
Mes pantalons Ralph Lauren étaient de coupe encore plus ample, avec des coffres. Je n’en trouve pas d’équivalents, c’était il faut le dire il y a 26 ans.
La pianiste musicologue qui portait la jupe noire est réalisatrice depuis plusieurs années à la société Radio-Canada à Montréal, secteur classique. Nous nous sommes échangé quelques courriels dont un dans lequel elle m’avait écrit que son travail était captivant. Je l’ai entr’aperçue dans une vidéo promotionnelle sur YouTube. Elle avait les cheveux pas mal gris et portait une robe rouge dont la taille ne s’apparentait plus guère à celle de la jupe noire. La musicienne qui a argumenté en vain avec le chauffeur d’autobus obtus mène une carrière très en vue dans le domaine des communications culturelles. Elle s’est fait connaître à la radio et maintenant tout le monde la connaît à la télévision. Son physique est demeuré inchangé. Ces deux femmes, des femmes de tête, ont réussi leur carrière. Ai-je réussi ma carrière, en ai-je eu une ? Pourrais-je dire de mon travail qu’il a été captivant à un moment ou à un autre ? Non. Mortellement ennuyant ? Non plus. Il n’empêche que j’ai porté moi aussi une jupe noire cintrée au fil de mes années travaillées à l’université. Au début de mon embauche à mon poste de rédactrice en informatique, en janvier 1991, j’ai beaucoup porté mes pantalons Ralph Lauren en laine de feutre, de couleur marine. Vers la fin de l’hiver, j’ai voulu m’acheter une jupe qui me donnerait une allure professionnelle, même si la grande majorité de mes collègues, des hommes, ne portaient que des jeans. Un soir après le travail, un soir d’ouverture des magasins, donc un jeudi ou un vendredi, je me suis aventurée rue Sherbrooke pas mal vers l’ouest. Je suis tombée sur une boutique dont évidemment j’ai oublié le nom, une boutique qui vend –ou vendait ?– essentiellement les vêtements de créateurs québécois. Je suis ressortie de là avec une jupe qui coûtait 150$, ce me semblait cher, mais c’était la première fois, il faut dire, que je m’achetais un vêtement un peu chic pour le travail, un vêtement qui allait me durer longtemps.