Jour 1 342

Nous avons roulé et rencontré des gens tant et si bien qu’à 20 heures nous n’avions pas encore soupé. Le macaroni à la sauce soya servi en petite quantité –parce que nous n’avions pas faim– par un ami au Lac-des-Sables, à 13 heures, était rendu pas mal loin. Une fois terminées les transactions de Denauzier, qui se sont déroulées dans la ville de Lévis, nous avons convenu qu’il était trop tard pour revenir à la maison. Nous nous sommes retrouvés à l’hôtel Le Bernières, à St-Nicolas, sur la recommandation de l’homme de la transaction. Le prix de la chambre y étant exorbitant, à cette heure tardive il ne restait apparemment qu’une chambre meublée d’un lit King, nous avons décliné l’offre de la jeune fille, au comptoir, mais honoré le restaurant qui se trouvait juste à côté. Dès l’entrée, nous sommes tombés sur une table d’une quinzaine d’hommes jeunes, très virils, très bruyants, qui nous ont incités à nous choisir une place en retrait, dans une pièce remplie d’écrans de télévision et de banquettes confortables sur lesquelles nous nous sommes installés pour notre plus grande satisfaction. Le brouhaha des hommes virils ne me dérangeait pas. Je connais suffisamment Denauzier pour me laisser porter, sans parler, prenant plaisir à écouter le match de tennis dont je ne saurais dire quels en étaient les joueurs, mais je peux dire qu’il ne s’agissait pas de joueuses. Le serveur, discret et efficace, dont j’ai remarqué les yeux bleus dans un visage marqué par le temps, est venu rapidement nous servir de la bière et, à partir de là, nous avons pris notre temps. Denauzier avait des choses à vérifier sur son iPhone pendant que je suivais le match. Ce qui m’a surprise, de ces quelques heures passées dans ce restaurant, c’est à quel point j’ai profité de tout, jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à la dernière miette. Profité du confort, de l’éclairage qui me plaisait, de la gentillesse non obséquieuse du serveur, des images à la télévision, de la présence de Denauzier, de la chaleur de sa cuisse contre la mienne, du repas, bien entendu. Au bout d’un moment, le serveur nous a apporté une soupe aux légumes, dont nous avons chacun raclé le fond du bol. Puis du filet mignon cuit juste à point dans une grande assiette garnie de plein de choses. Puis d’un gâteau blanc nappé de sucre à la crème. Puis de café dont j’alternais les gorgées avec mon reste de bière. Après tout ça, ne me sentant pas encore rassasiée, j’ai ouvert le sachet du petit pain POM, j’ai séparé le pain en deux moitiés que j’ai couvertes généreusement de beurre, et j’ai mastiqué cette pâte caoutchouteuse avec quand même, je dois le dire, satisfaction. J’ai fait la même chose avec les deux sachets de toasts Melba, tout en proposant à Denauzier d’y goûter tellement c’était bon. J’ai ensuite reluqué les biscuits Soda, mais reluqué seulement car mon estomac, au terme de toute cette consommation, me semblait enfin rempli. Après cette activité banale, mais combien nécessaire, de remplissage de la panse, Denauzier et moi nous sommes laissés porter encore un peu, jusqu’à ce que s’impose la réalité d’une chambre à trouver. Par l’application Expedia sur son iPhone, Denauzier nous a réservé une chambre de l’autre côté de la rue, à l’hôtel L’Oiselière, pour 40$ de moins, sans lit King mais avec deux lits Queen. Une fois dans la chambre et nos affaires garochées à terre plutôt que déposées, nous avons continué de suivre le match de tennis, dans les draps blancs et propres de notre grand lit. À plusieurs moments, pendant que je mangeais et que je relaxais, pendant que je parlais de tout et de rien avec mon mari, pendant que je souriais au serveur, pendant que je respirais l’odeur des draps de notre lit d’un soir, une odeur de buanderie ni agréable ni désagréable mais bien caractéristique, j’ai pensé aux amis migrants qui marchaient depuis la Hongrie en direction de l’Allemagne, assoiffés, affamés, épuisés. Je n’avais pas honte de tant profiter, mais j’aurais eu honte de le faire n’avoir pas réalisé à quel point je suis privilégiée.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

2 Responses to Jour 1 342

  1. Avatar de Frédéric Frédéric dit :

    C’est toujours un plaisir de te lire : tu nous rappelles que la vie est belle quand on est dans l’instant présent et qu’on en est conscient… Bises à toi ainsi qu’un beau bonjour à Denauzier!

    J’aime

    • Avatar de Badouz Badouz dit :

      Merci Frédéric. J’arrive d’un après-midi passé chez notre Danielle nationale, à quelques minutes en voiture. Bonne rentrée à vous tous au 4e. Je vous trouve terriblement courageux ! Merci de me lire. LL

      J’aime

Répondre à Badouz Annuler la réponse