Je n’ai pas pu résister à l’appel de la plate-bande qui me demandait un peu d’amour. Je suis allée chez la coiffeuse en matinée à Rawdon. C’est quand même assez loin, 40 minutes de route, pour 20 minutes de coupe, et encore 40 minutes de route au retour. Je pensais que ça me plairait, changer de village pour changer d’air, une fois aux deux trois mois –je ne me coupe pas les cheveux bien souvent. Maintenant, je trouve que c’est trop de route pour rien. Je vais donc quitter ma coiffeuse, que j’aime parce qu’elle coupe bien les cheveux et qu’elle s’appelle Emmanuelle, comme ma fille. Je vais changer de coiffeuse et m’en trouver une au village, à sept minutes d’ici en bicyclette ou à deux minutes en auto. Pour réussir cet exploit, je vais m’y prendre comme Anne Hébert, d’après le titre de la biographie de Michel Gosselin que je suis en train de lire, à savoir En route, et pas de sentiment. C’est ce que j’ai fait pour Nicky, en route et pas de sentiment, et cela pèse moins lourd au final, dans ma vie et dans celle de Denauzier, que l’inverse. L’inverse consiste à tergiverser, à avancer et à reculer, à répéter mille fois la même chose sur tous les tons, exclamatif, interrogatif, dubitatif, affirmatif… sans jamais conclure. C’est donc ma nouvelle devise. Quand je vais quitter la maison pour me rendre au conventum, le 4 juin prochain, la peur au ventre, anticipant le pire rejet de la part de tous ces gens qui sont certainement tous gentils, je vais me dire ça, En route et pas de sentiment, maudit bâtard ! Après la coiffeuse, j’ai acheté des géraniums et des bégonias et je suis revenue à la maison. Nous avons mangé dehors, sur la portion de la terrasse qui est couverte d’un gazebo et nous protège approximativement des moustiques. Dans le champ immédiatement voisin à la maison, le cultivateur épandait du fumier, ça sentait merveilleusement bon. Je pense que Denauzier a accepté qu’on mange dehors, dans cette odeur, uniquement pour me faire plaisir. Il espère peut-être que l’an prochain, quand je serai un peu plus habituée à la vie à la campagne, je me comporterai moins en touriste pâmée par l’odeur du fumier. Au menu de ce jour d’aujourd’hui, nous avions notre pain de viande cuisiné la semaine passée, qui était rendu pas mal sec, mais que j’ai humidifié dans un restant de soupe à la tomate cuisinée elle aussi la semaine passée, que j’ai transformée en coulis. Quand même, c’était très acceptable. Puis, j’ai voulu écrire mon blogue. Denauzier m’a conseillé de commencer par les fleurs, parce qu’il avait entendu à la télé qu’on annonçait de la pluie en après-midi. Je suis donc allée travailler dehors, habillée comme je l’étais hier, mais je n’ai pas forcé à quatre pattes dans la terre après la toile géotextile pour ne pas m’épuiser. À la place, j’ai planté les fleurs que je venais d’acheter dans les pots que j’ai trouvés ici et là, sous la galerie, dans le garage, derrière la maison. La propriété est tellement grande, cependant, que ça ne paraît presque pas que j’ai tenté d’égayer l’espace avec quelques touches de rouge et de rose. Il va falloir doubler, voire tripler la quantité de fleurs pour que ça paraisse.
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