Jour 1 139

Ce matin j’ai téléphoné à ma grande sœur pour l’informer qu’il ne serait pas possible d’aller voir demain le Lelouch dernière cuvée, Un + Une, comme nous l’avions prévu, pour la bonne et simple raison que le film ne sera pas à l’affiche.
– Comment vas-tu ?, lui ai-je demandé tout de go.
– Merveilleusement bien, a-t-elle répondu. Je suis transportée par la lecture du livre que tu m’as prêté (je le lui ai prêté hier), je viens de le terminer. C’est incroyable à quel point c’est bon. Ça fait longtemps que j’ai eu entre les mains un livre aussi bon. Merci de m’avoir fait découvrir l’auteur.
Fidèle à mon tempérament orgueilleux et compétitif, j’ai été traversée par quelques vibrations de jalousie en entendant ces éloges à l’égard du roman Le nid de pierres de Tristan Malavoy. Ce n’est pas parce que ma sœur a aimé le livre alors qu’elle ne lit pas mon blogue, que j’ai été titillée par la jalousie. C’est parce que je me rends compte que je ne suis pas habitée par la sensibilité artistique qui me permettrait de comprendre les différents niveaux de sens des œuvres en général. Ce ne serait pas si grave si je ne me réclamais pas quelque parenté avec le milieu des arts, mais puisque je m’en réclame, c’est catastrophique.
– J’imagine, a ajouté ma sœur, que tu l’as adoré aussi.
Je lui ai prêté le livre hier en lui disant que, pour ne pas influencer sa lecture, je préférais ne rien commenter.
– Je trouvais que par moments vous aviez un peu le même style, l’auteur et toi, a ajouté Bibi. Alors je me suis dit que tu devais aimer. Te rappelles-tu lorsque j’habitais sur le boul. Gouin, nous avions lu ensemble ton mémoire de maîtrise ? Il y avait le même phénomène d’emprunt entre les niveaux de récit ?
Silence au bout du fil, parce que, évidemment, je ne me rappelle pas. Je cherche dans ma mémoire mais rien ne vient.
– Figure-toi que je n’ai rien compris, ai-je fini par répondre. J’ai même écrit à Tristan Malavoy, il est mon ami Facebook, pour lui exprimer que je n’avais pas bien compris, en espérant qu’il me donnerait peut-être en réponse quelques pistes de lecture…
– Tu n’as rien compris ? Mais c’est facile à comprendre. L’histoire du personnage principal, Thomas, se confond au fur et à mesure du texte avec celle des créatures et des phénomènes des légendes abénaquises. Pour un premier roman, c’est impressionnant, c’est parfaitement maîtrisé. Juste bien dosé.
– Mince ! Je n’ai même pas réussi à adhérer au premier niveau de l’histoire parce que je trouvais que les dialogues entre les deux personnages, Thomas et sa blonde, sonnaient faux. On aurait dit des dialogues de jeunes adolescents qui n’ont pas encore vécu, il n’y avait pas de densité… Je trouvais le texte aseptisé, sans saveur, sans profondeur…
– C’est peut-être voulu de la part de l’auteur pour transmettre à quel point Thomas est incapable de se projeter dans le temps présent et dans le réel de sa propre histoire ? Il est happé par les phénomènes mystérieux des légendes au point de ne plus être capable d’interagir, il s’isole… Et le lien avec son frère homosexuel m’a renversée…
– Justement, celui-là, je me suis demandé qu’est-ce qu’il venait faire dans l’histoire !
Bibi m’a expliqué qu’est-ce que le frère homosexuel venait faire dans l’histoire, mais j’étais tellement troublée de n’avoir rien compris que j’ai encore plus mal compris. Autrement dit, je n’ai rien retenu des explications de ma sœur ! Ce n’est pas grave parce que demain nous allons nous voir, film pas film, et nous allons en reparler.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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