Pour m’occuper hier pendant que je toussais et que le nez coulait, j’ai avancé mon projet de peinture à numéro. Je n’y avais pas touché depuis le 23 février dernier, lorsque nous sommes allées Bibi et moi passer une journée d’arts plastiques chez notre amie à Laval. Il faut avoir beaucoup de patience pour la peinture à numéro. Ou, autre manière d’aborder la chose, il ne faut pas avoir envie de finir vite. Or, j’avais envie de finir vite pour offrir le chevreuil à mon neveu qui se cherche des œuvres pour un encan silencieux et l’encan a lieu ce samedi. J’abordais le projet en voulant qu’il soit le plus rapidement possible derrière moi, sans me préoccuper trop trop du résultat, ou, plus exactement, sans me préoccuper d’avoir ou non du plaisir en peignant. Je me suis appliquée, cela dit, j’ai vraiment fait de mon mieux. C’est très minutieux, c’est dur pour les yeux, et c’est sans surprise aucune car tout est décidé d’avance. Néanmoins je suis contente –et je le serai encore plus quand j’aurai fini– de m’être lancée là-dedans pour l’expérience de l’avoir fait une fois dans ma vie. Je ne comprends toujours pas que le jeu soit destiné à des enfants de huit ans et plus.
– C’est long en titi !, me suis-je exclamée au bout de plusieurs heures de petites taches de neige sur les branches et sur l’animal.
– Il ne faut pas avoir envie de finir vite, chérie, m’a simplement répondu Denauzier, qui me connaît mieux que je ne le pense.
– Qu’est-ce qui est arrivé à ton chandail ?, a enchaîné mon mari.
J’avais une tache gris foncé sur mon chandail gris pâle, à la hauteur de la poitrine.
– C’est le nez qui a coulé, ai-je répondu, un peu mal à l’aise. Ça ne servait à rien d’essayer de l’essuyer, j’y aurais passé l’après-midi, ai-je senti nécessaire d’expliquer pour me justifier.
J’ai peint mon chevreuil, effectivement, en me disant que c’était une activité zen pour les enrhumés. On laisse couler le nez sans s’irriter les narines et sans trop se rendre compte qu’on est mal en point. Il suffit de se concentrer sur les couleurs –et de changer de chandail quand l’activité est terminée.
J’aime le sujet, l’animal me semble racé, son regard est expressif, son maintien altier. Je pourrais bien sûr essayer d’en dessiner un moi-même et de le peindre ensuite. Le matériel cependant est de mauvaise qualité : il ne s’agit pas d’une toile mais d’un carton qui absorbe mal le blanc, et les numéros de couleur sont difficiles à couvrir, j’ai beau passer et repasser le pinceau sur les petits chiffres, particulièrement l’orangé, les numéros des couleurs restent visibles. Le modèle initial est très différent, je le mettrai en ligne demain, tout y apparaît dans les teintes de gris et de beige, parce qu’il aurait fallu que je mélange un peu de no 37 avec du no 20, et du 25 avec du 28, et je n’en ai pas eu la patience. Mais je pense que je préfère ma version aux couleurs psychédéliques.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
