J’ai envie de me lancer dans un projet de peinture grand format mais je n’ai pas de grande toile à la maison. J’ai en revanche, qui traînent dans la salle à manger depuis plusieurs mois, une trentaine de petites toiles, 8 X 10 pouces, déjà couvertes de morceaux de serviettes de table collés au polymère. Je les ai achetées en prévision d’une série alphabétique. La série alphabétique existe depuis quelques mois maintenant, mais elle s’est transformée au fil de son développement, tant et si bien que les toiles achetées n’ont plus été nécessaires. Ai-je écrit que j’ai vendu ma propriété à la campagne en y laissant mes toiles sur les murs ? Et que je n’ai pas de photo de ces toiles ? Et que peu de temps après l’installation des nouveaux acheteurs, mes toiles se sont retrouvées dehors sur la galerie ? C’est ma tantine, ex-voisine, qui me l’a écrit. Curieusement, cela ne me fait rien, que mes œuvres soient jetées à la rue. Je sais qu’elles ne valent rien sur le plan du marché de l’art, en ce sens que je n’en aurais tiré que quelques dollars si j’avais entrepris de les mettre en vente. Je sais aussi qu’elles ne valent rien sur le plan de leur réalisation technique. Comme je ne suis pas attachée aux objets, elles ne me manquent pas. Je n’entretiens aucune nostalgie par rapport au fait que je ne pourrai plus regarder, par exemple, la toile qui nous représente, Clovis et moi, sa main posée sur mon cœur qui, à l’époque, allait se faire opérer. Je ne pourrai plus être attendrie de la maladresse de ces autres toiles que j’avais assemblées avec une amie, en déplaçant tous les meubles du salon pour avoir de la place par terre. Je ne pourrai plus sourire en passant devant mon autoportrait sur lequel j’avais le teint véritablement vert de gris. Je peins, si on peut appeler ça peindre, pour le seul plaisir de créer, d’inventer, de m’évader, de m’élever, de chercher. Je n’écris pas, cependant, avec le même détachement. Je voudrais qu’il reste quelque chose de mes écrits, d’une manière ou d’une autre, mais je vais peut-être en arriver aussi, un jour, à me contenter d’écrire uniquement pour me sentir vivre.
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Badouziennes
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