Jour 1 233

J'ai envoyé cette photo à Thrissa il y a quelques années. Le souffle lui a manqué quand elle a découvert ce que contenait le fichier jpg attaché au courriel.

J’ai envoyé cette photo à Thrissa il y a quelques années. Le souffle lui a manqué quand elle a découvert ce que contenait le fichier jpg attaché au courriel.

Pour étirer le plaisir, j’ai passé une troisième année en France, non plus à Aix mais à Paris. Encore ici, ce n’est pas moi qui l’ai décidé. J’étais venue passer quelques semaines au Québec pendant l’été. J’y avais rencontré ma directrice de thèse, car bien qu’ayant obtenu un mémoire de maîtrise et de D.É.A. en France, je relevais, administrativement parlant, d’une directrice de recherche québécoise qui n’avait aucune idée de ce que j’avais écrit pendant mes deux ans aixois. Me voyant, elle s’était exclamée, et elle avait raison, que je semblais mal en point et que si c’était d’avoir quitté la France qui me mettait dans cet état maigrichon et dépressif, il était préférable que j’y retourne. Ayant reçu l’aval d’une quelconque forme d’autorité, sans lequel je ne me serais jamais décidée, j’y suis retournée. Une amie m’a suggéré de m’installer à Paris, et je l’ai écoutée. J’ai vécu dans le VIIIe arrondissement, dans une chambre de bonne. C’est fou à quel point je n’ai pas profité de la vie, et de la ville, pendant cette année. Cependant j’ai fait beaucoup d’exercice en montant et descendant sept étages à pied tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, et en marchant énormément. Les jours de semaine, je m’enfermais à la Bibliothèque nationale et j’essayais d’y écrire un texte de fiction qui allait constituer la première partie de ma thèse de doctorat. Elle serait suivie en deuxième partie d’un essai sur ma pratique d’écriture, basé sur une approche théorique qui représentait, à cette étape de ma vie, et comme je l’ai écrit précédemment à propos d’autre chose, le dernier de mes soucis. Il y a quand même une partie du texte de fiction de mon doctorat qui me plaît parce qu’elle emprunte à la vie parisienne dont je m’imprégnais au fil de mes déplacements et de mes trajets, presque toujours les mêmes. Je conserve deux bons souvenirs de cette période trouble de ma vie : les moments que j’ai passés avec une amie à l’heure du dîner, que les Français appellent le déjeuner, assises où on le pouvait à la Bibliothèque et parlant de tout et de rien, et les tartes au citron fraîchement pressé que j’achetais toujours à la même boulangerie pâtisserie à quelques coins de rue du boulevard de Richelieu. J’ajoute que cette année-là, un anticyclone s’était maintenu immobile au-dessus de la France pendant plusieurs semaines de l’hiver, apportant un temps exceptionnellement doux et ensoleillé. Ni la lecture ni l’écriture n’ont occupé beaucoup de mon temps, à mon retour définitif au Québec. Je me suis dépatouillée pour me trouver un emploi, d’abord de chargée de cours en géographie, puis de commis dans une librairie, puis de secrétaire à l’UQÀM, puis de rédactrice à l’UdeM. En tant que rédactrice en informatique j’ai beaucoup écrit, mais pour en arriver à de nouveaux textes de fiction, il a fallu qu’un ami m’informe que la revue de nouvelles STOP organisait un concours. Il me restait quelques semaines avant la date butoir. Je me suis inscrite. Je voulais gagner. Alors je me suis organisée pour gagner. J’ai écrit un texte érotique torride et subversif. Et j’ai gagné. Un éditeur m’a ensuite approchée pour publier un recueil de ce type de nouvelles, que j’ai réussi à écrire de peine et de misère sur le bout de la table entre le travail et les tâches ménagères au sein de ma nouvelle famille reconstituée. Après la publication de ce recueil, en 1994, il ne s’est pratiquement rien passé du côté de la création littéraire, jusqu’au décès de mon compagnon François, en 2010. Voilà qui résume en gros le peu de place qu’a pris l’écriture dans ma vie, jusqu’au jour où, il y a cinq ans, j’ai créé mon blogue.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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