Nous sommes ressortis de chez la peintre avec la toile de petit format et celle de plus grand format. Au contact de l’air frais, mes narines ont frémi du plaisir de humer non pas l’odeur du Cuir de Russie, mais l’odeur des pins très hauts et des cèdres qui abondent dans le chic quartier de la dame. Mais là n’était pas la priorité, la sensualité des odeurs, il fallait plutôt trouver une manière de transporter dans l’avion notre nouvelle acquisition de format trop grand pour la valise de Denauzier.
– We could go to the nearest thrift store, nous a dit la femme du couple de nos amis, there are a lot of them around here, and buy a large suitcase.
Cela nous a semblé être une excellente idée, alors nous y sommes allés, d’autant plus volontiers, en ce qui me concerne, que cela s’inscrivait dans la thématique que j’ai développée depuis que nous sommes à Vancouver et à Victoria, à savoir les magasins de seconde main. Assez rapidement nous avons abouti à un magasin de la Salvation Army, sans y trouver cependant de valise d’assez grand format.
– I always have a plan B, said notre chauffeur ami, let’s go to the Village des valeurs, it’s close from here and I’m sure you’ll find a huge suitcase there.
Alors nous y sommes allés (bis) –le magasin est gigantesque– et en nous basant sur des mesures approximatives, ayant oublié de prendre la toile avec nous pour vérifier si elle entrait dans la valise, nous y sommes allés pour celle qui était la plus grande, convaincus que la toile allait y entrer sans problème. Elle m’a coûté 12,99$. Bien entendu, la valise s’est avérée trop petite et nous avons dû trouver un plan C, seuls tous les deux, mon mari et moi, les amis nous ayant déposés à notre chambre. J’ai payé un peu cher la toile de plus grand format parce qu’elle est encadrée et que les encadrements professionnels coûtent cher. Alors, après avoir essayé dans tous les sens de faire entrer la toile encadrée dans la valise trop petite, quoique achetée sur la base qu’elle était huge, nous avons conclu qu’il fallait en retirer l’encadrement.
– Comment allons-nous transporter l’encadrement si on l’enlève ?, ai-je demandé à Denauzier. Est-ce qu’on ne se retrouvera pas avec le même problème ?
– On verra ça en temps et lieu, a répondu mon mari pragmatique. Commençons par l’enlever.
J’ai adoré sa réponse. Nous avons retiré l’encadrement de notre mieux en essayant de ne pas l’abîmer. Sans réfléchir à la suite des choses, nous avons ensuite recouvert l’encadrement avec du carton coupé à même une boîte vide que nous avons trouvée dehors, en utilisant le canif de Denauzier. Nous avions au préalable, j’ai oublié de le mentionner, fait un saut à la pharmacie située juste en face de notre hôtel, pour y acheter du ruban à coller conçu spécifiquement pour le shipping. Une fois terminé notre bricolage, nous avons tenté de glisser l’encadrement cartonné dans la poche externe de la valise et elle y est entrée sans qu’il soit nécessaire de forcer.
Quand nous sommes arrivés à l’étape de déposer nos bagages pour qu’ils soient entreposés dans l’avion, car c’est aujourd’hui le jour de notre vol de retour à Montréal, la dame responsable de l’enregistrement nous a dit que la valise qui était équipée d’une drôle de poignée de carton ne pouvait pas être acceptée. Denauzier et moi nous sommes regardés.
– Go and ask the Special Luggage Section, a-t-elle ajouté, en appelant les clients suivants.
La Special Luggage Section n’a rien trouvé à redire. Notre bagage a été enregistré sans difficulté et couvert à plusieurs endroits de la mention Fragile. Reste à voir dans quel état va nous être retournée notre huge valise adjointe de son énorme poignée cartonnée, mais, comme le dit mon mari, on verra ça en temps et lieu.
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