Jour 1 089

Bien assise dans ma loge de la salle Wilfrid-Pelletier, j’ai passé le premier dix minutes à essayer de situer l’histoire dans son contexte pour partir du bon pied. Nous avons rencontré des gens à l’entrée de la salle, Bibi et moi, et à cause de ça nous avons manqué de temps pour lire le synopsis comme il faut.
En fait, c’est moi qui ai rencontré une personne à l’entrée de la salle, une personne que je vais revoir samedi prochain le 4 juin au conventum, une personne que je n’avais pas vue depuis des années, et dont je pensais qu’elle m’en voulait par rapport à quelque chose qui a eu lieu bel et bien. Or, nous avons été enchantées de nous voir, nous nous sommes enlacées, et cela nous a presque soulagées de nous retrouver, en ce sens que nous avons vécu l’événement comme une mini-préparation aux retrouvailles qui s’en viennent.
Je me suis laissée influencer par une journaliste dont j’avais lu la critique la veille qui trouvait que l’œuvre, j’en reviens aux Feluettes, exigeait beaucoup d’attention et de concentration de la part du spectateur, mentionnant même que trop c’est trop. Je ne suis pas d’accord avec elle. À l’opéra, l’histoire se déroule lentement et on a le temps de voir venir les aboutissements.
Deux chanteurs sont nécessaires pour interpréter certains personnages, quand ces derniers interviennent dans l’histoire à différents moments de leur vie, étant jeunes et étant à l’âge adulte du temps du récit. C’est le cas notamment de l’évêque, celui qui a tout à se reprocher. C’est le cas aussi de Simon, le personnage principal, mais pas de Vallier, Vallier qui est la brebis habitée par un amour pur pour Simon, amour qu’il vit telle une dévotion.
Comme je l’ai savamment expliqué hier, l’opéra nous place d’entrée de jeu dans une mise en abyme, en ce sens que l’on assiste sur scène à une pièce de théâtre interprétée par les personnages quand ils étaient jeunes, au collège de Roberval. C’est une pièce de théâtre dans laquelle on chante, bien entendu, puisque nous sommes à l’opéra.
Au bout des dix minutes auxquelles j’ai fait référence en début de texte, quand la musique a fini par prendre le dessus sur ma personne inquiète de ne pas comprendre, j’ai retenu un air dont les mots sont les suivants mais peut-être pas en ordre : Je te crée, je te compose, je te fais vivre, je te tue. Et je te ressuscite.
– C’est donc bien beau !, me suis-je dit en laissant couler une larme.
À partir de ce premier déclic, l’émotion s’est installée au premier plan dans ma personne, et je n’ai plus été portée que par la musique, la beauté des voix et la grâce du jeu des acteurs, particulièrement le jeu de Vallier.
Jacques-Yvan m’avait dit que la musique était un mélange de contemporain et de rock, or je n’ai pas trouvé où était le rock –et Emmanuelle non plus. La musique que l’on peut qualifier de contemporaine mais d’un contemporain apprivoisé, pas dissonant mais un peu imprévisible car ce ne sont pas les enchaînements mélodiques habituels qui nous portent, est traversée de tableaux musicaux qui m’ont fait penser aux compositions de Debussy.
En fin de spectacle, je suis allée saluer les artistes dans les loges. J’étais pas mal ébranlée –et démaquillée– par les sentiments déchirants que nous fait vivre l’histoire. Heureusement, j’ai trouvé les artistes très joyeux, très énergiques, excités, pas souffrants pour une miette, et cette confrontation à la réalité m’a fait le plus grand bien. Une personne que je connais parmi les artistes m’a dit quelques mots, en fait deux mots, qui m’ont complètement bouleversée. J’ai pleuré et hoqueté dans ses bras, et cela aussi, c’est peut-être difficile à croire mais c’est vrai, m’a fait le plus grand bien.
Pour me remettre de ce concentré d’émotions vécu en quelque trois heures, je suis revenue chez Emma à pied, par la rue Sherbrooke, c’est une bonne trotte.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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