Jour 1 007

Autre photo clovissienne.

Autre photo clovissienne.

Quand même. Dans huit textes, en incluant celui-ci, je serai rendue au jour 999, je ne traînerai plus l’unité de mille, et j’aurai accumulé 1 221 textes. Ils sont imprimés pour la plupart et dorment dans mes cartables. Mes cartables sont sagement rangés sur la tablette de ma bibliothèque, derrière mon bureau. Il m’arrive de les ouvrir et de découvrir avec une certaine stupéfaction que j’ai écrit tel texte dont je n’avais plus aucun souvenir. Écrit cet autre dont le rythme rebondit juste comme il faut, juste comme j’aime. Écrit cet autre qui est abracadabrant et qu’aucun lecteur ne comprendra jamais. Écrit celui-ci encore qui relate le décès de maman. Suis-je fière de moi ? Un peu. Ces dernières semaines, j’ai pas mal remis mon projet en question. Je trouvais que j’en avais fait le tour. Qu’il était difficile de me renouveler. Qu’écrire pour écrire sans y prendre goût serait un non sens. Or je craignais d’être rendue là, écrire pour écrire, sans plaisir. Mais il a suffi que je tombe sur une photo prise par Clovis pour retrouver de l’élan, pour aligner les mots rapidement, pour me sentir avoir du souffle à nouveau. Clovis est un drôle de personnage –un drôle de ouistiti comme l’a dit Nathalie Baye à propos de Xavier Dolan– mais tout drôle qu’il est je trouve qu’il a, je l’ai écrit hier, l’œil d’un photographe. La photo ci-contre est floue mais je la verrais bien, telle quelle, publiée dans un magazine.
Une journée qu’il a fait beau et doux, Clovis et moi nous sommes amusés à suivre un couple de personnes âgées. Nous étions dans le quartier de la Place de l’étoile. L’homme portait une écharpe de laine jaune pâle sur un imper beige, et marchait trois ou quatre pas devant sa femme. Elle portait un chignon dans lequel elle avait inséré des papillons qu’on aurait dit faits en origami. Aux feux, l’homme attendait sa femme avant de traverser. Il n’avait même pas besoin de se tourner, il la sentait qui arrivait, alors dès que le feu passait au vert il traversait, elle le suivait. À l’occasion, ils se rejoignaient et observaient sans parler les marchandises à travers la vitrine d’une boutique. L’homme alors profitait du reflet que lui renvoyait la vitre pour ajuster son écharpe de laine et sa casquette, j’ai oublié de mentionner qu’il portait une casquette anglaise. Au bout d’un moment, j’ai commencé à craindre que le couple ne se sente suivi car plus ça allait plus Clovis photographiait de près. Je me suis mise à traîner de la patte pour le ralentir, sans succès. Comme je le craignais, le couple a remarqué que Clovis s’emballait, et clic par ci et clic clic par là. Je me suis sentie petite dans mes souliers et je suis passée à deux doigts de m’enfuir. Un cinéma de répertoire se trouvant juste à ma hauteur, je m’y suis engouffrée pour en étudier les affiches, comme si chaque film m’intéressait au plus haut point. Je me plaçais devant une affiche et je comptais jusqu’à soixante. Puis une autre affiche et soixante encore. Au terme de six affiches, j’ai retrouvé dehors Clovis souriant, mais je me suis quand même dit qu’il n’y a pas de mal à pratiquer la poltronnerie des fois de temps en temps.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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