Jour 1 237

C’est une jeune fille pas moins décoincée qui est entrée au Séminaire de Joliette l’année suivante. Qui s’est fait dire par Magali qu’il était possible d’apprendre un autre instrument de musique que la flûte à bec. Qui a mis les pieds dans le local où enseignait le professeur de guitare. Qui a trouvé au professeur un air artiste, sans pouvoir pour autant se formuler que c’est cela qu’elle lui trouvait, au professeur, un air artiste.
Cela me fait passer de drôles de moments, ces incursions dans le passé, à la recherche de l’étincelle qui a fait entrer l’art dans ma vie. Hier, à travers trois textes, j’ai laissé s’exprimer trois événements qui m’ont marquée, chacun associé à des sentiments différents : la honte d’avoir été mesquine, méchante, malhonnête envers Lise Lessard –et qui n’a rien à voir avec l’introduction de l’art dans ma vie–, le plaisir de la stimulation intellectuelle dans mon cours de français avec Muguette –qui a au moins à voir avec mon intérêt pour la langue–, la désolation de me sentir bloquée au point de ne pas savoir dessiner un arbre –qui a à voir avec l’expression de soi sur le mode de l’invention, de l’imagination et qui permet d’évaluer à quel point je partais de loin !
J’aimais jouer de la guitare mais je savais fort bien que je ne portais pas en moi la fibre musicale. Porter la fibre musicale, ça veut dire au minimum avoir de l’oreille, or je n’en ai pas. Emma en a. Quand elle a été acceptée au Cégep St-Laurent en double D.E.C., musique et sciences, le cours qu’elle avait le plus hâte de découvrir était celui de solfège et de dictée. Ma mort quand j’étais au Conservatoire, et ce d’autant que j’étais entourée d’oreilles absolues qui pouvaient reconnaître toutes les notes d’un accord complexe, augmenté ou diminué, avec septième ou avec neuvième, à la seconde même où ils l’entendaient. Pouf.
J’ai rêvé cette nuit que je côtoyais Justin Trudeau sans toutefois le connaître. J’étais dans sa maison, dans son intimité familiale. Il était assis au bout de la grande table rectangulaire de sa salle à manger et reprisait ses vêtements. Il était très grand, presque géant par rapport à moi. Il reprisait des pantalons jaune de Naples en feutre. Je me demandais comment faire pour pouvoir être dans sa maison sur une base régulière tout en ne créant pas de lien. Comment être imprégnée de l’aura du personnage sans qu’il soit nécessaire d’échanger, d’interagir, de parler. Comment recevoir l’énergie d’une personne d’exception sans me confronter moi-même à mon manque de confiance. Comment recevoir en cachette et ne rien donner.
Puis ce matin, peu avant mon réveil, j’ai rêvé à mon frère Swiff Smith, celui qui avait de la difficulté à épeler le mot hélicoptère le matin, assis sur les genoux de ma sœur dans le Ranchero. Je devais rencontrer son professeur, sœur Yvonne qui enseignait la première année aux Mélèzes, pour qu’elle m’explique ce qui n’allait pas. Je craignais le pire, sachant qu’il était un élève à problème. Or, me rendant voir sœur Yvonne, je tombais sur Swiff, qui avait le visage épanoui d’Emma –tous les deux sont blonds aux yeux pers. Swiff/Emma m’expliquait comment il fallait s’y prendre pour réaliser un projet qui devait être réalisé en classe. Il était sûr de lui et en pleine possession de ses moyens.
Il y a au moins une idée qui ressort de ce méli-mélo d’écriture d’aujourd’hui, c’est que là où j’ai échoué, Emma a mieux réussi.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 237

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    🙂 C’est bien. Je vous attends la semaine prochaine, même jour, même heure. Payez à ma secrétaire en sortant. Merci.

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    Ne te fâche pas; je rigole juste un peu. Je ne connais rien à la psychologie ou à la psychanalyse. Je m’imaginais juste qu’une séance pouvait ressembler à ça. Ça devient plus mystérieux encore avec cette entrée en scène de Justin T. Je devrais retirer mes commentaires, pour te laisser continuer librement; j’ai un peu peur de te choquer avec mon attitude. Je vais plutôt supposer que nous sommes tous les deux ici en train de bavarder du passé sur un ton léger. C’est ce qu’il faut faire, quand on est à la retraite, il me semble.

    J’ai l’impression que tu as une très bonne mémoire, et que si tu voulais, tu pourrais refaire le fil de toute ta vie. Moi, j’en oublie des grands bouts, et c’est très gênant quand je rencontre une personne qui avait été actrice importante dans un de ces bouts de fil… Ça m’est arrivé il y a exactement un an. J’ai beau m’efforcer à retrouver ces souvenirs (d’adolescence), très peu me revient, et je crains même d’être en train d’inventer des souvenirs…

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    • Avatar de Badouz Badouz dit :

      J’apprécie au contraire toutes tes observations, elles me guident et m’encouragent et m’aident à y voir plus clair dans ce projet de dix ans. J’ai une bonne mémoire du passé, mais de moins en moins de mémoire du passé récent… et du passé passé seules des bribes me reviennent avec précision, les bribes du passé qui m’ont marquée…

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