Jour 1 140

Aujourd’hui je suis retournée au café Van Houtte du centre-ville de Joliette y rencontrer le jeune traiteur –il n’a que 28 ans–, qui m’a remis une soumission pour l’événement Retrouvailles du 4 juin. Il m’attendait et son café était d’ailleurs tout bu lorsque je suis arrivée, pourtant je n’étais pas en retard. Étant donné que nous ne nous étions jamais rencontrés, je lui avais dit au téléphone que j’approchais de la soixantaine et que je ressemblais à une personne qui approche de la soixantaine. Je m’attendais à ce qu’il me demande à quoi ressemble une personne dans la soixantaine, mais il m’avait plutôt répondu qu’il avait les cheveux et les yeux bruns, ce qui m’a beaucoup aidée à le reconnaître ! En fait, je l’ai reconnu tout de suite à cause des chemises cartonnées qui étaient déposées sur la table devant lui et qui ressemblaient à des soumissions. Je l’ai aussi reconnu à son âge, les chemises cartonnées n’étant pas déposées devant un vieillard.
Nous avons principalement discuté menu et prix, mais à la fin de notre rencontre nous avons pris quelques minutes pour converser.
– Ce doit être difficile de démarrer une entreprise par les temps qui courent, ai-je demandé, surtout avec les prix des aliments qui ne cessent de monter.
– Ce n’est pas facile, a répondu le jeune homme. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de déménager. Là où je vais m’installer, il y a un grand terrain et je vais faire pousser mes légumes. Et me construire un fumoir.
– Lorsqu’on s’intéresse à l’alimentation comme vous le faites, ai-je poursuivi, est-ce que chaque repas est important ?
– Que voulez-vous dire ?
– Est-ce que ça vous arrive de ne pas avoir envie de cuisiner et de ne manger qu’un bol de céréales, pour souper, ou un bol de soupe en boîte, ou seulement des biscuits soda ?
– Je pense que je n’ai jamais mangé de biscuits soda et je n’achète pas de conserve ! Quand je travaillais dans les restaurants, a-t-il ajouté, et que je faisais des journées de douze heures, je ne mangeais rien de la journée, j’étais trop stressé. Quand j’arrivais à la maison, j’étais trop fatigué pour manger. Je me contentais d’une bière. Alors que tout le monde pense qu’on grossit, quand on travaille dans des cuisines, moi j’ai maigri ! Et je ne suis pas le seul.
– Quel est votre plat préféré ?, ai-je aussi demandé, en ayant l’impression d’être une journaliste qui mène une interview.
– Avec les années je deviens de plus en plus zen. Des légumes bouillis, souvent, me suffisent. Plus jeune je vous aurais répondu le caribou, mais c’est de moins en moins vrai.
Les mots « Plus jeune » m’ont fait sourire.
– Ça fait vraiment quarante ans que vous ne vous êtes pas vus, à l’Académie ?
– Exact. On a terminé nos études secondaires en 1976. Dans le temps, ça ne s’appelait pas l’Académie mais le Séminaire, ai-je précisé.
– Je vous souhaite d’en profiter. C’est un peu bête ce que je vais dire, mais quarante ans c’est l’histoire d’une vie. Vous ne pourrez pas répéter l’événement dans un autre quarante ans, ça c’est sûr !
– En même temps, ai-je répondu, quarante ans, c’est un claquement de doigt.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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