D’où il ressort que lors de mon décès, j’aimerais que ce soit une photo récente de ma personne qui paraisse dans les rubriques nécrologiques, et non une photo ancienne qui reproduirait la quintessence de ma beauté d’autrefois !
Quand j’ai su que ma grand-mère Yvette, alors âgée de 93 ans, avait reçu un diagnostic de cancer, j’étais allée la visiter dans sa chambrette. Elle habitait dans l’établissement qui était dirigé à l’époque par les religieuses, à côté du Palais de justice, à Joliette. J’avais pris des photos d’elle. Je lui avais demandé si je pouvais prendre quelques photos d’elle et, ne m’entendant pas, je m’étais décidée à en prendre sans sa permission. J’étais en compagnie de ma fille, qui était âgée d’un gros deux mois, et qui s’était mise à pleurer fort comme jamais je l’avais entendue pleurer fort.
– Qu’est-ce qu’on entend ?, avait demandé grand-maman en tournant la tête à droite et à gauche.
J’avais réussi à la prendre en photo au moment où elle formulait sa question. Ses yeux, sur la photo, apparaissent tels deux points d’interrogation. Le visage marqué par les rides, le regard vif et curieux, ma grand-mère me semble aussi belle sur cette photo qu’à disons soixante ans. Elle est cependant beaucoup plus menue.
– J’ai une photo toute récente de grand-maman !, m’étais-je exclamée au sein de ma famille quand était venu le temps de choisir une photo pour la rubrique nécrologique.
Personne n’en avait voulu ! C’est une photo plus ancienne, représentant une image corporelle moins marquée par l’usure du temps, qui avait été publiée. Du coup, je n’avais pas reconnu ma grand-mère !
Quand papa a commencé à se faire vieux, j’ai pris soin de prendre régulièrement des photos de lui, des fois qu’on décide en famille de publier, toujours dans les rubriques nécrologiques, des photos récentes. Maintenant, j’ai trop de photos de papa et comme, à maintenant 86 ans, il est de moins en moins expressif, son regard ayant perdu de son acuité, contrairement à celui de sa mère, je pense que, contre toute attente, je préfère les photos plus anciennes où il semble moins absent. Ses mains, cependant, sont toujours aussi expressives. L’autre jour, il me racontait quelque chose qui nécessitait un calcul, alors de l’index droit il comptait sur les doigts de sa main gauche, exactement comme il l’aurait fait il y a quarante ans. Il a encore la même voix, mais certains jours elle est altérée par la maladie de Parkinson, il articule plus difficilement ces jours-là.
Il n’empêche qu’avec son frère, son jeune frère de 82 ans, nos deux hommes se sont rendus dîner à la cabane à sucre, seuls en voiture, la semaine dernière. Ils sont revenus en fin d’après-midi parce qu’au retour ils se sont trompés de chemin. Bibi était pas mal inquiète, mais papa était enchanté de sa journée !
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