Jour 1 199

Bien entendu, il y a d’autres manières d’interpréter mon rapport à l’écriture. Je ne suis pas une écrivaine. On s’entend là-dessus. Je n’ai pas parsemé ma vie d’ouvrages littéraires écrits de ma main, comme Michel Tremblay, admettons, dont je viens de terminer Le premier quartier de la lune, qui est le premier livre que je lis de cet auteur. Je voudrais en lire d’autres. Il ne semble pas y avoir de librairie de livres usagés à Joliette, et la librairie de livres neufs est en lock-out. Je vais donc essayer de trouver des romans de Michel Tremblay lors de mon prochain périple à Montréal. Je ne suis pas écrivaine, donc, mais je pourrais penser que je suis une blogueuse. C’est plus moderne. C’est sexy. C’est un peu techno. Je suis une blogueuse difficile à classer. Je ne couvre pas de chroniques spécialisées en quelque matière, comme Alain Brunet (musique) à La Presse, admettons, ou Josée Legault (politique) au Journal de Montréal. En fin de compte, et de manière bien narcissique, je m’intéresse à moi-même. Je suis le personnage principal de mes textes. J’écris pour exprimer mes questionnements, bien souvent, sans me soucier forcément d’avancer des réponses. Je réfléchis tout haut, pour faire une figure de style. J’utilise ma plateforme publique pour me remettre en question, pour raconter ce que j’ai vu, pour convaincre ma sœur –elle ne me lit pas !– de laisser son mari s’amuser avec l’ordre alphabétique de ses petits verres, pour me vivre mieux, etc. J’aime écrire, alors j’écris. Je ne suis pas poétesse, ni essayiste, ni biographe, ni romancière, ni journaliste… Je suis une artisane de l’écriture, je viens d’inventer ça, sans autre créneau que celui de ma vie.
Mardi dernier, Denauzier et moi sommes allés à St-Lin-des-Laurentides par affaire. J’aime bien accompagner mon mari lors de certains de ses déplacements. Nous allions rencontrer un habitant du coin, une personne dont j’ai tendance à penser qu’elle n’a jamais quitté son patelin. Il s’agit d’un homme. Il habite maintenant la maison familiale.
– Vos parents sont-ils décédés ?, ai-je demandé.
– Oui, les deux, à deux mois d’intervalle. Ma mère était atteinte d’un cancer, elle est morte le 4 mars, l’année dernière, le jour de ma fête.
Le 4 mars, c’est aussi le jour de l’anniversaire de l’un des fils de Denauzier.
– Et votre père ?, ai-je poursuivi.
Il vivait avec ma mère depuis toujours. Ils ont commencé à sortir ensemble à l’école primaire ! Quand il a appris que sa femme allait mourir, il s’est tué en premier, au mois de janvier. C’est moi qui l’ai trouvé pendu dans le garage.
– Mon Dieu ! Ils avaient quel âge ?, ai-je été capable de demander.
– Cinquante-six ans tous les deux.
Denauzier et moi nous sommes regardés, le regard troublé. C’est notre âge ! Dans cette perspective, celui de la vie et de la mort, c’est sûr qu’écrivain pas écrivain, blogue pas blogue… on s’en fiche un peu.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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