Jour 1 150

Il a deux trous rouges au côté droit mais sur la photo ça ne paraît pas.

Il a deux trous rouges au côté droit mais sur la photo ça ne paraît pas.

J’ai rêvé que je lançais ma robe de chambre bleu ciel dans une piscine. Je la voyais s’enfoncer lentement à travers l’eau jusqu’à se déposer à plat dans le fond, les manches formant une croix (nous avons écouté hier soir une moitié de film traitant de l’exorcisme dans lequel il y avait moult croix). Ma robe de chambre porte fièrement les initiales brodées RL pour Ralph Lauren à la hauteur de la poitrine, sur la pochette  gauche. Je l’ai achetée chez Eaton ou à la Baie il y a de cela des siècles, en laine polaire –faite de polyester à 100%.
C’est plus fort que moi et je ne résiste pas : la nostalgie du passé m’amène à écrire tous ces détails. Je me revois dans les premières années de ma vie montréalaise quand, à moitié morte après le travail le vendredi soir, il m’arrivait d’aller me détendre dans les grands magasins, le plus souvent n’achetant rien, mais retirant de ces sorties, seule, un grand bienfait. Flânant lentement entre les allées, j’étais le Dormeur du Val de Rimbaud dans la bouche de Charlebois : «Je ne parlerai pas, je ne penserai rien, mais l’amour infini me montera dans l’âme.» Je ne parlais ni ne pensais, effectivement, mais je ne saurais dire, hormis le vide comme dans l’expression faire le vide, qu’est-ce qui me montait dans l’âme. Ma fille s’en allant sur ses vingt ans, je fais référence ici à un passé ancien, car à partir du moment où elle est née, je n’ai plus eu accès à ces soirées de détente et d’évasion dans les grands magasins.
J’ai rêvé, donc, que je lançais ma robe de chambre dans une piscine publique et, comme si cela ne suffisait pas, c’était ensuite toute ma personne, habillée de la tête aux pieds, que je lançais à l’eau. Ce faisant, plouf !, je déplorais qu’il allait forcément se trouver des gens pour critiquer et me dire de sortir. A-t-on idée de contaminer l’eau chlorée avec des vêtements sales et, surtout, des chaussures. Je restais quand même quelques secondes à me laisser flotter et à profiter du rafraîchissement que me procurait ma mini baignade. Il devait donc faire chaud, dans mon rêve. Je me disais, m’apprêtant à sortir avant que les critiques fusent, que j’allais sécher en deux temps trois mouvements. Je m’agrippais déjà à l’échelle et m’extirpais de l’eau, tout en me demandant, perplexe, comment ça se faisait qu’il n’était pas possible, de façon générale, sans avoir à se cacher ou à se justifier, de sauter dans une piscine tout habillé. Ma question prenait de l’ampleur comme je mettais le pied sur bord de la piscine et j’en étais à me demander comment ça se faisait qu’une personne, née avec un tempérament un peu artiste et bohème, se sent souvent coincée par les règles et les obligations de toutes sortes. Mais sauter dans l’eau tout habillé est-il vraiment nécessaire, me demandais-je encore, ou n’est-ce pas le prétexte idéal pour me plaindre que je suis brimée. D’où il ressort que, fondamentalement, je ne m’en sors pas et il n’y a rien à y faire : je m’interroge nuit et jour.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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