Jour 1 017

Louisette Dussault

Louisette Dussault

Dimanche et lundi du week-end de la Fête du travail. Nous étions au paradis dans une des baies du lac Moyre, le bateau à l’ancre, Denauzier et moi.
– Regarde le bleu du ciel sans aucun nuage !, ai-je répété plusieurs fois à l’adresse de mon mari pendant notre longue promenade.
– Comment ça se fait qu’il n’y a personne d’autre que nous sur le lac ?, ai-je encore ajouté.
Bien que maintenu sur place par le poids de l’ancre, le bateau tournait sur lui-même, mais j’ai le pied marin maintenant et je n’avais pas mal au cœur. Autour de nous, des feuilles de nénuphar tapissaient la surface de l’eau, parsemées de hautes tiges fines et verticales, je dirais des roseaux. Nos estomacs ayant commencé à crier famine, vers treize heures, nous nous sommes ancrés à cet endroit. Pendant que je ne faisais rien, Denauzier a fait griller pains et saucisses Hygrade sur un réchaud portatif au propane. J’ai garni mes hot-dogs, j’en ai mangé deux, de la tombée de poireaux que j’avais préparée l’avant-veille et de moutarde Schwartz. Denauzier a garni les siens, il en a mangé trois, de la même moutarde et de ketchup. Il a goûté aux poireaux, mais goûté seulement, une bouchée.
Avant de retourner pêcher le long des baies, nous avons fait un petit repos pendant lequel mon mari s’est endormi. Pour ma part, et c’est difficile à expliquer, j’ai commencé à chanter dans ma tête le générique de l’émission La souris verte que j’écoutais quand j’étais petite. La chanson, comme mon blogue, est construite selon une liste décroissante : 10 moutons, 9 moineaux, 8 marmottes, 7 lapins, 6 canards, 5 fourmis, 4 chats, 3 poussins, 2 belettes, 1 souris verte.
Les yeux fermés, les mains croisées comme si je priais, bien calée sur la banquette du bateau dont le cuir est aux trois-quarts déchiré, j’ai essayé de créer une liste de dix éléments sonores qui se manifestaient à mes oreilles. À
ma grande surprise, je n’en ai pas trouvé dix. J’ai eu recours à des subterfuges pour constituer ma liste.
1. les clapotis clairs et précis de l’eau qui venaient se briser sous la coque du bateau, c’était le son –incessant– le plus présent;
2. le vent qui soufflait doucement; il sifflait par moments en reproduisant le son de l’air qui s’accroche dans le goulot d’une bouteille de bière; Emma n’avait jamais remarqué que l’air qui s’accroche dans le goulot d’une bouteille peut produire une telle musique, elle l’a remarqué avec nous, aux Îles, lors de notre dégustation de bière À l’abri de la tempête;
3. des coups de ratchet; il s’agit du son d’un oiseau, ou d’un écureuil –mes connaissances sont très limitées dans le domaine animal–, qui va montant et descendant par paliers successifs de manière ultra rapide, reproduisant le son d’une clef à cliquet qui serre un écrou;
4. des craquements de branches sèches de conifères rachitiques dont plusieurs s’inclinent dangereusement au-dessus de l’eau;
5. je me suis surprise à ne rien percevoir d’autre, rendue au chiffre 5, alors j’y suis allée pour les ronflements légers de mon mari dont la tête, sous la casquette, était inclinée vers l’épaule gauche;
6. j’ai été sauvée par le chant d’un huard, il y en avait quatre qui se laissaient glisser sur l’eau, les parents et deux enfants; le chant d’un huard, m’a déjà dit un ami poète, existe pour nous rappeler que l’homme devrait privilégier la paix dans le monde
7. les rayons de soleil ardent sur ma nuque, qui n’émettent aucun son, mais mes vertèbres cervicales en émettent en masse quand je bouge la tête;
8. je n’entends rien d’autre ?, me suis-je étonnée, ça ne se peut pas, le lieu regorge d’animaux, où sont-ils ?, me suis-je demandé en éructant;
9. j’ai
alors vu une libellule traverser mon champ de vision, mais comme elle était un peu loin je n’ai rien entendu de son vol;
10. zéro poisson, aucun saut ou son de poisson, rien en provenance du moindre poisson.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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