Jour 1 228

Mon récent blitz de textes écrits pendant que Denauzier était parti en week-end de motoneige, qui retrace l’émergence de l’écriture dans ma vie, m’a rendu dépressive. Est-ce que ça vaut la peine que j’écrive si cela me rend dépressive ? J’imagine que oui. Écrire contribue aussi, à d’autres moments, à m’équilibrer, à me rendre vivante, et parfois même à me sentir épanouie. Il me vient une image en tête, écrivant la phrase précédente. Je suis sur le point d’entrer dans mon bureau, à l’université, du temps que je travaillais au service de l’informatique comme rédactrice. Je suis dans la trentaine, Emma n’existe pas encore, et bien que vivant avec Jacques-Yvan, je suis à mille lieues de penser qu’elle existera un jour. Je porte une robe blanche, adéquate pour aller marcher à la plage, mais peut-être pas idéale pour aller travailler. Elle est courte, sans manches, en tissu extensible, de ligne A. Je porte aussi mes jolies sandales rouges. Je suis sur le point de descendre de ma bicyclette avec laquelle j’ai roulé sur le terrazzo du corridor S où se trouve mon bureau, au pavillon principal. J’arrive d’avoir écrit, en matinée, un texte qui fera partie de mon recueil de nouvelles La zébresse. J’avais demandé à mes patrons un horaire particulier qui m’avait été accordé, selon lequel je prenais mes matinées en vacances pour n’aller au travail que les après-midi, pendant un mois ou deux. Je prenais ce temps pour écrire, religieusement, et non pour faire du ménage ou des courses ou autres corvées. À ma première journée d’écriture en matinée, je m’étais installée à mon ordinateur dans un état de grâce tellement j’appréciais avoir du temps pour réfléchir tranquille… jusqu’à ce que les tondeuses à gazon ne viennent rompre le charme dans lequel je baignais ! Au fil des semaines j’avais réussi à écrire quelques textes, dont celui auquel j’avais mis la touche finale le matin même, ce jour de mon arrivée au bureau en robe blanche et en sandales rouges. Je partageais mon bureau avec Irénée, une collègue, qui m’avait adressé un beau sourire me voyant arriver, comme elle le faisait tout le temps. J’étais descendue de ma bicyclette en me demandant qu’est-ce qui me rendait si légère tout d’un coup, si bien dans ma peau, si heureuse de vivre.
– C’est parce que tu viens d’écrire, m’avait répondu une petite voix.
Écrire servirait donc à cela ?, m’étais-je demandé. À me libérer, à m’ouvrir au monde ?
Fallait-il que je sois jeune et naïve, j’aurais préféré qu’écrire m’aide à gagner beaucoup d’argent pour offrir une BMW en cadeau à Jacques-Yvan !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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