Jour 1 422

Lorsque j’aurai quitté l’université, je ne m’ennuierai pas des portes, des portes à codes et des portes à serrure simple, et double, qui jalonnent mon parcours menant à mon bureau. Je ne m’ennuierai pas non plus des affiches, sur lesdites portes, nous rappelant qu’il faut les tenir fermées. Des affiches écrites en rouge en grosses lettres majuscules. C’est peut-être en réaction à ces portes qui bloquent mes élans à tout moment que je laisse déverrouillées celles de la maison, que l’on y soit ou que l’on n’y soit pas. Ça met du piquant. J’arrive à la maison et je me dis intérieurement Voyons voir si tout est normal en-dedans. Je monte les escaliers en me convainquant qu’il n’y a pas grand-chose à voler. Et quand j’arrive sur le palier, je m’accroche les pieds dans la chatonne qui se roule sur le tapis. Une porte dotée d’une double serrure, c’est embêtant. Je sais que la porte est verrouillée, puisqu’elle ne s’ouvre pas quand je tourne la poignée, mais je ne sais pas si les deux serrures sont verrouillées ou une seule. Bien entendu, je finis par verrouiller celle qui ne l’était pas ou par déverrouiller celle qui l’était déjà. Je dois aussi vivre avec une certaine sophistication des codes, certains nécessitant que deux chiffres soient enfoncés en même temps. Il arrive que j’appuie sur les chiffres et que mon action soit sans effet. Je dois alors tourner la poignée de la porte dans les deux sens et réappuyer sur les chiffres. J’aime cependant le système qui est en vigueur au troisième étage (je travaille au quatrième). Je dirige ma carte magnétique vers le lecteur qui est à côté de la porte et celle-ci se déverrouille toute seule en faisant un petit bruit métallique. Je porte la carte sur moi. Elle vient avec une pince qui me permet de la fixer le plus souvent au col de mes tenues. Elle vient aussi avec une espèce de fil élastique qui me permet de la déplacer de mon col au lecteur en un geste souple. J’oublie presque tous les soirs que je porte ma carte à mon col. Je m’en rends compte en arrivant à la maison, en enlevant mon manteau et, surtout, mon foulard. Je mets alors ma carte dans mon sac à main, qui pend déjà au crochet de la patère, pour le lendemain. Voilà un enchaînement de gestes qui ne fera plus partie de ma vie, le 1er juillet. Est-ce un deuil ?

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

1 Response to Jour 1 422

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    Tout comme.

    J’aime

Répondre à Jacques Richer Annuler la réponse