Jour 1 242

Ford Ranchero Blanc

Ranchero blanc de Ford, année peut-être début 70 ?

Nous faisions la route en Ranchero matin et soir pour, nous les enfants, aller à l’école à Joliette, et papa y travailler. Papa s’installait au volant, les pattes d’ours à ses côtés, et ma sœur –parce qu’elle est l’aînée– se réservait la place de choix près de la portière de droite. De nous tous, c’était ma sœur le personnage le plus coloré. Elle prenait la peine de bien placer les pans de son manteau pour être confortable sur la banquette pendant le trajet. Mon frère devait s’assurer de ne rien déplacer. C’était l’époque des banquettes pleine largeur qui pouvaient contenir trois personnes, quatre en se tassant. Quand Swiff Smith s’est trouvé en âge d’aller à l’école, Bibi l’installait sur ses genoux et lui faisait répéter ses leçons, un peu pour rien parce que mon petit frère n’avait pas la tête à se concentrer. Mais où étais-je assise ? Il manque un joueur dans la description de nos trajets familiaux. J’étais assise sur le pneu de rechange, dans un espace très restreint, derrière la banquette derrière papa. J’aimais ça. J’observais tranquille les membres de ma famille. Papa ne parlait pas, il me semble. Pattes d’ours non plus. Bibi animait l’espace en demandant à Swiff d’épeler des mots dont le plus difficile à maîtriser fut hélicoptère. Aujourd’hui, plus de quarante ans plus tard, le personnage que je trouve le plus coloré de ma famille, c’est les pattes d’ours. Il est grand, il parle naturellement fort dans le sens qu’il est doté d’une voix qui porte, il dégage beaucoup de vie, il exprime toutes sortes de remarques touchantes avec ce qui me semble être une naïveté d’enfant. Après le Ranchero, nous sommes passés aux véhicules de la famille Toyota. Je me rappelle vaguement de deux modèles familiaux, un rouge vif et un bleu pervenche, et d’un plus petit modèle, probablement plus tard, qui était brun. Les deux véhicules de modèle familial avaient une porte arrière qui donnait sur un coffre ouvert. C’est là que s’assoyait mon cousin, car au bout d’un moment un membre du clan Longpré s’est ajouté à nos trajets, à savoir le fils du tonton qui a pris la photo d’une main tremblotante le 1er janvier dernier. Tonton s’étant acheté une propriété pas tellement loin de la nôtre, on embarquait le cousin dans la tournée du matin. Il nous attendait beau temps mauvais temps dehors le long de l’avenue. Il ouvrait la portière arrière, il s’assoyait comme il le pouvait parmi nos sacs d’école et ma guitare. Il refermait la portière, de l’intérieur, toujours avec fracas. Peut-être qu’il n’avait pas le choix et que s’y être pris autrement la portière ne se serait pas complètement refermée. À chaque fois que cousin refermait la porte avec fracas, papa demandait de faire attention la prochaine fois. Cousin ne répondait rien, peut-être qu’il était trop loin et qu’il n’entendait pas. De ces souvenirs matinaux pour aller à l’école quand j’étais à la fin du primaire et ensuite au secondaire, c’est le fait que mon cousin refermait immanquablement la porte trop fort qui me plaît le plus. C’est le petit coin qui retrousse qui me semble le plus attrayant, le plus vivant.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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