Jour 1 085

Telle que j'étais à 12 ans, ce serait trop jeune pour la photo nécrologique.

Telle que j’étais à 12 ans. Ce serait trop jeune pour la rubrique nécrologique.

J’en ai déjà fait mention dans mes textes précédents. Si je mourais, j’aimerais qu’on fasse circuler une photo de ma personne, sur Facebook ou dans les journaux, telle que j’étais dans les derniers mois de ma vie, et non telle que j’étais quand je possédais encore un peu de jeunesse, admettons à quarante ans, au mi-temps.
Selon cette logique, il me semble que je devrais me rendre au conventum les cheveux non teints car je les teins rarement, sans maquillage car je me maquille rarement, et habillée avec un souci d’élégance et de raffinement, mais pas trop. Comme ça, les gens que je n’ai pas vus depuis quarante ans pourraient mesurer à quel point j’ai ou je n’ai pas changé.
Je pense que je vais teindre mes cheveux demain matin malgré tout. J’ai toujours besoin d’un coup de pouce pour me décider à le faire, et le conventum est en ce sens un excellent coup de pouce. Je ne me maquillerai pas parce que les microparticules de poudre ou de crème me brûlent les yeux et me font pleurer. Quoique, à l’opéra, j’étais maquillée et cela ne m’a pas fait pleurer. J’ai pleuré, mais ce n’était pas à cause du maquillage, c’était à cause du sentiment amoureux que portait en lui Vallier comme un trésor trop grand qui donne le vertige et fait basculer. Je vais donc y penser, pour le maquillage. Il me reste deux jours pleins pour y penser. Je vais porter du rouge à lèvres à mon arrivée, me basant sur le fait qu’il va disparaître de lui-même de toute façon, à force de parler et de boire et de manger. Je vais porter la même tenue que celle que je portais à l’opéra, une tenue tout en noir, pantalons, chaussures, débardeur, veste.
Qu’est-ce qui pourrait arriver –de catastrophique– qui me ferait dire que cette soirée fut ratée ? Il pourrait arriver que personne ne me parle, que tous les participants se soient ligués contre moi avec la volonté délibérée de m’ignorer. Il me semble que c’est impossible. Il pourrait arriver que je ne sois pas accueillie par les gens auxquels je vais avoir envie de parler. Ça, c’est possible, en ce sens que plusieurs vont privilégier avoir des conversations avec les amis d’autrefois, or je n’avais presque pas d’amis. Il pourrait arriver que je me sente épuisée physiquement à peine la soirée sera-t-elle commencée. Ça aussi c’est possible, surtout que vendredi je vais me rendre à Montréal pour une fête, le soir, mais j’ai l’intention de revenir tôt.
Si les choses se passent mal lors du conventum, je vais disposer du parcours entre le Séminaire et l’appartement de Bibi pour pleurer et m’épancher sur mon malheur. Je vais effectivement dormir chez elle, sachant que le brunch nous attend le lendemain matin à 10h30. Ce n’est pas très long comme parcours, me rendre chez Bibi, ce ne sont que quelques coins de rue seulement. Je me demande quand est-ce que j’ai eu l’occasion de marcher, à minuit passé, seule dans la ville de Joliette ? Je ne serais pas surprise que ce soit il y a quarante ans !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 1 085

  1. Jacques Richer dit :

    Tu pourrais aussi sortir de là saoule, te perdre dans les rues de Joliette…

    Aimé par 1 personne

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