J’ai rêvé que nous étions le jour du conventum. Je me réjouissais à l’idée de rencontrer tout un tas de monde en soirée avec lesquels j’étais convaincue que je passerais du bon temps. Je n’étais pas habillée comme lorsque je vais corder du bois, c’est-à-dire en habitante, avec ma tuque et mes mitaines rayées. Je portais une robe, une tenue simple mais jolie comme j’en portais du temps que je travaillais à l’université. Une amie m’accompagnait. Ce n’est que dans les rêves qu’une telle chose bénie du ciel peut se produire, dans la mesure où je ne vois pas qui pourrait être cette amie du Séminaire qui m’accompagnerait le 4 juin prochain. Une amie m’accompagnait qui est une collègue de l’université où j’ai travaillé. Nous avons en commun, elle et moi, des études en arts plastiques.
Nous étions soudainement rendu le soir et le conventum commençait. Nous choisissions Nathalie et moi –c’est son vrai prénom–, des places assises parmi les meilleures pour voir passer les gens et les saluer à l’entrée de la grande salle où avait lieu l’événement. Voyant un groupe de garçons se former, je me dirigeais vers eux pour entamer une conversation, mais après les échanges d’usage de type : bonjour, je t’ai reconnu, comment ça va ?, qu’es-tu devenu ?, il ne se passait rien. Je retournais donc m’asseoir et disait à mon amie que bientôt la gêne allait céder la place au plaisir et nous entamions donc, elle et moi, l’attente qui allait nous mener au plaisir.
Or, ce dernier n’arrivait pas, et je commençais à me sentir triste, triste et responsable de mon sort en ce sens que ce n’était pas surprenant que personne ne vienne vers moi, puisque je n’étais allée vers à peu près personne pendant mes cinq années d’études dans le temps réel de ma vie d’adolescente à l’école secondaire. Donc, j’étais triste et responsable de mon sort et je commençais à trouver que j’aurais dû m’habiller autrement, peut-être, ou me faire couper les cheveux plus courts, ou moins courts, ou mettre du vernis à ongles, je me perdais dans mille tracasseries sans importance qui m’auraient peut-être donné des chances d’être plus populaire, d’attirer deux ou trois personnes.
Des groupes commençaient à se former, autour de Nathalie et moi, des voix commençaient à s’élever et des bouteilles de bière à s’ouvrir. La tristesse était en train de céder la place à la honte de n’avoir personne à présenter à mon amie. Elle ne venait pas au conventum pour draguer, mais j’aurais espéré lui faire vivre une belle soirée joyeuse. Dans un des groupes autour de nous, je remarquais alors mon ancien amoureux, nous étions dans la même classe en secondaire deux. Il portait une veste à queue et un nœud papillon, exprimant ainsi qu’il appartenait à un univers plus prestigieux que le mien. Le voyant, mon cœur de mère ne pouvait s’empêcher de penser que mon ancien amoureux avait besoin, sans attendre ni une ni deux, de recevoir un cataplasme de moutarde sur ses cheveux parce qu’il les perdait. Pendant qu’il parlait avec des amis, j’arrivais avec mon pinceau à badigeonner les grosses dindes et je lui appliquais une bonne quantité de ma mixture sur le dessus de la tête. Est-il nécessaire d’exprimer qu’il n’était pas enchanté.
Il me reste encore quelques nuits, une trentaine, pour apprivoiser l’événement. En attendant, j’ai installé mes fraises sur le dessus de la tête de mon deuxième échassier, comme on le voit sur la photo en début de texte. Apparaît aussi sur la photo un extrait des notes de physique écrites de la main de ma chouchounette chérie. Cela me réconcilie avec la vie.
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