Je me sens toute nue parce que j’ai fini mon projet de mosaïques au foulard rouge. Ainsi que ma toile grand format à la maison. Je me sens inutile. Vide. Insignifiante. Seule, bien entendu, c’est le sentiment qui constitue la toile de fond de ma vie depuis maintenant un bon moment. Je vais devoir me trouver un autre projet pour me donner une raison de vivre. Probablement que le projet de tonte de gazon ne me satisfera pas au-delà du premier jour de ma première expérience, c’est-à-dire ce week-end s’il ne pleut pas, et si j’arrive à assembler la machine que j’ai achetée non assemblée dans une grosse boîte. Je ne suis pas exigeante quant aux raisons de vivre. Je m’investis dans toutes sortes de projets futiles, non rentables, et ça me suffit. Je n’arrive pas à savoir si la futilité et la non rentabilité de mes projets me suffit parce que je n’ai pas l’envergure d’aller plus loin, parce que je ne suis pas fonçeuse et que je ne crois pas en moi, ni en autrui, ou parce que ma mission sur terre, si on peut dire, se situe au cœur de la futilité et de la non rentabilité. Bof. Je me réfugie pour l’instant dans la beauté de ma belle Ukrainienne, ci-contre. Frappée par son authenticité, par une grâce hors du temps qui émanait de sa personne, j’ai abordée la belle inconnue au parc Beaubien à Outremont. À l’époque, je me promenais en traînant le foulard rouge dans mes affaires, des fois qu’il se présenterait un sujet intéressant. La dame parlait l’anglais, mieux que moi, mais j’ai été capable de lui exprimer ce que j’attendais d’elle. À ma grande surprise, elle a accepté de se laisser prendre en photo, mais en utilisant le foulard pour se cacher le visage, à l’exception des yeux. D’abord rébarbative à ma proposition de dévoiler ses traits, elle a subitement lâché la portion du foulard qu’elle tenait d’une main pour se cacher. Mon appareil était en mode rafales. J’ai pu obtenir ainsi plusieurs clichés qui nous font passer d’un visage couvert à un visage découvert. Après, elle a exprimé un beau sourire et m’a serré la main comme si nous venions de conclure une entente, comme on serre la main à un collaborateur avec lequel on vient de signer un contrat (rentable ou pas rentable, l’histoire ne le dit pas).
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Une autrice illustrement inconnue !
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Si on adapte notre regard de façon à ce que l’oeil gauche fixe l’ukrainienne de gauche, et l’oeil droit celle de droite, on voit alors un semblant de relief, les petites formes carrées ou rectangulaires semblant flotter au dessus de son visage unique. Ce n’est pas désagréable 🙂
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