Jour 1 202

J’ai l’impression d’avoir fait un rêve important la nuit dernière. Nous étions plusieurs personnes dans une petite maison qui devenait subitement envahie de grains de riz, au point d’étouffer et de faire mourir les gens qui se trouvaient au rez-de-chaussée, et il y en avait beaucoup. Je jetais un coup d’oeil dans l’embrasure de la porte et me rendais compte que les gens gisaient, dans la pièce principale, assis ou étendus à même le sol, sous les monticules de grains. Le simple fait d’être encore en vie, pour ceux, dont moi, qui l’étaient, nous rendait fous de joie. C’est dans un état d’exhubérance subite que je me retrouvais alors, au détour d’un virement de tête, face à face avec le premier amoureux de ma vie –dont je rêve encore régulièrement après quarante ans, c’est dire à quel point il a joué un rôle important. Sur le coup, nous nous regardions sans trop savoir ce que nous ressentions, tout en découvrant presque aussitôt que nous étions passionnément épris l’un de l’autre. Les pensées qui s’entrechoquaient ensuite dans nos têtes nous laissaient figés, incapables de bouger. Plus précisément, nous étions traversés des mêmes pensées, en même temps. Tout d’abord, le passé nous ayant séparés, nos vies s’étant poursuivies et des enfants étant nés d’autres unions, nous ne pouvions pas croire que nos retrouvailles étaient possibles. En même temps, nous ressentions le désir plus fort que tout d’être unis à nouveau, unis dans un amour qui excluait le moindre tourment. Réalisant que c’est ce qui allait nous arriver, vivre l’amour et en être nourris de bonheur, je ressentais une joie enfantine qui me faisait sautiller d’enthousiasme. Nous ne nous embrassions pas à pleine bouche, sitôt au fait, l’un et l’autre, que nous nous étions retrouvés pour toujours. Nous prenions plutôt grand plaisir à nous regarder de manière bienveillante, nous trouvant beaux à l’intérieur comme à l’extérieur. Nous rendions hommage à la vie de nous avoir réunis. J’étais aux anges, d’autant que je découvrais que mon compagnon était débrouillard, intelligent, ingénieux. Il trouvait des moyens d’aider les survivants à se sortir du pétrin, il inspirait confiance, on avait envie de le suivre. Il me suffisait d’être auprès de lui et de l’aimer pour le rendre heureux, de la même manière qu’il lui suffisait d’être auprès de moi et de m’aimer pour que je me sente merveilleusement bien, comme jamais je n’avais été bien dans ma vie.
Ce matin, imprégnée de ce rêve, je me suis rendue au CLSC me faire piquer le bras pour mon test de sang. En sortant de l’édifice, j’ai lu sur une affiche les mots Tu es formidable, le genre d’affiche éducative qui incite à ne pas se dénigrer mais à s’aimer. J’atteins ma voiture dans le stationnement, sous la neige, je m’y engouffre, je démarre le moteur, la radio s’allume aussitôt pour me permettre d’entendre Stromae dès la première seconde : Tu étais formidable.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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