Jour 1 273

J’ai donc jeté mes pantalons de couleur moka. J’ai jonc deté pes mantalons de mouleur coka. C’est un peu comme ça que parlait hier un des monsieurs vendeurs de tôle. Quand il lui a parlé au téléphone, Denauzier l’a fait répéter plusieurs fois. J’ai trouvé ça curieux car mon mari n’est pas du genre à répéter cinquante fois la même affaire, surtout au téléphone. Il règle ses affaires en deux temps trois mouvements. J’ai compris pourquoi la répétition avait été nécessaire une fois que je me suis trouvée en présence de l’homme charettois, puisque provenant du village de Charrette.
– Dotte nère a norte icitte an cuisine à 90.
– Il veut dire, nous a traduit son frère, que notre mère est morte ici, dans la cuisine. Elle avait 90 ans.
– On na couté partaite le trois nuitte, pi ta tatape le tat, pi norte le tink.
– Elle était en parfaite forme le trois quand elle s’est couchée, a poursuivi le frère, le quatre elle n’a pas été capable de se lever, c’est nous qui l’avons sortie du lit pour l’amener dans la cuisine, puis elle est morte le cinq.
– Norte icitte où atti.
– Elle est morte en plein là où il est assis, a précisé le frère –mais j’avais compris.
Je regardais le frère doté de l’articulation particulière en me demandant, encore une fois, à qui il ressemblait. Mais là, contrairement à la femme blonde dont je me demande encore où est-ce qu’on a bien pu se rencontrer, j’ai trouvé assez rapidement. Il ressemble à l’auteur du téléroman Moi et l’autre, à savoir Gilles Richer, décédé depuis un bon moment. Le fait d’avoir trouvé la ressemblance m’a fait sourire de soulagement, et mon sourire a peut-être incité l’homme assis là où sa mère est morte à poursuivre son histoire.
– Et te tère, nort à 92.
– Et le père, a commencé le frère traducteur sans se tourner vers nous, tout à sa facture pour la tôle que Denauzier venait d’acheter, est mort à 92 ans.
Je me suis trouvée bonne parce que j’avais compris aussi que le père était mort à 92 ans. Du coup, je me suis mise à poser des questions.
– Est-il mort lui aussi dans la cuisine ?, ai-je voulu savoir.
– Total à Wanigan.
– À l’hôpital de Shawinigan, a traduit le frère à la facture.
– Tortelin à 89 !, s’est exclamé le plus jeune, car le frère à la facture était le plus vieux.
– Il est devenu orphelin à 89 ans, s’est exclamé aussi le plus vieux. Le père de notre père est mort à 107 ans.
– Leur père a perdu son propre père à 89 ans, s’est aussi exclamé Denauzier qui me répétait le phénomène.
– Incroyable !, me suis-je moi-même exclamée.
– Intoyab !, a renchéri le plus jeune avec beaucoup de fierté.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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