Jour 1 281

Les couches d'Emma : bonnet crocheté sous casque de vélo.

Les couches d’Emma : bonnet crocheté sous casque de vélo.

Denauzier m’a dit hier quelque chose de très intéressant. Je constatais que je manquais de temps pour aménager mon atelier dans la maison, pour faire des toiles à l’acrylique, et des dessins au pastel sec sur le papier grand format que j’ai acheté récemment, et que je manquais de temps encore pour toutes sortes de projets en lien avec la création artistique.
– Tu crées de l’amour, ma chérie, m’a-t-il dit. Tu ne crées peut-être pas en art autant que tu le souhaiterais, les murs ne sont peut-être pas couverts de toiles assez vite à ton goût, mais tu es très occupée à créer autrement. Tu m’aimes, tu aimes ma mère, tu aimes ta fille, tu cuisines, tu prends soin des lieux. Tu passes ton temps à créer.
Ce processus de création constamment renouvelé fait de moi une spécialiste de l’art éphémère. En lien avec ces paroles de mon mari, j’ai pensé à une œuvre d’art qui nous a été présentée en classe, il y a longtemps : une colonne circulaire haute de quelque cinq pieds, faisant plus d’un pied de rayon, accueillait les visiteurs dans une galerie d’art le temps d’une exposition de quelques jours. Elle était faite de pâte de savon et recevait un filet d’eau en permanence. À la fin de l’exposition, il ne restait qu’une mince couche de pâte nageant dans une eau savonneuse de couleur douteuse. Dans la même veine, j’ai pensé à tous ces plats que je cuisine depuis que j’ai du temps, même si je déplore ne pas en avoir, et qui, tous, finissent évacués dans la cuvette de la toilette. J’ai surtout pensé à l’amour qui n’a pas de forme, pas de couleur, pas d’épaisseur, et qui nous habite en nous faisant vibrer. Quand on aime on ne cumule pas, on ne thésaurise pas, on ne compte pas. On pratique le don de soi et le détachement. J’adore. Ce midi, petit lundi de novembre, je me suis surpassée en art éphémère culinaire : j’ai préparé des aubergines frites enduites de panure à la bière, tirant mon inspiration des fish’n chips que j’ai mangés sur le côte ouest à trois reprises. J’avais fait dégorger les aubergines toute la nuit au gros sel. Comme à chaque fois que je fais dégorger des aubergines au gros sel, elles s’avèrent trop salées une fois sous la dent, même si je les rince à grande eau. En amour, on se donne sans mesure. En cuisine, il est préférable de mesurer.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 1 281

  1. Frédéric Loisier dit :

    Salut Badouz! On aimerait tous te voir, je t’ai envoyé un courriel @udem, merci de répondre, à bientôt, bises! (Isabelle et Lucie te saluent!)

    J’aime

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