Jour 1 305

Difficile de trouver une photo qui ne soit pas résolument sexy.

Jupe noire et collant. Difficile de trouver une photo dans Google qui ne soit pas résolument sexy. La pianiste portait des chaussures plates de couleur il me semble bourgogne.

J’étais prisonnière de mes capacités quand j’étudiais au Conservatoire, pendant que les élèves autour de moi, portés par leur talent, avançaient majestueusement, toutes voiles dehors. Je rasais pour ma part les murs à petits pas. Quand j’arrivais à oublier mes limitations personnelles, cependant, je me sentais stimulée par mon entourage. C’est la raison pour laquelle j’ai tant aimé le Conservatoire. C’était un milieu d’excellence artistique. Même si je ne participais pas fort à l’excellence, j’étais capable d’en reconnaître l’essence. J’en recevais les bienfaits par ricochet, du simple fait de baigner dans le milieu. Un milieu élitiste, une concentration d’oreilles absolues, de gammes et d’arpèges parfaitement maîtrisés. Une pianiste et musicologue m’inspirait en particulier. Elle traînait un sac à main gonflé de papiers dont une courroie était retenue par une grosse épingle de sûreté. Nous avions en commun de toujours porter la même chose. Moi ma jupe salopette de jeans, mes bas trois-quarts et mes chaussures à lanières, elle une jupe noire cintrée en velours dont la fermeture éclair sur le côté, mais je peux me tromper, tenait elle aussi par une épingle de sûreté, moins grosse cependant que celle du sac. Des bas collants à la place de mes bas trois-quarts. Elle était mince, de peau blanche, de chevelure noire. Un matin que je me rendais au Conservatoire, nous nous étions rencontrées sur la rue Turnbull et avions fait un bout de chemin ensemble. Sur la défensive parce que je me sentais si poche guitaristiquement, je lui avais dit tout de go qu’on n’allait quand même pas faire le chemin en parlant du Conservatoire ! Elle m’avait répondu, étonnée, qu’on pouvait, si je le préférais, parler des lignes qui parcouraient les trottoirs ! J’avais aimé sa réponse parce qu’elle n’était pas exprimée sèchement. À peu près à la même époque, j’étais dans l’autobus no 11 sur le Chemin Ste-Foy quand une autre élève du Conservatoire y était montée, présentant au chauffeur une correspondance qu’il ne voulait pas accepter. La conversation avait duré plusieurs minutes. Le chauffeur se bornait à répéter qu’il n’acceptait pas la correspondance et que par conséquent la passagère devait payer. La passagère y allait de toutes sortes d’inventions argumentatives, elle brodait, elle interprétait un thème et variations avec aisance. Elle s’affirmait merveilleusement. Je n’en revenais pas à quel point cette jeune femme, de mon âge, avait de l’aplomb, de l’assurance, de la confiance. Je n’étudiais pas au Conservatoire pour y recevoir un enseignement musical mais plutôt un enseignement social.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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