Jour 1 241

Notre carriole était jaune et ressemblait peut-être un peu ça celle-ci, en plus bombé.

Notre carriole était jaune Bombardier et ressemblait à celle-ci, en plus bombé.

Je perçois une forme d’amour de soi dans la préoccupation qu’avait Bibi de jouir d’un certain confort lors de nos trajets entre St-Alphonse et Joliette. Elle voulait voyager à l’aise, sans plis de manteau sous les fesses. Elle prenait soin d’elle. Elle prenait soin d’elle d’une drôle de manière, peut-être, quand elle choisissait de faire de la motoneige même si elle avait mal, comme elle le disait, à la région lombaire. Plutôt que de ne pas faire de motoneige, parce que ça peut bardasser pas mal quand on attrape des mottes de glace, elle en faisait, munie d’un oreiller. Le souvenir que je garde de moi, à cette époque, est celui d’une personne figée qui n’initiait rien, de laquelle il n’émanait aucune idée, aucun désir, aucun élan. J’étais aussi vide que les murs de notre appartement rue Ste-Angélique. Bibi, heureusement, avait plein d’idées. C’est elle qui proposait de faire des tours de motoneige le soir, sur le lac. Il faisait noir en titi. J’imagine qu’on faisait ces tours les week-ends ou pendant les vacances de Noël. Nous revenions tellement tard à la maison pendant l’année scolaire que nous ne devions pas avoir le temps d’aller dehors, surtout qu’il y avait des devoirs à faire, du moins en ce qui me concerne, parce que Bibi n’étudiait pas fort. Elle avait décidé qu’elle était poche en sciences et ne se forçait pas une miette. Nous avions une carriole qui s’attachait à l’arrière de la motoneige pour pouvoir en faire les quatre enfants en même temps. Une carriole de type coquille en fibre de verre. Un soir, les pattes d’ours était au volant de la motoneige, moi derrière sur la banquette, et Bibi, bien calée dans son oreiller, si elle n’en avait pas deux, se faisait tirer dans la coquille. Je pense que Swiff n’était pas avec nous. Mon frère m’avait demandé, après avoir heurté un bloc de glace, si la carriole nous suivait toujours. Paresseuse, au lieu de me tourner la tête pour vérifier, j’avais répondu Oui oui, en criant à cause du bruit du moteur. Nous étions arrivés à la maison sans carriole et avions dû rebrousser chemin jusqu’à l’endroit sur le lac où nous l’avions perdue. Ma Bibi attendait, bien installée, observant les étoiles, pas du tout inquiète. Elle n’avait pas levé le petit doigt pour se sortir du pétrin. Elle attendait ses sujets. Avoir été à la place de Bibi, j’aurais eu le temps de franchir une bonne distance à pied en tirant la carriole, la peur au ventre.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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