Jour 1 225

J'y suis allée pour un concept.

J’ai contourné mes incapacités.

– Comment tu trouves ?, ai-je demandé à Denauzier, en secouant ma main droite.
J’essayais de la détendre après avoir passé quatre heures à tracer des lignes sur la tasse et la branchette raide. J’ai dû repasser cinq six fois sur chaque ligne parce que j’avais versé trop d’eau pour diluer l’acrylique.
Comme toujours, mon mari prend quelques secondes avant de répondre.
– C’est une bonne idée d’avoir ajouté une tasse de café sur la table, ça remplit l’espace.
Prudent, Denauzier ajoute :
– C’est bien sur une table qu’est déposé le vase ?
– Oui, c’est une table recouverte d’une nappe dont l’imprimé est le même que celui du mur derrière le vase. Je pensais que la tasse serait plus grosse, elle apparaît minuscule à côté du vase, tu ne trouves pas ?
– Pas vraiment. C’est une tasse de café normale, il me semble. Je me demande à quoi sert la fleur au-dessus de la tasse. J’imagine que c’est pour colmater une brèche dans le mur ? Pour colmater de manière poétique ?
Autant mon mari affirme haut et fort ne pas avoir la fibre artistique, autant il me surprend par moments avec ses propositions inattendues.
– Bien… j’ai commencé par tracer des petits points pour habiller les parois du vase le long de la ligne d’horizon, puis j’ai pensé que les petits points auraient besoin de compagnie et je leur ai dessiné une forme végétale qui tient droit dans les airs, par opposition aux lignes courbées du vase. Encore là, il y a un problème de proportion, on dirait que la tige de la branche a la longueur d’un cure-dent…
– Toi, à part la grandeur, comment tu la trouves, la tasse ?
– Figée, raide, sur la défensive, tendue, crispée, malhabile, naïve, elle ne respire pas, elle n’inspire aucun élan, un enfant de cinq ans aurait fait mieux avec cent fois plus de naturel, l’anse a la forme d’une oreille, l’ombre portée ne paraît même pas pourtant j’ai repassé plusieurs fois…
– Stop ! Les nerfs pomponne, on se calme !
Au même moment, le téléphone a sonné. C’était pour moi, j’en ai eu pour plusieurs minutes, par la suite nous sommes allés marchés dans la montagne derrière la maison et de fil en aiguille nous n’avons plus abordé le sujet –délicat– de mon dessin. C’est seulement au moment de me glisser sous les couvertures pour la nuit aux côtés de mon mari que j’ai conclu le sujet :
– Il y a quelque chose par exemple qui a changé, ai-je commencé.
– Qu’est-ce que c’est ?
– J’accepte ma tasse, malgré tout ce que j’ai dit. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais déploré en me dénigrant mon absence totale de capacité. Non seulement je l’accepte, mais je l’aime, ai-je ajouté en enlaçant Denauzier.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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2 réponses à Jour 1 225

  1. Jacques Richer dit :

    allés marcher

    Et qu’y a-t-il dans cette tasse? Du café noir, ou un chocolat chaud foncé?

    J’aime

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