Jour 759

entretien-de-la-piscine

Piscine, cactus, bouddha et crassula.

À 7h ce matin je descendais rejoindre mon mari dans la grande pièce principale où nous passons le plus clair de notre temps. Il se lève toujours très tôt. C’est du jamais vu, pour ma part, que je sorte du lit à cette heure, habituellement je dors jusqu’à 8h30, 9h. Sans peut-être dire un mot, je me suis étendue sur le canapé où était assis Denauzier, un grand canapé de cuir. Un oreiller s’y trouvait déjà, que nous laissons traîner pas loin, pour quand on veut faire un petit repos. C’est rare que c’est moi qui ai besoin du petit repos, c’est plutôt mon mari, et plus souvent en hiver qu’en été. Je me suis installée et ça ne faisait pas deux minutes que j’étais étendue sous la grande couverture que mon mari en a fait autant, de son côté, ce qui revient à dire que mes pieds étaient dans sa direction et les siens dans la mienne. Nous nous sommes endormis, jusqu’à 9h. La télévision était allumée et j’entendais parler les commentateurs dans mon sommeil.
J’ai rêvé que je me rendais chez papa, du temps qu’il habitait au bout du chemin des Cèdres-du-Liban. Je marchais pour m’y rendre, jusqu’à ce que je me rende compte, en levant les yeux car au début je fixais mes chaussures en marchant, que l’endroit était magnifique, un des plus bels endroits que j’aie vus dans ma vie. Il n’était pas naturel mais modifié par l’homme. Une longue et large piste cyclable ceinturait la montagnette, offrant au regard l’élégance de ses courbes. Rien qu’à regarder les courbes de cette piste, au loin, on avait envie d’y marcher. À gauche de la piste était la montagnette, et à droite se trouvait un vaste bassin d’eau transparente sur fond bleu de piscine.
Un tel décor faisait du bien à l’âme, du moins à la mienne. Du coup, je me sentais moins pressée d’arriver chez papa pour savourer chaque minute le long de la piste et de la piscine. En même temps, j’étais enchantée qu’un endroit si apaisant mène chez papa.
Je réalisais que je devrais me trouver une bicyclette pour emprunter la piste et pédaler lentement, comme le faisaient les gens autour de moi. J’en trouvais une, un peu déglinguée, qui refusait de rouler correctement par moments mais je m’en accommodais. Je me sentais comme une personne qui boite et je me disais que même boitant depuis ma naissance, admettons que j’aurais boité dès ma naissance, ça ne m’empêchait pas de profiter du lieu et du moment. Encore quelques coups de pédales, me disais-je aussi, et je vais peut-être trouver la manière de conduire l’engin avec une satisfaction minimale.
Je m’arrêtais de pédaler à un moment donné et il me venait en mémoire que ma sœur allait arriver et faire de la bicyclette avec moi. Je me disais, pour ne pas l’oublier, que j’étais en chicane avec Bibi et qu’il ne fallait pas que je m’arrange pour que les choses se passent bien entre nous. Il fallait que j’entretienne l’animosité que je ressentais envers elle, ou que j’avais ressentie, ou que je pensais avoir ressentie ?
Je me référais alors, toujours dormant, à un autre rêve que j’ai fait il y a quelques mois, dans lequel j’étais terriblement en colère contre ma sœur. À travers les paroles des commentateurs qui étaient transformées en musique provenant d’une radio, dans mon rêve, je me faisais la réflexion qu’il est rare que rêvant comme j’étais en train de le faire, le sujet rêvant, c’est-à-dire moi, se réfère à un rêve antérieur afin d’en ressentir de manière identique les sentiments dont je désirais à nouveau m’imprégner.
Arrivait sur l’entrefaite Bibi, que je saluais minimalement, et à laquelle je demandais, juste pour dire que je lui adressais la parole, si elle avait souvenir que cet endroit ait été équipé d’un système radio comme c’était manifestement devenu le cas. Plutôt que d’avoir la délicatesse d’attendre sa réponse, je remontais sur ma bicyclette, la tête traversée de doutes : ma bicyclette allait-elle rouler normalement, aurais-je assez de la fin de l’après-midi pour me rendre chez papa, Bibi allait-elle me suivre, aurais-je préféré être seule, ou être avec Bibi moyennant que l’on ne s’adresse pas la parole…
J’en arrive à ceci : j’ai passé une journée délicieuse, comme si la beauté de la route menant chez papa m’avait nourrie de sa plénitude.

 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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