Ça y est, j’écris le millième texte de mon blogue aujourd’hui. Il ne m’en reste que mille deux cents à écrire sur une période à venir de cinq ans. Pour respecter mes prévisions initiales, il faudrait que j’écrive cent textes d’ici la fin avril, de manière à entamer ma sixième année d’écriture en ayant derrière moi la moitié des textes à produire. Où en suis-je, après mille textes ? Où en serai-je, fin avril, après mille cent textes ? Au même point, c’est la première réponse qui me vient. Ma pratique d’écriture ne s’est pas tournée vers un autre projet qui aurait pu être, par exemple, un recueil de nouvelles ou un roman. Je m’en suis tenue scrupuleusement à mon projet d’un texte par jour. Je me demande si le fait de vouloir poursuivre à tout prix mon défi d’écriture d’un texte par jour (ouvrable) sur dix ans ne constitue pas un frein au développement d’un projet qui aurait plus d’envergure ou, disons, plus de pages en soi. Je vis depuis cinq ans en me réservant une heure par jour pour écrire mon texte. Si je me lançais dans l’écriture d’un roman, une heure par jour serait-elle suffisante ? La réponse est oui. Mais je ne sais pas pourquoi, il me semble que je devrais alors consacrer trois heures à l’écriture, soit la matinée. Si je me consacrais à l’écriture de quelque chose d’autre que mon blogue, et puisque je ne veux pas abandonner mon blogue, il faudrait que je consacre au total plus de temps par jour à l’écriture. Or j’ai ce temps. J’ai donc raison d’écrire ci-haut qu’après mille textes j’en suis au même point, j’écris un texte par jour et c’est tout. Si j’écrivais un projet parallèle, tel un recueil de nouvelles, je pourrais utiliser le texte par jour du blogue pour commenter la « récolte » d’écriture de la journée, pour exprimer mes questionnements, mes doutes, mes réflexions. Le texte du blogue pourrait devenir une sorte de compte rendu, une sorte de journal de bord par rapport à mon projet de fiction. C’est facile à dire (écrire), mais ça ne se passe pas comme ça dans la réalité. Dans la réalité, je me contente de conclure que je n’ai rien à écrire, ou encore que je manque de souffle pour donner naissance à un récit soutenu qui s’étalerait sur plusieurs pages. Depuis cinq ans, je privilégie plutôt la fragmentation, et l’improvisation. Il y a une part de moi qui pense que ce n’est pas plus mal, que ce cadre d’écriture que je me suis fixé a au moins le mérite de me faire écrire –et inventer– tous les jours. Et il y a une part de moi qui émet peut-être des regrets. Cette nuit, en tout cas, j’ai rêvé, il me semble, parce que c’est déjà vague à mon esprit, j’ai rêvé que j’étais une écrivaine. Une écrivaine ? J’étais la première surprise, et flattée, de me présenter ainsi aux gens que je rencontrais pour la première fois. J’étais la première étonnée de constater que c’était effectivement ce que j’étais, c’était effectivement de cette manière que je pouvais me définir face à moi-même et face à autrui. Une écrivaine. Dans mon rêve.
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