J’ai failli abandonner hier ces retours dans le passé, qui sont au centre de mes derniers textes dans ma tentative de retracer l’arrivée de l’écriture dans ma vie. À peine sortie du lit, j’ai écrit avec difficulté quelques paragraphes que j’ai failli supprimer. J’accompagnais ma belle-maman dans la journée pour une tournée de visites médicales à Joliette. Le soir à mon retour, j’ai relu les paragraphes et finalement je ne les ai pas envoyés à la poubelle. Je suis allée jusqu’au bout de mon idée, à savoir que je n’entretenais pas avec moi-même, quand j’étais dans la vingtaine, une relation trop harmonieuse.
Je constate, à travers ces réminiscences, que la vie professionnelle était le dernier de mes soucis. Après le baccalauréat, je ne me suis pas demandé vers quelle autre étape de ma vie je désirais m’orienter. Il allait de soi que j’allais poursuivre mes études. Mais où, dans quel domaine, en entreprenant d’autres études de 1er cycle ou en choisissant le 2e cycle ? Bof. Pouf. Je ne me posais même pas la question. La réponse est venue jusqu’à moi à travers un conseiller en orientation qui avait aussi pour mandat de trouver des candidats intéressés par les échanges universitaires. Il avait accès aux notes des étudiants et retraçait les candidats qui avaient les meilleurs résultats. Il est tombé sur moi. Je me rappelle l’avoir rencontré dans son bureau, et m’être fait expliquer que les notes en littérature étaient attribuées de manière plus subjective que dans le domaine des sciences exactes. Selon cette approche, de bons résultats dans une matière notée de manière subjective étaient encore plus significatifs que de bons résultats attribués de manière objective. Je n’avais jamais vu la chose de cette façon et j’imagine que cette façon est très contestable, mais j’ai choisi de me laisser convaincre. C’est ainsi que je suis ressortie de son bureau avec une proposition d’échange dans une université américaine du Massachusetts qui allait m’être confirmée dans les prochains jours.
– Au Massachusetts ?, se sont étonnées mes amies. Tu t’en vas étudier la littérature française au Massachusetts ? C’est en France que tu dois aller, tant qu’à profiter d’un échange !
L’idée n’était pas bête mais, on le voit, elle n’était pas de moi. Je serais volontiers allée étudier dans un petit département de littérature française d’une petite université de l’un des plus petits états américains. Probablement sensible à l’attrait de l’Europe, je suis retournée voir le conseiller et je lui ai demandé s’il ne trouvait pas plus pertinent de m’envoyer en France.
– Ce sera plus compliqué de parler à quelqu’un par téléphone, à cause du décalage horaire, m’a-t-il répondu, mais je veux bien essayer. Où aimeriez-vous aller ?
– À Aix, ai-je répondu, sur la seule base qu’une amie d’une amie étudiait là-bas. Si je me sentais seule, j’aurais quelqu’un à visiter. J’avais répondu Aix tout en sachant que si, effectivement, je me sentais seule, cette amie d’une amie avec laquelle je ne me sentais aucun atome crochu serait la dernière personne que j’irais visiter !
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