Jour 1 291

Je porte mon chapeau made in China fabriqué néanmoins à 70% avec de la laine.

Je porte mon chapeau made in China fabriqué néanmoins à 70% avec de la laine.

Voici une version différente de l’événement d’hier. Je marche sur Burrard St. et je m’aperçois que j’ai oublié ma liste d’adresses de friperies. Je m’en fiche pas mal parce que je sais déjà où je veux aller, à savoir le Holt Renfrew du centre-ville, je sais où il est. Je m’y dirige donc, mais en raison d’une distraction, je ne me rappelle plus laquelle, je me retrouve soudain sur une rue qui n’est pas celle de mon parcours et je prends quelques minutes pour me réorienter. Ça, c’est tout à fait moi. J’arrive au Holt Renfrew, au comptoir Chanel, et je vois à travers la vitre, car je suis encore dehors sur le trottoir, un homme qui sera le mien le temps de notre transaction, à savoir Jason. Quand je lui demande s’il vend le parfum Misia, il me répond oui avec un grand sourire, en ajoutant qu’il a affaire à une connaisseure. Il a plutôt affaire à une lectrice non assidue du magasine Elle que je reçois de temps en temps à la maison sans y être abonnée, c’est une stratégie, j’imagine, pour me donner envie de m’y abonner. Jason m’invite à m’asseoir au comptoir des exclusivités, c’est un espace restreint où il n’y a que deux tabourets, mais les flacons sont présentés sur des étagères devant nous et leurs noms, je l’ai mentionné hier, sont des plus exotiques et nous font rêver. Misia, au premier jet sur mon poignet gauche, me fait palpiter les narines d’enchantement. Jason, me voyant si sensible olfactivement, me propose d’essayer le no 19 sous prétexte que je suis une personne unique. J’accepte et lui tends mon poignet droit. Je respire profondément l’odeur de mes poignets à quelques reprises, et même je redemande du Misia car Jason l’a davantage vaporisé sur sa main que sur la mienne. Au bout d’un moment je crains d’avoir mal à la tête ou alors de faire de l’hyperventilation, alors je laisse mes bras retomber le long de mon corps et je me détends. Pendant ce temps, Jason commente abondamment la composition des fragrances, en y allant aussi de quelques détails historiques, mentionnant entre autres que Misia était une très bonne amie de Coco. Je l’écoute tout en me disant que Misia, finalement, sent beaucoup la violette et que je risque de m’en lasser. Je le dis à Jason, et j’ajoute du même souffle que je ne peux quand même pas acheter le no 19 qui est son choix et non le mien, mais qu’en même temps c’est intéressant d’aller vers un choix qu’on ne voit pas venir soi-même. Tout ça dans mon anglais baragouiné. Jason m’observe, ne sachant que répondre. Mon nez coule à ce moment-là. Je sors de la poche de mon manteau, le beau manteau vert que ma sœur m’a donné, un mouchoir de coton tout fripé pour m’essuyer le nez. Je m’essuie le nez et je remets le mouchoir dans ma poche. Je regarde les parfums exclusifs sur les étagères devant moi.
– Je vais y aller pour un petit format de Cuir de Russie, ai-je conclu, en me tournant alors vers mon vendeur auquel il a fallu quelques secondes avant de réaliser que je ne blaguais pas.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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