Jour 1 124

Mon diptyque d'échassiers, un aux raisins et l'autre aux fraises.

Mon diptyque d’échassiers, l’un aux raisins et l’autre aux fraises.

J’ai la tête au conventum, mais pas juste à ça. J’ai eu une bonne partie de l’après-midi la tête à mes deux échassiers ci-contre, que j’ai terminés en écoutant Scheherazade. Scheherazade, c’est ma manière d’aujourd’hui d’avoir la tête à ma fille, qui a joué flûte solo dans cette œuvre il n’y a pas tellement longtemps à St-Lambert. Le conventum revient à mon esprit quand je constate qu’il n’y a presque pas de femmes dans l’orchestre que j’écoute –et que je regarde sur YouTube–, à savoir l’orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Valery Gergiev. Il porte une veste de complet qui a l’air fripée, les cheveux un peu longs et très clairsemés, il aurait donc besoin d’un cataplasme à la moutarde de ma confection, il dirige sans baguette et, au bout de cinq mesures, il dégouline de sueur.
Je remarque des cheveux longs blonds dans la dernière rangée des violonistes, ça fait une femme. La harpiste est femme aussi, ça fait deux, et elle ressemble je trouve à l’héroïne de Un + Une de Lelouch, Elsa Zilberstein. Le conventum, ou plutôt le Séminaire, se présente à mon esprit quand je constate cette minorité féminine parce qu’une musicienne de notre cohorte vit en Allemagne, elle y a fait sa vie d’adulte. Pendant la dernière année de l’école secondaire, elle étudiait au Conservatoire, à Montréal, et ne faisait que deux choses dans sa vie, soit terminer son secondaire et pratiquer son instrument. Je ne laisse pas entendre qu’elle n’avait pas de vie et que je n’aurais pas voulu être à sa place, au contraire je l’aurais voulu parce qu’elle était mue par la passion et par son talent. Nous étions assises en classe dans la même rangée, peut-être, parce que je me rappelle qu’elle m’avait touché l’épaule pour que je me tourne vers elle. Elle voulait me montrer qu’à force de pratiquer, la veille, elle s’était fait une ampoule à l’index de la main gauche ! Toujours est-il qu’elle a passé sa vie en Allemagne, elle y a eu ses enfants, elle y a fait sa vie professionnelle, dans un univers d’hommes. Elle a appris la langue, forcément. Je pense à elle et je m’élève. J’aime penser aux gens qui me semblent avoir réussi leur vie. Je suis peut-être titillée légèrement par la jalousie, mais le titillement ne pèse pas lourd dans la balance par rapport à l’inspiration que me donnent ces personnes.
Sur le plan plus modeste de mes talents d’artiste plasticienne, j’ai pris la photo de mes échassiers dehors tout à l’heure, sur la terrasse, en m’assurant d’avoir le soleil dans le dos. J’ai travaillé sur l’échassier aux fraises cet après-midi, l’autre est terminé depuis quelques jours. Je suis particulièrement fière de la quenouille que j’ai installée dans la portion inférieure, à droite, près de l’une des deux pattes.
J’aime ma fille –elle m’a téléphoné tout à l’heure. J’aime penser à ma vie passée en écoutant Scheherazade et en peignant mes échassiers. J’aime, beaucoup, mes échassiers.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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