Jour 1 336

J'y vois maintenant un chien

J’y vois maintenant un chien

Denauzier vient me voir dans mon atelier. Je suis à chercher une photo sur mon ordinateur. Je clique comme une bonne, faisant défiler les fichiers de mon répertoire. Denauzier m’informe que pour le prochain week-end, que nous allons passer en famille avec son frère et sa sœur, à la Manouane toujours, nous sommes responsables des petits déjeuners pour six personnes. Il nous faudra donc acheter des œufs, du lait, et ces autres choses nécessaires à la confection des crêpes.
– Je t’écoute, dis-je à mon mari, parce qu’il me parle et que je ne le regarde pas.
– Aurais-tu des idées pour autre chose que des crêpes ?, me demande-t-il.
– Peut-être des fruits cuits –c’est ma marotte–,  ou des œufs bénédictine ?
– Tu te vois te lancer là-dedans, avec la sauce et tout ?, s’étonne Denauzier.
– Pas vraiment, en fait. Je ne trouverai jamais !, me suis-je alors exclamée, découragée, au moment où mon mari quittait la pièce.
– Qu’est-ce que tu cherches ?
– Une photo de ce tableau-là que je veux mettre en ligne dans mon texte d’aujourd’hui, lui dis-je, en pointant du bras et du doigt le tableau qui est appuyé sur les portes accordéon de mon atelier, à dix pieds, maximum, de moi.
Denauzier me regarde, perplexe que je ne me contente pas de le prendre en photo, d’autant que l’appareil est sur ma table de travail en plein dans mon champ de vision, pour, ensuite, télécharger la photo de mon appareil à mon ordi.
– Seigneur que je suis tarte !, fut ma réponse, en même temps que je me levais, mon appareil à la main.
Tout cela pour dire qu’il y a longtemps, j’ai fabriqué un projet qui devait se lire en trois dimensions. Après avoir décoré un mur de notre logement à Montréal, dans la chambre d’Emmanuelle –décoré il faut le dire vite–, le tableau a été déclassé et s’est retrouvé sur le perron arrière. C’était généreux de ne pas m’en débarrasser. J’ai pensé le mettre à la rue à l’attention des éboueurs, mais je me suis dit que le format, trop grand, n’allait pas être accepté. Donc, le tableau a continué de traîner sur le perron arrière, il y a passé tout un hiver, jusqu’à ce que, charitable, je l’apporte ici, chez moi, à St-Jean-de-Matha, où je l’ai appuyé temporairement sur les portes accordéon. Puis, un soir, parlant avec nulle autre que ma Bibi, car il n’y a pratiquement qu’avec elle que je parle au téléphone, j’ai discerné dans le tableau, que j’avais négligemment déposé la tête en bas et donc le bas en haut, une belle tête de chien, inclinée vers la gauche. La masse noire constitue l’oreille, en haut à droite, et la gueule est tracée par le tissu dans les tons de rouge qui s’enroule sur le grillage de poule. La masse blanche en bas à droite représente le cou, et le poitrail, en bas à gauche, reste à tracer (ce sera pour moi une grande difficulté). Hier soir, pendant que j’étais assise à côté de Denauzier, à l’heure des informations télévisées, j’ai tenté de tracer des croquis de mon futur chien. Je vais enlever le grillage, et le tissu qui vient avec, et l’effet feuille d’or, et les petits picots sur les feuilles d’or, bien entendu. À suivre.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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