J’ai pris deux décisions importantes ce matin. Je vais aller m’acheter de nouvelles chaussures de course pour remplacer celles qui ont reçu un déluge d’eau et qui sentent, depuis, le poisson pourri. J’attends que l’orage soit passé. Il pleut tellement que le seul fait de courir jusqu’à ma voiture qui est garée devant la maison me mouillerait autant que ma récente promenade en vélo chez mon frère. Il faut dire que mes chaussures ont de toute façon besoin d’être changées parce que je les ai portées presque tous les jours de la dernière année. Mes expériences dans les plates-bandes et le paillis ont peut-être aidé, je l’avoue, à les vieillir prématurément.
L’autre décision a trait à ma collection de toiles. J’ai décidé de reproduire celle dont la photo apparaît ci-contre, que j’ai vendue il y a trois ou quatre ans. Je m’en ennuie. J’ai trouvé la femme casquée tellement belle, quand je suis tombée sur elle hier par hasard en classant des photos sur mon ordinateur, que j’ai copié le fichier sur une clé USB pour la faire imprimer sur canevas selon le procédé dit de giclage. Je devrais la recevoir à la fin du mois d’août, non pas qu’il faille un mois entier pour faire imprimer, mais parce que ce sont en ce moment les vacances de la majorité des travailleurs et, donc, l’imprimerie est fermée. Quand elle va rouvrir, je partirai pour ma part quelque deux semaines aux Iles-de-la-Madeleine. Si le résultat ne me satisfait pas, je vais avoir envie de retoucher les masses ici et là pour leur donner de la vigueur, de la texture, de l’éclat. Ce n’est que maintenant que ma femme casquée me semble avoir de la valeur. Quand je l’ai vendue, je n’ai pas su si la dame l’achetait parce qu’elle l’aimait ou parce qu’elle avait un peu pitié de mon coup de pinceau naïf et maladroit. Je constate que ma toile n’est pas signée. Habituellement, je signe à gauche, avec un fin pinceau trempé dans l’acrylique noire. Mais comme le côté gauche de ma toile est déjà couvert d’un fond noir, je vais devoir signer avec une couleur pâle. Ça ne me tente pas. Ça ne me tente pas non plus de signer en noir à droite, dans la couleur lilas du corsage. Compte tenu des vacances et de mon départ aux Îles, j’ai encore quelques semaines pour y penser.
Je mesure, depuis que j’ai découvert le talent de Gaétan Soucy, –certains critiques littéraires ont parlé d’un chef d’œuvre– à quel point je fais bien de ne pas me réclamer de la grande famille des écrivains. Disons que je me réclame de la famille encore plus grande des écrivains amateurs. Je suis une écrivaine du dimanche, une Rousseau de la peinture en écriture –encore que Rousseau ait été réhabilité ces dernières décennies–, une écrivaine au couvre-chef d’agricultrice sur mon compte Twitter, une bonne artisane des mots, une artisane, il faut que je me donne ça, qui essaie de faire de son mieux presque tout le temps par rapport à mon projet bloguéen.
Les premières pages du récit de Soucy requièrent un mini-effort parce qu’il faut se familiariser avec le vocabulaire et surtout le rythme, en ce sens que le récit est raconté à travers l’univers mental du fils –qui est en fait une fille–, raconté comme on raconte oralement avec une syntaxe chaotique, et non comme on revient sur le texte pour le peaufiner quand on privilégie une approche écrite. Le texte est écrit d’un seul souffle, dans l’urgence, je ne sais pas encore pourquoi, je vais le découvrir ce soir, en dévorant les prochains chapitres. Si je dévore trop vite, je n’aurai qu’à relire les chapitres dévorés pour les déguster, plus épicuriennement, une deuxième fois.
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