-Michel-des-Saints. Tout noir. Je n’étais pas à pied mais en gros camion. Quand il a entendu gronder le moteur, il s’est enfui. Je n’ai pas pensé sortir du véhicule pour aller étudier ses empreintes. Dommage. Je n’aurais pu trouver empreintes plus fraîches. Sur le réseau CB, car nous avons un appareil CB dans le camion, j’ai annoncé à notre voisine que je venais de croiser un ours.
– Sur le chemin où nous avons l’habitude de marcher ?, m’a-t-elle demandé.
– Oui, juste avant la tour de communication, je dirais à huit cents pieds.
– Donc il est possible, la prochaine fois qu’on ira marcher, qu’on en rencontre un ?, a-t-elle ajouté.
– Si c’est le cas, lui ai-je répondu, on essaiera de trouver un sujet de conversation intéressant.
Elle a ri et nous nous sommes quittées. Ma réplique faisait référence, dans mon univers mental –mais elle n’aurait jamais pu le deviner–, à la visite que je lui ai faite dimanche. J’étais accompagnée d’un gros chien Labrador, qui a passé le long week-end avec nous.
Wouf ! Wouf !, s’époumonait le chien alors que nous étions, trois adultes, en train de parler de tout et de rien dans le salon.
– Qu’est-ce qui se passe ?, ai-je demandé au chien mais plutôt, par ricochet, au couple d’amis pensant qu’ils allaient m’instruire en matière de dressage car ils ont toujours eu un chien, mais un petit.
– Dans cinq minutes on va repartir, ai-je dit au chien, à défaut d’une meilleure réponse.
Les amis ont fait comme si de rien n’était, comme si on était capables de s’entendre parler, comme si le chien était couché à mes pieds en m’attendant sagement. L’onomatopée Wouf ! Wouf ! est bien peu à même de décrire le boucan qui sortait de la gueule de l’animal. C’étaient des grondements gutturaux qui laissaient s’écouler de la salive sur la babine droite du Labrador, à tel point que je me suis demandé s’il souffrait de la rage.
– Savez-vous comment je pourrais le faire taire ?, ai-je encore demandé aux amis, constatant que mes Couché !, Aux pieds !, Du calme ! Reste !, le doigt dirigé dans les airs, l’air méchant, ne donnaient absolument rien.
Les amis, toujours aussi polis, n’ont pas voulu s’en mêler. Mais au bout d’un moment, la dame, qui était assise à côté de moi, ou plutôt moi à côté d’elle, m’a signifié que le chien semblait avoir quelque chose à me dire.
– Je sais, ai-je répondu, piteuse. Il veut qu’on retourne s’amuser dehors, mais je viens d’arriver et j’aimerais le faire patienter.
Puis, par souci d’exactitude, et comme si l’événement se déroulait entre deux humains, je suis allée ajouter :
– Je ne sais pas quoi lui répondre !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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